de Nathalie Sarraute
mise en scène de Simone Benmussa

3 nominations Molière 99.
durée : 1 h 10
au Théâtre des Célestins, Lyon,
du 12 octobre au 1er novembre 1999

 

avec
Sami Frey (H1), Jean-François Balmer (H2), Claire Duhamel, Dominique Ehlinger

Pièce écrite par Nathalie Sarraute et mise en scène pour la première fois en 1985 par Simone Benmussa (avec déjà Sami Frey et Jean-François Balmer), Pour un oui ou pour un non s'attache avant tout au textuel.
Deux amis de longue date, H1 (Frey) et H2 (Balmer), se retrouvent après que H1 a volontairement cherché à s'éloigner de H2. Ce dernier le presse de donner une explication, puisque "rien" ne semble motiver l'attitude de son ami. Ce à quoi H1 répond: "rien". La rupture/crevasse est pourtant imminente, car c'est une intonation, un "presque rien" qui est à l'origine du malaise de H1, un "C'est bieeen … ça !" condescendant qu'avait un jour prononcé H2, et qui avait décidé H1, vexé, à prendre ses distances, "pour un oui ou pour un non". Le dialogue s'installe néanmoins, entrecoupé de silences révélateurs, et les deux hommes s'affrontent par les mots, anodins en apparence.

Nathalie Sarraute écrit :"Il me semblait que le dialogue de théâtre était incompatible avec ce que je cherchais à montrer". En effet, cette adaptation peut laisser perplexe : l'aspect visuel paraît ici sans grand intérêt, puisque la gestuelle est purement intérieure, abstraite ou volontairement stéréotypée, et que le décor ou le déplacements des acteurs semblent plaqués. Soit, le décor est dépouillé, mais encore trop réaliste et pas suffisamment minimaliste pour s'intégrer et se mêler au thème de la pièce, dans laquelle les personnages sont anonymes (comme pour mieux nous faire sentir qu'on pourrait être à leur place), et ne révèlent rien de leur vie privée, rien d'autre que cette amitié fêlée.
Dans le même temps, les paroles (les mots et leurs intonations) ont besoin d'être entendues, et les deux acteurs principaux servent parfaitement le texte, par leur jeu dont la précision est irréprochable. Notons que malgré le caractère tragique et complexe du conflit, l'auteur aime à explorer le langage et s'accorde des moments cocasses : l'humour est déclenché plutôt par "le décalage entre le jeu des acteurs et les mots" (ainsi que le souligne Simone Benmussa) que par les mots eux-mêmes.
Une représentation réussie par bien des aspects, en dépit d'une mise en scène sans doute trop classique.

R. A. / B.L.

deux sites dédiés à Nathalie Sarraute et son oeuvre : http://www.france.diplomatie.fr/culture/france/biblio/folio/
sarraute/index.html

http://perso.wanadoo.fr/belloeil/sarraute.html