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du
22 au 24 mai 2002
La Compagnie Haut et Court joue Kernok le Pirate, d'après
la nouvelle d'Eugène Sue, spectacle jeune public, au Théâtre
de Vénissieux (04 72 73 88 20)
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Avec Emilie
Barbe, Véronique Bettencourt, Fred Bremeersch, Philippe
Chareyron, Vincent Hermano, Luc Nermel, Marion Talotti et
Marc Schwartz.
Théâtre
des Jeunes Années
Lyon 9e
04 72 53 15 15
A l'ARCHE / Scène jeunes publics du Doubs
Le mardi 28 mai 2002
Réservations 03 81 97 35 12
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Egalité
devant le martinet !
Lors d'une allocution
télévisée plutôt burlesque, le Président
Gontran (qui soigne son image médiatique), déclare
avec assurance que désormais, aucun adulte ne pourra impunément
frapper un enfant, que ce comportement est inadmissible ; la décision
d'un président à visage humain, nous direz-vous ?
Pas totalement, car il ajoute (après le spot publicitaire
! ) "nous savons et nous connaissons combien il est difficile
et ardu pour l'être humain, le bipède parlant, de renoncer
à l'avantage, d'abandonner le privilège, de distribuer
des beignes sur les joues des petits...", et pour "consoler"
ses administrés, il annonce sa décision de créer
le Palais des Claques, un lieu ou chaque fin de semaine, tout adulte
pourra "en toute légalité, impunité,
moyennant finances, venir calotter et mornifler, pincer et cravacher
des polissons" ! Les enfants sont convoqués à
tour de rôle et forcés de subir toutes sortes de sévices
administrés "objectivement", sans qu'il ne leur
soit reproché quoique ce soit...
L'absurdité de la mesure n'empêche pas Gontran d'en
être satisfait : "la raclée démocratique"
n'est-elle pas un moyen d'endiguer la violence parentale en l'institutionnalisant
? Une nationalisation (financièrement profitable), en quelque
sorte, des pulsions violentes que les adultes peuvent éprouver
envers les enfants : à défaut d'être éradiquées,
elles sont du moins contrôlées et contenues par l'état...
Mais chaque système possède ses failles et ses déviances
et les enfants en ressentent d'autant plus l'injustice que certains
adultes (comme l'homme aux gants blancs, terrifiant) semblent prendre
un plaisir indécent, une délectation voluptueuse toute
particulière à ainsi les martyriser... Les sadiques
s'en donnent à coeur joie, certains parents crient vengeance,
chez les enfants, la révolte gronde, la fracture entre gouvernants
et gouvernés (habilement évoquée par le fossé
séparant les deux plateaux de la scène) s'élargit
et la violence se propage ! Devant l'inévitable crise qui
est sur le point de le "détrôner", Gontran
cherche en vain la solution...
Après
avoir disséqué le rire et ses causes dans Gorges
déployées, la très prolifique compagnie
Haut et Court s'attaque à des thèmes politiques
et des idées brûlantes que les enfants pourront peu
à peu s'approprier ou du moins comprendre à demi-mot...
Le Palais des claques, adapté du roman de Pascal
Bruckner, est une création qui conjugue inventivité
scénographique et subtilité thématique ; l'alternance
harmonieuse de chants, de théâtre et de montages vidéos
donne à cette pièce une vivacité exceptionnelle,
un rythme si effréné que l'on a l'impression d'assister
à une grande foire un peu folle, à un beau dérèglement
pourtant parfaitement orchestré.
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Mais la
"farce musicale aigre-douce" résonne
aussi comme une satire politique subtile, qui pose des questions
graves aux citoyens, enfants (mais pas avant 7 ans) et adultes
confondus. A travers cette fable rocambolesque et parfois
cruelle, l'on s'interroge sur les limites du pouvoir étatique
et sur l'obéissance d'un peuple d'abord passif : les
électeurs ont-ils le droit (et le devoir) de rejeter
un président dont les lois s'avèrent désastreuses
? (On pense à la problématique très shakespearienne
de la légitimité d'un roi aux pouvoirs abusifs).
Comment accepter qu'un président puisse ainsi détourner
le sens du terme "égalité", en déclarant
que tous les enfants, battus ou non par le passé, seront
enfin égaux devant le martinet !
La drôlerie un peu loufoque qui se dégage de
chaque saynète et des chansons (écrites et interprétées
par le groupe ...Les mouches voler) est salutaire,
car les enfants, susceptibles d'être choqués
par la violence malsaine qui se dégage de certaines
scènes, comprennent aussi qu'un message est tout spécialement
adressé à leur conscience politique naissante
et ils sont sensibles à l'humour qui se construit sur
quelques détails (la redingote du président,
l'intervention des savants étrangers, la préciosité
ridicule de la femme de Gontran ou encore l'ambiance "suisse"
des dernières scènes).
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En choisissant
aussi d'aborder la maltraitance des enfants de façon un peu
légère, par le biais de l'humour, mais aussi en osant
montrer cette violence, Joris Mathieu touche juste et fort,
et les jeunes spectateurs (avec qui la catharsis fonctionne à
merveille) même s'ils ne sont pas confrontés quotidiennement
à ce type de violence, sortent de ce spectacle en gardant
en tête l'idée que tout acte violent est condamnable
et injuste et, pour reprendre les termes du boudologue (l'un des
conseillers de Gontran), que la violence appelle la violence...
Blandine
Longre
(avril
2002)

Gorges
déployées,
par la compagnie Haut et Court
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