Overground, déroutants voyageurs
Tomski et Bze (texte et photographies)
Editions Alternatives, 2006



Carnet de route


« Les utopies ne sont pas mortes. Les hippies ne sont pas tous devenus banquiers, les punks n'ont pas tous été emportés par la came, et les anars travaillent toujours d'arrache-pied. » On ne parle pas souvent d'eux : derrière le vague à l’âme idéologique et la trouille généralisée qui caractérisent notre époque, ils sont pourtant nombreux à tenter encore d'inventer une vie à leur goût, aux marges du bonheur capitaliste. Ce livre est un salut aux vagabonds d'aujourd'hui, squatteurs, punks, hippies, raveurs, insoumis de toutes sortes. Les photos de « Bze » sont souvent étonnantes : elles embrassent sèchement l'humanité des visages cloutés, des corps usés par une existence chaotique. Mais elles témoignent aussi de l'inventivité formidable des milieux alternatifs, de leur sens du détournement explosif des codes bourgeois.

Cette inventivité se retrouve d'ailleurs dans l'agencement des photos sur la page, alternance d'accumulation thématique et de longues plages floutées, pêle-mêle euphorisant d'images arrachées indistinctement aux nuits et aux jours... Le texte de « Tomski », éclaté en courts récits indépendants, imagine l'initiation d'un adolescent, à partir du moment où il décide de traverser les apparences de la vie ordinaire pour se jeter dans celle d'un libre patachon.Son écriture, souvent aussi poétique que subversive, nous promène aux quatre coins de l'Europe, à la rencontre d'une faune fauchée et débrouillarde, en « voyage sous les psychotropiques ».


Pas de théorie, ni de moralisme gauchisant : la vie quotidienne pour ceux-là fourmille de difficultés très ordinaires et décuplées par la pauvreté et l'hostilité du système à leur égard. Les émotions aussi — amitié, amour, haine — semblent décuplées dans ce contexte. Un joli livre qui rouvre bien des questions sur notre mode de vie et ressuscite le frisson d'une existence plus furieuse et plus libre, le rêve d'une «bourlingue éternelle, plus que jamais à portée de semelle. »

Jean-Baptiste Monat
(janvier 2007)

Jean-Baptiste Monat poursuit des études de Lettres qui le mènent plus particulièrement dans le domaine poétique français, et déambule volontiers aux confins des genres littéraires, vers certaines de leurs marges (la chanson notamment).

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