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La
fin des mésaventures des Orphelins Baudelaire ?
Enfin la fin
! Après 13 volumes, les orphelins vont-ils trouver un point
d’achèvement à leurs désastreuses aventures
? Rien n’est moins sûr et l’on pourrait continuer
à l’infini.
L’auteur compare sa série à un oignon que l’on
pèle et qui livre couche après couche la même
chose : même structure et même amertume provoquant des
larmes. De fait, on est dans le royaume du même avec cette
série qui est un modèle, sinon une caricature, du
genre : grandiloquence, invraisemblable, sentimentalisme et sombres
calculs. On retrouve les mêmes personnages, les mêmes
types d’événements. Les caractères sont
très simplistes, à peine esquissés : le méchant
est ici de la même eau que le capitaine Crochet de Peter Pan
- le méchant de service, parfait dans son rôle proche
de l’absurde. Ici les personnages sont davantage des marionnettes
que des êtres de papier.
Restent les événements, désastreux. On n’est
pas trompé sur ce plan : naufrage, dénuement total,
trahisons, condamnation à mort, empoisonnement général…
Mais avec de la jubilation et des thèmes intéressants
qui mettent à l’épreuve la « boussole
» manquante des héros, c’est-à-dire le
sens moral nourri par l’exemple qu’auraient dû
leur donner leurs parents. L’île dans laquelle ils prennent
pied après le naufrage est un bel exemple d’Utopie
politique et pose certaines des questions que l’ont peut aborder
sur ce thème : vaut-il mieux vivre dans l’ignorance,
le dénuement et la paix ou accepter les conséquences
du savoir et du progrès ? La révolte contre une autorité
tyrannique justifie-t-elle qu’on emploie pour cela tous les
moyens, y compris les plus criminels ? Enfin, les héros sont
face à leur propre culpabilité dans les événements
qu’ils provoquent : l’innocence est perdue à
jamais.
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Mais
le sérieux n’est pas ce qui domine : l’auteur
prend ses distances par rapport à son récit,
comme il le fait depuis le premier volume ; il se livre à
de nombreuses digressions, se moque des émotions du
lecteur, compose des listes, des récits absurdes qui
s’enchaînent… Mais autant que l’humour,
c’est la pédagogie du récit qui est ici
intéressante : explication de termes en contexte, réflexions
sur le choix des événements et le recours aux
stéréotypes par un auteur, enfin, résumé
de situations en un mot ; les réflexions de la plus
jeune, Prunille, sont drôles, mais ne pourront pas être
comprises par tous : « Dreyfus », pour désigner
une situation d’injustice, « René »,
pour critiquer quelqu’un qui raconte sa vie avec trop
de complaisance…
Ainsi, à condition de lire avec la même distance
et de ne pas trop demander à la cohérence de
l’intrigue et aux personnages, ce treizième tome
de la série remplit son rôle, celui de clore
très arbitrairement ce qui pourrait être sans
fin, et de le faire de façon intéressante. |
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(septembre 2007)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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