|
avec
Sami Frey (H1), Jean-François Balmer (H2), Claire Duhamel,
Dominique Ehlinger
Pièce
écrite par Nathalie Sarraute et mise en scène pour
la première fois en 1985 par Simone Benmussa (avec déjà
Sami Frey et Jean-François Balmer), Pour un oui ou pour un non
s'attache avant tout au textuel.
Deux amis de longue date, H1 (Frey) et H2 (Balmer), se retrouvent
après que H1 a volontairement cherché à s'éloigner
de H2. Ce dernier le presse de donner une explication, puisque "rien"
ne semble motiver l'attitude de son ami. Ce à quoi H1 répond:
"rien". La rupture/crevasse est pourtant imminente, car c'est une
intonation, un "presque rien" qui est à l'origine du malaise
de H1, un "C'est bieeen … ça !" condescendant qu'avait un
jour prononcé H2, et qui avait décidé H1, vexé,
à prendre ses distances, "pour un oui ou pour un non". Le
dialogue s'installe néanmoins, entrecoupé de silences
révélateurs, et les deux hommes s'affrontent par les
mots, anodins en apparence.
Nathalie Sarraute
écrit :"Il me semblait que le dialogue de théâtre
était incompatible avec ce que je cherchais à montrer".
En effet, cette adaptation peut laisser perplexe : l'aspect visuel
paraît ici sans grand intérêt, puisque la gestuelle
est purement intérieure, abstraite ou volontairement stéréotypée,
et que le décor ou le déplacements des acteurs semblent
plaqués. Soit, le décor est dépouillé, mais
encore trop réaliste et pas suffisamment minimaliste pour
s'intégrer et se mêler au thème de la pièce,
dans laquelle les personnages sont anonymes (comme pour mieux nous
faire sentir qu'on pourrait être à leur place), et ne révèlent
rien de leur vie privée, rien d'autre que cette amitié
fêlée.
Dans le
même temps, les paroles (les mots et leurs intonations) ont
besoin d'être entendues, et les deux acteurs principaux servent
parfaitement le texte, par leur jeu dont la précision est irréprochable.
Notons que malgré le caractère tragique et complexe
du conflit, l'auteur aime à explorer le langage et s'accorde
des moments cocasses : l'humour est déclenché plutôt
par "le décalage entre le jeu des acteurs et les mots" (ainsi
que le souligne Simone Benmussa) que par les mots eux-mêmes.
Une représentation
réussie par bien des aspects, en dépit d'une mise
en scène sans doute trop classique.
R.
A. / B.L.

deux
sites dédiés à Nathalie Sarraute et son oeuvre : http://www.france.diplomatie.fr/culture/france/biblio/folio/
sarraute/index.html
http://perso.wanadoo.fr/belloeil/sarraute.html
|