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Exposition
2006
Chrystelle Aguilar
Mises
en images, en espace et en mots.
Toute jeune
maison d’édition installée à Vaillac
(dans le lot), Où sont les
enfants ? propose déjà quatre titres
qui tiennent autant de l’album que du théâtre
; des ouvrages non pas illustrés de manière traditionnelle,
mais accompagnés de photographies qui mettent véritablement
en scène les récits ; en décors réels
ou de façon totalement théâtralisée,
comme dans La nef des fous (dans la collection
Vivant !!), un vrai "livre de théâtre jeunes publics"
qui nous plonge dans un monde irréel de saltimbanques grimés
et grimaçants ; les sujets des photographies (réalisées
par le Groupe Z, collectif d'artistes photographes et plasticiens)
sont les comédiens de L'Oboubambulle (compagnie expérimentée
de théâtre itinérant) et le livre retrace, justement,
l'un de leurs spectacles.

Editions
Où sont les enfants ?
Derrière la rue
46240 Vaillac
osle@wanadoo.fr |
Quand
bien même certains ouvrages comporteraient quelques
défauts (des choix typographiques discutables par exemple
– jurant avec la mise en page, comme dans Disparue,
d'Antonin Quetal et Béatrice Utrilla – ou encore
une mise en théâtre sans doute trop explicite
et manquant de "naturel" dans certains clichés),
le caractère innovant de l'entreprise mérite
d’être souligné, tout autant que le travail
conceptuel de Tieri Briet (auteur, avec Alejandro Martinez,
de Petite brouette de survie)
et Michèle Leydet, qui s'expriment ainsi
: "Notre projet reste d'inventer des livres imaginés
autrement, des livres dont l'imagerie ne renierait pas cette
intensité qu'un enfant croise partout ailleurs, dans
une vie quotidienne déjà peuplée de trop
d'images, pour lui indiquer qu'il y a encore des aventures
à mener, des émerveillements à éprouver
et des révoltes à vivre jusqu'au bout de l'enfance." |
On s'arrêtera
plus longuement sur Histoire à dormir debout,
un long récit de Maryvette Balcou, entre roman et album ;
rien d’incongru ou de loufoque ici – en dépit
du titre, en réalité plutôt ingénieux,
et faisant implicitement référence aux «
enfants cierges » qui ont appris à dormir debout,
les yeux grand ouverts : des enfants des rues qui, par crainte d’être
dévorés par des « hommes loups »
(qui « scrutent les moindres recoins » à
la recherche de proies endormies), ne peuvent jamais trouver le
repos, vivant dans la terreur, la faim et le manque. La métaphore
filée de l’enfance littéralement privée
d’un vrai sommeil, de rêves et ainsi d’enfance,
car soumise à des lois absurdes pour survivre, fonctionne
parfaitement de bout en bout, amplifiée par l’histoire
de Fernando qui, une nuit de cauchemar, a aperçu un enfant
cierge depuis la fenêtre de sa chambre : Ruben est un enfant
des rues, orphelin et survivant. Les deux garçons font connaissance
et décident d’échanger leur expérience
respective du sommeil : Ruben apprendra à Fernando, l’enfant
protégé et bien nourri (« né dans
une famille où tout le monde dort allongé »),
à dormir debout, et Fernando, lui, montrera à Ruben,
l'enfant du dénuement, comment l’on peut s’étendre
paisiblement pour rêver…
Une belle histoire
d’amitié, de fraternité et de découvertes
mutuelles mais pas seulement ; c'est aussi l'histoire d’un
sauvetage (celui de Ruben) et de l'éveil d'une conscience
(celle de Fernando), un récit singulier qui sait aussi témoigner
plus généralement du sort d'enfants perdus qui vivent
un enfer au quotidien et dont Ruben se fait le porte-parole. "J'ai
sept ans. Je fais partie des enfants de la planète qui dorment
debout" dit-il. "Nous sommes des centaines, peut-être
des milliers à ne jamais pouvoir nous coucher par terre,
même pour dormir.". Quand Fernando, après
un cauchemar, demande à sa mère "si un cauchemar
" peut "devenir grave", elle lui répond
avec discernement, sans chercher à dissimuler la réalité
: "Oui, mais pas pour toi. (...) Malheureusement certains
enfants ont des cauchemars qui ne s'en vont jamais, ni le jour,
ni la nuit."
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Cette
belle sensibilisation à la misère et aux terrifiantes
conditions de vie de certains enfants (qui parfois vivent
ainsi sous notre nez, ou au coin de la rue) est mise en scène
via les photos de Chrystelle Aguilar et les décors
créés par le Groupe Z, des images qui traduisent
habilement les changements d'atmosphères successifs
: le soleil éclaire crûment la réalité
du bidonville où vit Ruben, puis disparaît pour
laisser la place aux ombres nocturnes, des images tout aussi
inquiétantes, mais nécessairement plus oniriques
(par le biais de superpositions, de montages ou d'un procédé
de transparence) - qu'elles représentent les cauchemars
(réels ou imaginaires) des enfants ou bien la nouvelle
vie "rêvée" de Ruben, que la famille
de Fernando décide d'adopter. |
B.
Longre
(décembre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice
en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone,
asiatique, orientale etc.), à la littérature pour
la jeunesse, au théâtre (texte et représentation)
et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://ousontlesenfants.hautetfort.com/
L'Oboubambulle
http://oboub.free.fr/
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/balcou.html
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