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On ne peut pas
s’empêcher de penser que Christian Oster trace un chemin
singulier dans la littérature française d’aujourd’hui,
un chemin qu’il a emprunté depuis près de quinze
années, mais les dernières productions (Mon
grand appartement, en 1999, Une femme de ménage,
en 2001 et Dans le train, en 2002) fatiguent, non pas car
elles sont fatigantes en elles-mêmes, mais, plutôt,
par leur caractère répétitif.
Oster donne l’impression d’un auteur de génie,
auteur d’une belle idée de style, de positionnement
littéraire, d’un territoire bien à lui qu’il
a délimité progressivement au fur et à mesure
de ses romans, un auteur bien intégré à sa
maison d’édition, on ne l’imaginerait pas ailleurs,
en effet, mais une fois cette idée avancée, couchée
fixée sur le papier dans un roman, voire deux, voire trois,
que reste-il de l’éclat de la nouveauté qui
le distinguait de ses confrères? Si chaque production n’est
que le reflet d’une précédente, comment le lecteur
pourrait-il s’en satisfaire ? Certes, certains diront que
l’écrivain explore tout au long de son œuvre une
même obsession, mais le dernier opus de Oster donne plutôt
l’impression d’un joli exercice de style.
Baccalauréat
série littéraire, sujet d’imagination : "Vous
écrirez une histoire d’amour à la façon
de Christian Oster."
Consigne : Vous accorderez un soin particulier au style «
Editions de Minuit ».
Remarquez, le
jeu permettrait aux élèves d’écrire une
rédaction sans dialogue et serait un puissant outil pédagogique
pour faire comprendre aux classes de lycée de toute la France
ce qu’est un dialogue, et ce qu’il n’est pas.
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On
s’emploierait alors dans une telle dissertation à
mettre en scène des personnages qui flottent, évanescents,
fébriles, qui se transportent d’un lieu à
l’autre sans réellement diriger leur vie, comme
si les autres les guidaient. L’histoire tournerait autour
d’un homme, sans point commun assurément avec Christian
Oster, un homme de la quarantaine, penseur en apesanteur, un
peu veule, qui ne résiste pas vraiment aux êtres
et aux choses, qui s’abandonne à la vie, aux femmes,
aux amis. Il arriverait beaucoup de choses à cet homme,
toutes choses d’ailleurs pour lesquelles il n’y
serait pour rien, car cet homme n’est jamais pour rien
dans rien, dans ces histoires, tout lui arrive dessus, sans
qu’il le veuille. Et, toujours, dans cette suite non décidée,
quasi rocambolesque, se loge une distance ironique, décalage
subtil qui fait verser l’histoire dans le comique. |
L’homme
se retrouve, par exemple, en train d'assister à l’accouchement
d’une femme que tout le monde prend pour SA femme alors qu’il
l'a rencontrée à la gare, la veille. Au fond, Christian
Oster cherche à amuser, en parlant avec légèreté
de choses importantes (l’amour, toujours), il donne une autre
image du héros, celui qui réussit, qui trouve le bonheur,
mais sans le vouloir, comme si la vie poursuivait son bonhomme de
chemin sans qu’on ait forcément son mot à dire.
Alors, oui,
Oster, procure du plaisir par ce regard amusé qu’il
porte sur les choses de la vie, ces choses de rien qui signifient
beaucoup, mais Oster se répète, lasse et ennuie. Mais
peut-être au fond est-ce là un objectif inavoué
de l’auteur, comme ses personnages, qui s’ennuyant dans
leur vie, se retrouvent plongés dans une suite d’évènements
drolatiques, inattendus et si loin d’eux ? Ainsi, l’ennui
métaphysique dans lequel le lecteur plonge, tout comme les
personnages d’Oster, cet ennui, devient le lieu d’une
imagination fertile, débridée, sans soucis, hors du
monde réel, qui réconcilie l’homme du quotidien
avec la liberté.
David
Piovesan
(novembre 2003)

du
même auteur : Mon grand appartement
(Minuit, 1999)
http://www.leseditionsdeminuit.fr
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