Les rendez-vous
Editions de Minuit, 2003


On ne peut pas s’empêcher de penser que Christian Oster trace un chemin singulier dans la littérature française d’aujourd’hui, un chemin qu’il a emprunté depuis près de quinze années, mais les dernières productions (Mon grand appartement, en 1999, Une femme de ménage, en 2001 et Dans le train, en 2002) fatiguent, non pas car elles sont fatigantes en elles-mêmes, mais, plutôt, par leur caractère répétitif.
Oster donne l’impression d’un auteur de génie, auteur d’une belle idée de style, de positionnement littéraire, d’un territoire bien à lui qu’il a délimité progressivement au fur et à mesure de ses romans, un auteur bien intégré à sa maison d’édition, on ne l’imaginerait pas ailleurs, en effet, mais une fois cette idée avancée, couchée fixée sur le papier dans un roman, voire deux, voire trois, que reste-il de l’éclat de la nouveauté qui le distinguait de ses confrères? Si chaque production n’est que le reflet d’une précédente, comment le lecteur pourrait-il s’en satisfaire ? Certes, certains diront que l’écrivain explore tout au long de son œuvre une même obsession, mais le dernier opus de Oster donne plutôt l’impression d’un joli exercice de style.

Baccalauréat série littéraire, sujet d’imagination : "Vous écrirez une histoire d’amour à la façon de Christian Oster."
Consigne : Vous accorderez un soin particulier au style « Editions de Minuit ».

Remarquez, le jeu permettrait aux élèves d’écrire une rédaction sans dialogue et serait un puissant outil pédagogique pour faire comprendre aux classes de lycée de toute la France ce qu’est un dialogue, et ce qu’il n’est pas.

On s’emploierait alors dans une telle dissertation à mettre en scène des personnages qui flottent, évanescents, fébriles, qui se transportent d’un lieu à l’autre sans réellement diriger leur vie, comme si les autres les guidaient. L’histoire tournerait autour d’un homme, sans point commun assurément avec Christian Oster, un homme de la quarantaine, penseur en apesanteur, un peu veule, qui ne résiste pas vraiment aux êtres et aux choses, qui s’abandonne à la vie, aux femmes, aux amis. Il arriverait beaucoup de choses à cet homme, toutes choses d’ailleurs pour lesquelles il n’y serait pour rien, car cet homme n’est jamais pour rien dans rien, dans ces histoires, tout lui arrive dessus, sans qu’il le veuille. Et, toujours, dans cette suite non décidée, quasi rocambolesque, se loge une distance ironique, décalage subtil qui fait verser l’histoire dans le comique.

L’homme se retrouve, par exemple, en train d'assister à l’accouchement d’une femme que tout le monde prend pour SA femme alors qu’il l'a rencontrée à la gare, la veille. Au fond, Christian Oster cherche à amuser, en parlant avec légèreté de choses importantes (l’amour, toujours), il donne une autre image du héros, celui qui réussit, qui trouve le bonheur, mais sans le vouloir, comme si la vie poursuivait son bonhomme de chemin sans qu’on ait forcément son mot à dire.

Alors, oui, Oster, procure du plaisir par ce regard amusé qu’il porte sur les choses de la vie, ces choses de rien qui signifient beaucoup, mais Oster se répète, lasse et ennuie. Mais peut-être au fond est-ce là un objectif inavoué de l’auteur, comme ses personnages, qui s’ennuyant dans leur vie, se retrouvent plongés dans une suite d’évènements drolatiques, inattendus et si loin d’eux ? Ainsi, l’ennui métaphysique dans lequel le lecteur plonge, tout comme les personnages d’Oster, cet ennui, devient le lieu d’une imagination fertile, débridée, sans soucis, hors du monde réel, qui réconcilie l’homme du quotidien avec la liberté.

David Piovesan
(novembre 2003)

du même auteur : Mon grand appartement (Minuit, 1999)

http://www.leseditionsdeminuit.fr