Si
vis pacem, para pacem
(Si tu veux la paix, prépare la paix)
On
n'aime guère que la paix est un album qui touche
à l'universel : une trentaine de poèmes, de multiples
photographies en noir et blanc et de joyeuses illustrations signées
Nathalie Novi pour raconter, montrer, dénoncer et exposer
la guerre, et y opposer paix, bonheur et espérance. Les pastels
de l'illustratrice, aux couleurs vives (trop irréelles pour
être vraies, peut-être ?), évoquent la vie paisible
de chaque jour, en contrepoint du noir et blanc des photographies
(images vérités frappantes mais jamais effrayantes)
qui sont une plongée dans de glaciales réalités
guerrières: des fusils pointés vers une femme humant
une fleur, des réfugiés kosovars attendant une distribution
de pain, une rue ravagée de Mostar, des poilus dans une tranchée,
un petit garçon l'arme à l'épaule etc. L'omniprésence
des enfants, sur les photos comme sur les illustrations, favorise
certainement l'identification du jeune lecteur aux personnages (et
personnes) représentés ici, mais rappelle aussi constamment
comment ceux-ci sont les premières victimes en temps de guerre,
puis des symboles essentiels de vie ou de renaissance — après
la guerre.
En regard de
ces images choisies avec soin, des poèmes ; certains optimistes
et remplis d'espérance comme Le plus important de
Prévert, La grande chanson d'Armand Monjo ou encore
Après la pluie de Gianni Rodari ("Une fête
pour toute la terre / faire la paix avant la guerre")
; d'autres bruts et émouvants, tel Il y a d'Apollinaire,
Mon Dieu de Catherine Roux, écrit à Ravensbrück
("Je n'ai plus rien. Mon crâne, mon corps, mes mains
sont nues") ou La petite fille de Nazim Hikmet
("J'ai trouvé la mort à Hiroshima (...) nul
ne peut plus me dorloter / Car l'enfant qui brûla comme papier
journal / Vos bonbons jamais ne pourra goûter").
Enfin, d'autres encore se présentent comme des élans
de lucidité ironique (Mon général, votre
tank est puissant, de Bertolt Brecht)
ou des messages d'espoir ( celui lancé par Paul Eluard dans
Un compte à régler, par exemple) car la "réparation"
est possible, et nécessaire, comme l'écrit François
David (L'amour blessé).
Et pourtant, On n'aime guère que la paix
est une affirmation que semblent en partie contredire les images
et poèmes le composant... mais l'ouvrage tout entier démontre
la nécessité de montrer la guerre et ses méfaits
pour mieux faire réfléchir au "globe tout
perclus de douleurs" dont parle Boris Vian ou faire comprendre
comment "les yeux des mères" peuvent ressembler
à "des poteries cassées" (Jean-Pierre
Abraham), bref, pour préparer la paix ; un bel album que
les enfants pourront appréhender sans mal dès 6 ou
7 ans, à feuilleter et à partager avec eux, même
si certains des poèmes sont à réserver aux
plus grands ; les plus jeunes lecteurs ne pourront cependant pas
manquer d'être touchés par les photos, troublantes,
par les illustrations, vivifiantes, et par certains textes courts
mais percutants, comme Tu penses :
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"Tu
penses à ton jouet en bois
Abandonné dans la fuite
Entre ta soeur
Qui dort les yeux ouverts
La robe immaculée
Du sang des songes
Et ton père dont la bouche-bée
Affiche la forme du dernier mot prononcé."
(Babacar Sall)
Blandine
Longre
(mai 2003)
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de Nathalie
Novi : Le petit mouchoir de ciel bleu (T. Magnier, 2003)
La
guerre racontée aux enfants :
L'Horizon Bleu de D. Piatek et Y.
Hamonic (Petit à Petit, 2003)
Mes enfants c'est la guerre de
Jean-Jacques Greif (L'Ecole des loisirs, 2002)
et aux adultes :
Lysistrata d'Aristophane
(Arléa, 2003)
11 septembre 2001 de Michel
Vinaver (L'Arche, 2002)
La chambre noire de Rachel Seiffert
(R. Laffont, 2002)
When the Emperor was divine de Julie
Otsuka (penguin, 2003)
Dernier refuge avant la nuit de G.
Edelman (Belfond, 2002)
Les Enfants / Onze Débardeures
d'Edward Bond (L'Arche, 2002)
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