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Théâtre
Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30
texte
original en russe traduit par Gilles Morel, Tania Moguilevskaia,
Elisa Gravelot -
Les Solitaires Intempestifs, 2005
La nouvelle comédie de la morale
Cure de jouvence
post-moderne pour le théâtre contemporain : voici Oxygène,
du dramaturge russe Ivan Viripaev, virtuose amusé qui manie
le monde avec une distance ironique, sombre, d’une grande
intelligence, doublée d’une énergie rare.
Un jeune comédien
(Antoine Oppenheim), une jeune comédienne (Céline
Bolomey), un entre-slam-metteur (Stéphane Oertli), sur fond
de musique électronique (Gilles Collard, DJ), sans décor
sinon l’envers. Derrière l’histoire d’amour
tourmentée d’un jeune provincial pour une belle Moscovite,
les dix compositions musicales et théâtrales de ce
spectacle novateur nous emportent dans tous les interstices humains
de la grande décadence de l’Occident, dont la Russie
et sa jeunesse désabusée, voire suicidaire, portent
à un haut niveau les stigmates. Parodie des 10 commandements
et de l’orthodoxie spirituelle, Oxygène
se place volontiers sur le plan moral, pour affronter les mille
maux contemporains, reliant l’intime, en commençant
par la sexualité, au politique (avec un chouïa de pertinence
en moins, disons d’originalité, notamment dans les
allusions au vieux 11 septembre ou au « monde arabe »).
Entre sexe et amour, comme entre meurtre et conscience, l’être
humain naïvement assoiffé d’oxygène peut-il
ne pas suffoquer ?
La musique
électronique est, à l’instar du XXIème
siècle, dépourvue d’oxygène, de pureté,
de nature ; qu’on le veuille ou non, tel est notre lot. Face
à l’impossibilité du romantisme (sensibilité
aujourd’hui interdite, réduite aux ténèbres,
comme la plaisante scène des confidences sexuelles dans le
noir), soulignée non sans humour par certains petits violons
tristes, la musique devient un rythme, au service du flot du texte,
dont il favorise le débit vif et saccadé, comme la
débauche imaginative – rappelant ici la fraîcheur
de Howl de Ginsberg, et des premiers élans
du spoken words, élans jazzistiques, à l’époque.
Situé
à la pointe du contemporain par ses thèmes –
les soirées chaotiques et les maigres extases de la jeunesse
russe, le globalisme ambiant, l’injustice universelle du jour…
– comme par leur traitement découpé, et en trompe-l’œil
(le théâtre reste théâtre, la quête
de sens se fait dans une trame de désillusion et d’amertume),
donnant des micros aux comédiens pour mieux les mettre en
abîme, Oxygène innove dans
la forme, mais, surtout, présente une richesse hétéroclite,
et surtout une grande énergie, qui le rattache, de gré
ou de force, à la longue tradition des tourmentés
existentiels russes, obsédés par la morale, loin des
préciosités françaises d’un art pour
l’art vieillot, sans impact ni même plus d’ambition.
Les comédiens,
en tout point excellents, dans le sérieux comme dans la folie,
reflètent par leur bagout intense et décontracté
la simplicité profonde de la mise en scène de Galin
Stoev : les grandes idées sont toujours simples, la complexité
vient de la vie. L’art n’est-il pas fait pour être
transpercé par l’existence ? L’essentiel n’est
pas sur scène, la scène ouvre sur la vie, et sur l’intériorité
de tout un chacun. Toutefois, cela dit, le mot de la fin restera,
selon le titre d’une des séquences les plus fortes
de la pièce : « Amnésie », parce
que, s’il y a bien un mal dont nous n’imaginons guère
la puissance, c’est encore l’oubli : chantage absurde,
nous oublions pour survivre, mais, Oxygène
vous le demande encore, avez-vous conscience du sacrifice ?
Nicolas
Cavaillès
(novembre 2006)

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