Saïgon à l'époque coloniale, lorsque l'école
s'appelait encore l'école « Colette » et la cathédrale
« Notre-Dame » ...
C'est dans ce cadre que se déroule cette histoire d'amitié
très profonde entre deux enfants, Théo, petit Français
qui porte l'uniforme très chic à l'école, et
Binh, le petit Vietnamien, vêtu de son costume traditionnel.
Malgré leurs différences, Théo et Binh sont
amis, fréquentent la même classe, celle du terrible
Monsieur Poisson, jouent aux mêmes jeux, s'inventant des aventures
sur la mer de Chine, partant à la recherche de trésors
! Ils récoltent aussi les mêmes punitions.
Pourtant, dans la cour de l'école, la différence,
la ségrégation sont concrètes : une palissade
de bambou sépare Français et Vietnamiens, ce qui rend
Théo et Binh très malheureux. Ils décident
ensemble de faire tomber ce mur qui les sépare et, pour ce
faire, de demander l'aide du génie de la pagode. Ils partent
tous deux une nuit en expédition à la recherche d'une
belle offrande qui pourrait contenter le génie et l'inciter
à les aider. Mais ils n'avaient guère prévu
que l'offrande serait si... remuante mais qu'elle exaucerait leur
voeu le plus cher !
Sur le plan visuel, l'album est assez proche des techniques narratives
de la bande dessinée : de grandes vignettes pleine page (au
format à l'itialienne), avec le texte disposé dessous
ou dessus, alternent avec des vignettes plus petites, deux par page.
Lu-K a recours également aux vignettes incrustées
pour focaliser sur des détails importants et renforcer la
dramaturgie. Il réalise aussi un beau travail sur l'ombre
et la lumière.
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Un
bel album qui traite de manière subtile de la colonisation,
de la ségrégation et de la manière
dont l'amitié peut vaincre les murs et toutes les
barrières. L'enfance y est montrée aussi,
avec tendresse et force de conviction. Théo et Binh
se sont choisis et restent fidèles à leur
amitié. Ils sont complices et forts ensemble et se
montrent capables de contourner les décisions des
adultes, incompréhensibles à leurs yeux d'enfants
! On a là une vision non pas idyllique de l'enfance,
mais plutôt assez réaliste.
Catherine
Gentile
(février 2008) |
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

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