Le Pacte de Saïgon
Lu-K

éditions du Sorbier, Les Ethniques, 2007

 

 


Saïgon à l'époque coloniale, lorsque l'école s'appelait encore l'école « Colette » et la cathédrale « Notre-Dame » ...
C'est dans ce cadre que se déroule cette histoire d'amitié très profonde entre deux enfants, Théo, petit Français qui porte l'uniforme très chic à l'école, et Binh, le petit Vietnamien, vêtu de son costume traditionnel. Malgré leurs différences, Théo et Binh sont amis, fréquentent la même classe, celle du terrible Monsieur Poisson, jouent aux mêmes jeux, s'inventant des aventures sur la mer de Chine, partant à la recherche de trésors ! Ils récoltent aussi les mêmes punitions.
Pourtant, dans la cour de l'école, la différence, la ségrégation sont concrètes : une palissade de bambou sépare Français et Vietnamiens, ce qui rend Théo et Binh très malheureux. Ils décident ensemble de faire tomber ce mur qui les sépare et, pour ce faire, de demander l'aide du génie de la pagode. Ils partent tous deux une nuit en expédition à la recherche d'une belle offrande qui pourrait contenter le génie et l'inciter à les aider. Mais ils n'avaient guère prévu que l'offrande serait si... remuante mais qu'elle exaucerait leur voeu le plus cher !
Sur le plan visuel, l'album est assez proche des techniques narratives de la bande dessinée : de grandes vignettes pleine page (au format à l'itialienne), avec le texte disposé dessous ou dessus, alternent avec des vignettes plus petites, deux par page. Lu-K a recours également aux vignettes incrustées pour focaliser sur des détails importants et renforcer la dramaturgie. Il réalise aussi un beau travail sur l'ombre et la lumière.

Un bel album qui traite de manière subtile de la colonisation, de la ségrégation et de la manière dont l'amitié peut vaincre les murs et toutes les barrières. L'enfance y est montrée aussi, avec tendresse et force de conviction. Théo et Binh se sont choisis et restent fidèles à leur amitié. Ils sont complices et forts ensemble et se montrent capables de contourner les décisions des adultes, incompréhensibles à leurs yeux d'enfants ! On a là une vision non pas idyllique de l'enfance, mais plutôt assez réaliste.

Catherine Gentile
(février 2008)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant plus de quinze ans.

 

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