Les yeux de Pandora
Milo Manara et Vincenzo Cerami

Les Humanoïdes Associés, 2007

 

 

 

Sur les traces du père…

La très pulpeuse Pandora, dix-huit ans, prend congé de son psychanalyste, qui l’estime guérie des crises qui la métamorphosaient en bête sauvage quelques années plus tôt ; mais sa mère, qui n’a jamais pu s’ôter de la mémoire le visage grimaçant de sa fille (hérité d’un homme qu’elle a en horreur), reste inquiète. Elle aura bientôt des raisons plus sérieuses de s’inquiéter… Quand Pandora est enlevée, droguée et embarquée à bord d’un avion qui s’envole pour la Turquie. Selon ses ravisseurs, son père veut la rencontrer – non pas l’homme resté en Italie, qui ne se déplace qu’en chaise roulante, mais son père biologique, dont elle ignorait l’existence. Un dénommé Castex, un homme « important », qui vivrait à Ankara, dans le secret.
Vincenzo Cerami, l’auteur de ce polar qui n’en finit pas de rebondir, est un écrivain renommé en Italie – ancien élève de Pasolini, scénariste de La Vie est belle avec Roberto Benigni, dramaturge, journaliste…Il s’est ici associé à un dessinateur que les lecteurs français connaissent bien, entre autres pour la série Giuseppe Bergman, pour ses sulfureuses mises en images (dont le célèbre Déclic) ou encore pour ses relectures de récits classiques (La métamorphose de Lucius, d’après Apulée, Gulliveriana, d’après Swift). Les Yeux de Pandora ne s’apparente pourtant pas à un conte érotique et même si l’héroïne éponyme échappe parfois de peu à quelques personnages concupiscents, l’album se lit d’abord comme un thriller, entre espionnage et roman noir. Le scénariste souhaitait justement mener Manara sur cette voie, «écrire une histoire qui lui évite de tomber dans la facilité. Une histoire qui le mette en difficulté».

Autant dire que le dessinateur s’en sort très bien et a parfaitement intégré à ses images la noirceur du récit et les conflits intérieurs qui agitent la jeune fille. Le personnage de Castex, ambivalent à souhait (incarnant à la fois le mal et le père aimant), est particulièrement troublant, de même que l'héroïne, en apparence candide, mais dont les crises de sauvagerie refont surface au contact du danger. Une belle aventure qui s’achève partiellement – sur des adieux que l’on espère temporaires.

B. Longre
(avril 2007)

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