Jean-Marie Henry
Alain Serres
Nathalie Novi
Rue du monde (collection Des poèmes dans les yeux)
à partir de 7 ans

 

 

Si vis pacem, para pacem
(Si tu veux la paix, prépare la paix)

On n'aime guère que la paix est un album qui touche à l'universel : une trentaine de poèmes, de multiples photographies en noir et blanc et de joyeuses illustrations signées Nathalie Novi pour raconter, montrer, dénoncer et exposer la guerre, et y opposer paix, bonheur et espérance. Les pastels de l'illustratrice, aux couleurs vives (trop irréelles pour être vraies, peut-être ?), évoquent la vie paisible de chaque jour, en contrepoint du noir et blanc des photographies (images vérités frappantes mais jamais effrayantes) qui sont une plongée dans de glaciales réalités guerrières: des fusils pointés vers une femme humant une fleur, des réfugiés kosovars attendant une distribution de pain, une rue ravagée de Mostar, des poilus dans une tranchée, un petit garçon l'arme à l'épaule etc. L'omniprésence des enfants, sur les photos comme sur les illustrations, favorise certainement l'identification du jeune lecteur aux personnages (et personnes) représentés ici, mais rappelle aussi constamment comment ceux-ci sont les premières victimes en temps de guerre, puis des symboles essentiels de vie ou de renaissance — après la guerre.

En regard de ces images choisies avec soin, des poèmes ; certains optimistes et remplis d'espérance comme Le plus important de Prévert, La grande chanson d'Armand Monjo ou encore Après la pluie de Gianni Rodari ("Une fête pour toute la terre / faire la paix avant la guerre") ; d'autres bruts et émouvants, tel Il y a d'Apollinaire, Mon Dieu de Catherine Roux, écrit à Ravensbrück ("Je n'ai plus rien. Mon crâne, mon corps, mes mains sont nues") ou La petite fille de Nazim Hikmet ("J'ai trouvé la mort à Hiroshima (...) nul ne peut plus me dorloter / Car l'enfant qui brûla comme papier journal / Vos bonbons jamais ne pourra goûter"). Enfin, d'autres encore se présentent comme des élans de lucidité ironique (Mon général, votre tank est puissant, de Bertolt Brecht) ou des messages d'espoir ( celui lancé par Paul Eluard dans Un compte à régler, par exemple) car la "réparation" est possible, et nécessaire, comme l'écrit François David (L'amour blessé).
Et pourtant, On n'aime guère que la paix est une affirmation que semblent en partie contredire les images et poèmes le composant... mais l'ouvrage tout entier démontre la nécessité de montrer la guerre et ses méfaits pour mieux faire réfléchir au "globe tout perclus de douleurs" dont parle Boris Vian ou faire comprendre comment "les yeux des mères" peuvent ressembler à "des poteries cassées" (Jean-Pierre Abraham), bref, pour préparer la paix ; un bel album que les enfants pourront appréhender sans mal dès 6 ou 7 ans, à feuilleter et à partager avec eux, même si certains des poèmes sont à réserver aux plus grands ; les plus jeunes lecteurs ne pourront cependant pas manquer d'être touchés par les photos, troublantes, par les illustrations, vivifiantes, et par certains textes courts mais percutants, comme Tu penses :

"Tu penses à ton jouet en bois
Abandonné dans la fuite
Entre ta soeur
Qui dort les yeux ouverts
La robe immaculée
Du sang des songes
Et ton père dont la bouche-bée
Affiche la forme du dernier mot prononcé.
"
(Babacar Sall)

Blandine Longre
(mai 2003)

de Nathalie Novi : Le petit mouchoir de ciel bleu (T. Magnier, 2003)

La guerre racontée aux enfants :

L'Horizon Bleu de D. Piatek et Y. Hamonic (Petit à Petit, 2003)
Mes enfants c'est la guerre de Jean-Jacques Greif (L'Ecole des loisirs, 2002)

et aux adultes :
Lysistrata d'Aristophane (Arléa, 2003)
11 septembre 2001 de Michel Vinaver (L'Arche, 2002)
La chambre noire de Rachel Seiffert (R. Laffont, 2002)
When the Emperor was divine de Julie Otsuka (penguin, 2003)
Dernier refuge avant la nuit de G. Edelman (Belfond, 2002)
Les Enfants / Onze Débardeures d'Edward Bond (L'Arche, 2002)