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Juin
2003 : Orhan Pamuk reçoit le prix Impac, pour Mon nom
est rouge. Le prix, créé en 1996 par la ville
de Dublin et la société américaine de conseil
Impac, est décerné à Dublin le 14 juin 2003.
Suspense
ottoman
Mon nom
est rouge est une immense fresque, la peinture détaillée
d'Istanbul à la fin du XVIe siècle, rendue vivante
par la multiplicité des narrateurs et des situations qui
composent ce foisonnant roman. Dès les premières lignes
du premier chapitre, étrangement intitulé "Je
suis mon cadavre", l'auteur semble vouloir nous plonger
dans une intrigue policière : du fond d'un puits, c'est un
cadavre qui nous parle, celui de Délicat, l'un des plus talentueux
enlumineurs des ateliers du sultan, et dont l'âme n'a pas
encore quitté l'enveloppe charnelle. Puis, c'est le tour
de Le Noir, un homme qui rentre à Istanbul après de
longues années d'errance, mais qui n'a jamais oublié
qu'il y avait laissé son seul amour, Shéruké,
une toute jeune fille, maintenant une femme et mère de deux
enfants, Shevket et... Orhan (un hasard qui n'en est pas un, car
l'auteur confesse volontiers son affinité avec ce dernier
personnage, expliquant que certains passages sont tout simplement
autobiographiques). La belle Shéruké, veuve sans l'être
véritablement, s'adresse elle aussi au lecteur, narrant comment
elle vit entre ses deux fils et son vieux père, que tout
le monde nomme Monsieur l'Oncle. C'est à ce dernier que le
sultan a commandé une oeuvre unique, que certains considèrent
comme hérétique : un livre extraordinaire dont les
peintures s'inspireraient de l'art européen et célébrerait
la grandeur du sultan et de son royaume.
L'intrigue policière est peu à peu prétexte
pour nous mener à des réflexions esthético-religieuses
passionnantes, l'art du peintre étant indissociable de l'adoration
portée à Dieu. Deux conceptions religieuses, spirituelles
et sociales s'affrontent ici : alors que les artistes occidentaux
revendiquent un "style" et une originalité personnelle
et signent leurs toiles, les peintres ottomans se doivent de représenter
toute chose à l'identique, de mémoire, d'après
les oeuvres des anciens maîtres, "afin de représenter
le monde, non tel qu'ils le voient, mais tel qu'il est aux yeux
de Dieu". Mais au-delà de ces oppositions, l'auteur
s'interroge sur l'art lui-même : qu'est-ce qu'un grand peintre
et qu'est-ce qu'un style ?
Dans
le même temps, Le Noir mène discrètement
une enquête auprès des enlumineurs soupçonnés
du meurtre de Délicat ; il évolue dans le milieu
des peintres et à la demande de Monsieur L'Oncle, il
accepte de l'aider à terminer la commande du Sultan,
surtout après que Shéruké lui a promis
de lui appartenir lorsque la tâche serait achevée
; mais cette dernière, avec l'aide d'une entremetteuse
juive, Esther, doit d'abord échapper à son beau-frère,
qui est encore son tuteur...
La multitude des narrateurs ne fait pourtant jamais perdre le
fil du récit, même lorsque d'étranges incarnations
interviennent, des dessins, tels des personnages à part
entière : celui d'un cheval, d'un chien, du diable et
surtout, la couleur rouge ("Mon nom est rouge")
qui évoque autant le sang du crime que le paradis qui
attend l'âme après la mort. |
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Six ans ont été nécessaires à l'auteur
pour construire cette trame historico-esthético-policière,
mais Orhan Pamuk est aujourd'hui l'auteur qui se "vend"
le mieux en Turquie, et ce roman a déjà été
traduit dans vingt langues... Pourtant, il refuse toute compromission
avec un état qui emprisonne encore des écrivains,
et a rejeté, il y a quelques mois, un titre prestigieux offert
par son gouvernement... Mon nom est rouge témoigne
aussi de la dualité encore actuelle d'une Turquie à
la fois européenne par sa situation géographique,
mais politiquement orientale, à l'opposé des démocraties
occidentales. De la même façon, dans cet ouvrage, le
romancier s'insurge indirectement contre la répression religieuse
qui faisait rage au XVIe siècle, et loue, dans le même
temps, une culture riche et ancienne : il retransmet des contes
et légendes qui appartiennent à la tradition populaire,
montrant ainsi que le passé, au lieu d'enfermer les hommes
dans des rituels anachroniques, peut tout aussi bien servir à
construire l'avenir.
B.
Longre
(février 2002)

du
même auteur
Neige (Gallimard, 2005)
Gallimard
http://www.gallimard.fr/
L'auteur
http://www.bleublancturc.com/TurcsconnusFR/Orhan_Pamuk.htm
http://www.ecst.csuchico.edu/~nazan/opamuk/opamuk.html
http://www.tusiad.org.tr/yayin/private/winter96/html/sec12.html
Par
Orhan Pamuk
http://www.nybooks.com/articles/14763
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