Les Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, Tome 13 : La Fin
de Lemony Snicket

Traduit (anglais) par Rose-Marie Vassallo
Nathan, 2007

 

 

 

La fin des mésaventures des Orphelins Baudelaire ?

Enfin la fin ! Après 13 volumes, les orphelins vont-ils trouver un point d’achèvement à leurs désastreuses aventures ? Rien n’est moins sûr et l’on pourrait continuer à l’infini.
L’auteur compare sa série à un oignon que l’on pèle et qui livre couche après couche la même chose : même structure et même amertume provoquant des larmes. De fait, on est dans le royaume du même avec cette série qui est un modèle, sinon une caricature, du genre : grandiloquence, invraisemblable, sentimentalisme et sombres calculs. On retrouve les mêmes personnages, les mêmes types d’événements. Les caractères sont très simplistes, à peine esquissés : le méchant est ici de la même eau que le capitaine Crochet de Peter Pan - le méchant de service, parfait dans son rôle proche de l’absurde. Ici les personnages sont davantage des marionnettes que des êtres de papier.
Restent les événements, désastreux. On n’est pas trompé sur ce plan : naufrage, dénuement total, trahisons, condamnation à mort, empoisonnement général… Mais avec de la jubilation et des thèmes intéressants qui mettent à l’épreuve la « boussole » manquante des héros, c’est-à-dire le sens moral nourri par l’exemple qu’auraient dû leur donner leurs parents. L’île dans laquelle ils prennent pied après le naufrage est un bel exemple d’Utopie politique et pose certaines des questions que l’ont peut aborder sur ce thème : vaut-il mieux vivre dans l’ignorance, le dénuement et la paix ou accepter les conséquences du savoir et du progrès ? La révolte contre une autorité tyrannique justifie-t-elle qu’on emploie pour cela tous les moyens, y compris les plus criminels ? Enfin, les héros sont face à leur propre culpabilité dans les événements qu’ils provoquent : l’innocence est perdue à jamais.


Mais le sérieux n’est pas ce qui domine : l’auteur prend ses distances par rapport à son récit, comme il le fait depuis le premier volume ; il se livre à de nombreuses digressions, se moque des émotions du lecteur, compose des listes, des récits absurdes qui s’enchaînent… Mais autant que l’humour, c’est la pédagogie du récit qui est ici intéressante : explication de termes en contexte, réflexions sur le choix des événements et le recours aux stéréotypes par un auteur, enfin, résumé de situations en un mot ; les réflexions de la plus jeune, Prunille, sont drôles, mais ne pourront pas être comprises par tous : « Dreyfus », pour désigner une situation d’injustice, « René », pour critiquer quelqu’un qui raconte sa vie avec trop de complaisance…
Ainsi, à condition de lire avec la même distance et de ne pas trop demander à la cohérence de l’intrigue et aux personnages, ce treizième tome de la série remplit son rôle, celui de clore très arbitrairement ce qui pourrait être sans fin, et de le faire de façon intéressante.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(septembre 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

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