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Errance
et effacement
Un homme –
appelons-le Serge, puisque c’est le prénom qu’il
se donne et qu’il donne aux autres – raconte comment
il a vécu, en quelques heures, quelques jours tout au plus,
un infléchissement décisif de son existence.
Pas à
pas, nous le suivons, accrochés à son itinéraire
chaotique, subissant ses humeurs (celles de son rhume constant,
qu’il ne manque pas de communiquer aux autres, comme celles
de son esprit aux apparences lunatiques), ses changements de cap
et sa dégradation. Dégradation physique (des éternuements
agaçants mais anodins aux difficultés de la marche
pour cause de douleur non identifiée à la jambe),
sentimentale (le départ de Laure et un contact distancié
avec Florence qui l’a momentanément pris en charge),
relationnelle (rapports de moins en moins harmonieux avec les autres,
amis compris), mentale (à quoi correspondent les hésitations,
retours, variantes, errances jalonnant le chemin qui mène
jusqu’à l’île de Braz ?). Décalé
dans le temps et l’espace, Serge va se trouver proprement
recalé, mis en cale sèche dans l’île qui,
à la suite d’imprévus fatals plus ou moins volontaires,
plus ou moins consentis, va devenir le lieu de son effacement, de
son oubli identitaire jusqu’à l’ultime question
: «J’aimerais savoir comment vous vous appelez».
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L’itinéraire
de Serge, c’est simultanément celui de la prose
de Christian Oster, pleine de méandres et de zigzags,
de fausses haltes et de faux départs, nous mettant
à l’affût du moindre mouvement, de la
moindre précision tapis au coin de phrases minutieusement
construites dans leur fugitive brièveté ou
leur interminable complexité. Et l’on sent
bien que la syntaxe recèle des mystères essentiels,
ceux d’un personnage qui, à travers les détails
obsédants, garde ses secrets mais auquel, cahin-caha,
d’étape en étape, on se prend à
s’intéresser, voire à s’attacher,
comme on s’attache aux êtres qui, éloignés
d’eux-mêmes, se perdent sans faire mine de le
savoir au milieu des embûches de la vie.
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Jean-Pierre
Longre
(mai 2005)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages, dont
Queneau en scènes (PULIM, 2005),
ou
articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison
des langages littéraire et musical. Il a participé
à l'édition des romans de Queneau
dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les
littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

http://www.leseditionsdeminuit.fr
du
même auteur
Le
chêne, la vache et le bûcheron, Mouche de L'école
des loisirs, 2005
Le
roi fait sa valise L'Ecole des loisirs, 2004
Les
rendez-vous Editions de Minuit, 2003
Mon
Grand Appartement Editions de Minuit, 1999
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