Revue de poésie

 

Les lecteurs, en général, lisent les poètes d'autrefois plus volontiers que ceux d'aujourd'hui, surtout lorsqu'ils font l'objet de commémorations (voir Victor Hugo) ; les revues de poésie, nombreuses mais souvent confidentielles, ont du mal à sortir du circuit fermé de ceux qui font la poésie qu'ils lisent...

La page blanche se remplit à mesure qu'on la dévoile de tous les attributs d'une poésie vivante, ouverte à toutes les navigations (celle de l'esprit, celle de l'écriture dans son immanence et dans sa virtualité - puisqu'elle ne néglige pas les nouveautés de l'Internet). C'est une revue de poésie et sur la poésie. Du côté de la création, deux supports en un pour chaque numéro : la revue elle-même, qui présente des " poètes de service " (par exemple Mireille Disdero-Seassau et France Weber en janvier/février 2002, ou Stéphane Méliade en mars/avril), avec un choix de textes représentatifs ; et, accompagnant chaque numéro, un cahier "d'e-poésies", reflet de la pluralité, de la qualité, de la sensibilité d'une certaine écriture contemporaine. Du côté du commentaire : des notes de lecture, un " moment critique ", des rubriques et considérations diverses et toujours intéressantes sur la poésie, le tout encadré par l'éditorial et les " Signes sur la page blanche " de Constantin Pricop qui, en tant que poète et critique, mêle à son expérience de créateur la réflexion sur une activité que d'aucuns ignorent, d'autres soumettent aux " codes artistiques, [aux] conventions des saisons littéraires " (n° 19), alors que " la vraie poésie est incommode, incisive (même dans la... douceur...), non-conformiste, quelquefois brutale " (n° 18).

Voilà à peu près résumé l'esprit de La page blanche : à la fois reflet et antithèse (comme le symbolise la présentation du titre sur sa couverture grise d'une belle sobriété), adhésion et combat. Pierre Lamarque, directeur de la publication, et Constantin Pricop, directeur de la rédaction, réalisent là, avec Mickaël Lapouge, un travail qui rend un grand service à la poésie, et qui pourrait servir de modèle à de nombreuses revues, de référence à de nombreux lecteurs. Signalons pour finir que cette production revêt les caractéristiques d'une publication internationale : dans l'aller-retour francophone entre P. Lamarque et C. Pricop, entre l'Aquitaine française et la province roumaine de Moldavie, c'est l'Europe dans toute son étendue qui pose sa marque en filigrane sur La page blanche.

JP Longre
(mai 2002)

Jean-Pierre Longre, maître de conférences en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical.
Il a participé à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

 

LA PAGE BLANCHE
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