Oxygen
(Sceptre, septembre 2001)
en liste pour le Booker Prize 2001

à paraître en français
(Automne 2002, Albin Michel)

 

Tout se déroule durant l'été 1997. Dans la campagne anglaise Alice Valentine se meurt ; pour l'occasion, elle a rappelé à elle ses deux fils ; Alec, qui vient de Londres et Larry, le golden-boy sur le retour, ex-acteur de séries télévisées, qui vit aux Etats-Unis. La réunion de famille, dans de telles circonstances, n'a rien d'aisé et les deux frères, secoués par la mort imminente de leur mère, se remémorent leurs échecs et leurs angoisses, tout en essayant de se conforter dans l'idée qu'Alice a besoin d'eux. Cette dernière, lors de nombreuses insomnies, tente d'analyser, mais de moins en moins lucidement, ce qu'a été sa vie et ce que représentent ses derniers jours sur terre.

Au même moment, Lásló Lázár, célèbre dramaturge, coule des jours heureux à Paris, où il vit depuis son départ forcé de Hongrie en 1956, dans son appartement de la rue Delambre, entouré de ses amis et de son compagnon Kurt. Il ne peut cependant détacher sa mémoire des événements de 1956 et de l'exil contraint, non plus qu'il ne peut oublier l'ami mort par sa faute. Lorsqu'une organisation albanaise clandestine le contacte afin qu'il les aide dans leur tâche de libération du Kosovo, il recule, hésitant à s'engager politiquement... Leur cause n'est pas la sienne (et en a-t-il réellement encore une ?) et leur extrémisme l'effraye. Et pourtant, ne serait-ce pas là une façon de se racheter des lâchetés passées ?

En Angleterre, Alec Valentine a lui aussi ses pensées tournées vers Lásló Lázár : chargé de traduire sa dernière pièce pour la scène anglaise, il s'attelle difficilement à la tâche, chaque fois qu'il souhaite oublier l'agonie de sa mère Alice. La pièce s'intitule Oxygène et met en scène un groupe de mineurs enfermés dans un puits à la suite d'une explosion et que leurs amis et familles ne parviennent pas à aider. L'air venant à manquer, les esprits s'égarent ou se confient. L'on ne peut manquer de discerner l'analogie entre l'asphyxie des mineurs et celle d'Alice, qui, tout comme sa petite-fille Ella, la fille de Larry, souffre d'asthme ; ou bien celle, moins littérale, de Larry, dont la carrière s'essouffle ou celle d'Alec lui-même, que sa vie étouffe.
En superposant deux récits bien dissimilaires (autres lieux, autres personnages) mais simultanés, Andrew Miller a vraisemblablement souhaité explorer plusieurs facettes du même thème, celui de l'enfermement, qui peut mener à la mort ; chacun des protagonistes, enfermé dans ses principes, ses rêves ou ses dépendances, dans une fausse sécurité, aspire à la liberté, et ce roman dévoile, à travers eux, la douleur d'exister et d'avoir à mourir un jour. Il est vrai que les récits auraient pu faire l'objet de deux romans mais l'auteur a préféré les entrecroiser afin de donner davantage d'ampleur à ce roman paisible et tourmenté à la fois, un pur récit existentialiste qui mène les personnages à des choix imprévisibles.

B.Longre
(novembre 2001)

du même auteur
L'homme sans douleur Albin Michel,1998 (Poche, 2000)
Casanova amoureux, Albin Michel, 2000


L'éditeur
http://www.madaboutbooks.com

http://www.bbc.co.uk/arts/booker/miller.shtml

http://books.guardian.co.uk/bookerprize2001/story/0,1090,562607,00.html

du même auteur
http://www.livresse.com/Bibliotheque/miller-andrew/casanova-amoureux.htm
http://www.hibouq.org/Romans/Critiques/Romans/AndrewMiller/
LHommeSansDouleur.html

le Booker Prize
http://www.bookerprize.co.uk/asite/fiction/shortlist/shortlist.html
http://www.alphabetstreet.infront.co.uk/bookerprize.jhtml