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du
27 février au 3 mars 2001
Théâtre de la Renaissance, Oullins
Découpée
en six épisodes, rassemblant trois personnages anonymes (l'homme,
la femme et la fille), et inscrite dans une temporalité cyclique,
Orgia se présente comme un poème énigmatique, lui-même
recherche de « la langue de la chair ». L'orgie, qui fut
dans l'antiquité cette fête dédiée à Dionysos, broie les mots et
les corps pour en tirer une substance inconnue, un verbe de l'au-delà
de la communication, ce « silence plein de voix »… « Je
suis mort depuis peu. Mon corps pend à une corde, étrangement vêtu.
Mes dernières paroles viennent de résonner : Il y en a eu un, finalement,
qui a fait un bon usage de sa mort. » Ainsi commence le texte
de Pasolini. Une voix off égrène ce premier monologue, mélangée
à d'étranges sons parvenant des quatre coins de la salle. L'homme
pendu n'apparaît pas. Sur scène, seul un bloc noir sur un fond de
lumière grise se détache. Tout au long de la pièce, la scène restera
d'ailleurs baignée dans ce clair-obscur, dans cette lumière d'avant
le découpage des choses.
Dès le second épisode, le bloc noir se sépare en deux parties égales
: deux lits ou deux tombes. On devine alors dans la pénombre un
homme et une femme. Ils entament un dialogue fait de songes et de
souvenirs, de paroles et de chairs, de désirs et de mort.
Jean
Lambert-Wild a choisi de situer la pièce dans le territoire du rêve.
Les acteurs immobiles, plongés dans la grisaille des choses, devant
leurs « lits », échangent des songes plus que de véritables
phrases. Ainsi est rendue l'idée principale du texte : la communication
avec des mots est impossible, illusoire. Ces voix qui s'élèvent
inlassablement dans la cité ne sont qu'un silence assourdissant.
Au-delà des mots, il s'agit de percevoir d'autres signes : ceux
de la chair et ceux des choses, cette langue ancestrale du monde,
ce poème jamais atteint. L'orgie, l'expérience impossible, la confrontation
avec la mort deviennent les seules voies possibles pour s'affranchir
de la dérision du langage.
Aussi, les paroles des acteurs s'évanouissent au sein d'un tourbillon
lancinant de sons, de chuchotements et de rythmes envoûtants. Ce
parti pris de mise en scène est intéressant, mais il a pour conséquence
d'effacer le texte, inaudible bien souvent. On peut penser, à l'encontre
de ce choix, que cette force signifiante, nouvelle, recherchée,
réside à l'intérieur même du texte. La poésie de Pasolini s'évanouit
ici au profit d'une « ambiance » musicale. La sonorité des mots
est remplacée par une matière sonore extérieure et artificielle.
De plus, grâce à un système de catoptrique dénommé Daedalus, des
hologrammes apparaissent dans l'espace scénique. Des capteurs branchés
sur le corps des acteurs permettent de faire évoluer ces hologrammes
en fonction de leurs affects, leur stress et leurs changements physiologiques.
Une fois encore l'idée de départ est intéressante mais le résultat
concret décevant. Ce qui est sensé nous rendre compte de la «
langue de la chair » n'apparaît que sous la forme de grossières
méduses qui se déplacent vaguement autour des acteurs.
Avec Lambert-Wild, le poème du monde revient à exhiber quelques
prothèses technologiques. Celles-ci s'avèrent bien incapables de
représenter les signes de la chair. L'au-delà de la parole se résorbe
en son en-deçà : les signes pauvres de la technique (sons, images
numériques, …). Cet appel aux prothèses technologiques neutralise
ce qui est coeur même de la pièce de Pasolini : la chair et le regard
des acteurs, l'énigme du corps.
Jean-Emmanuel
Denave
Orgia,
chorégraphie pour une malédiction
:"Une définition de moi-même ? C'est comme demander
la définition de l'infini. Il y a un infini intérieur
et un infini extérieur. Quand je pense à moi-même,
je pense à quelque chose d'infini. Je suis le miroir de l'infini
extérieur, c'est impossible pour moi de me définir.
Je pourrais inventer des slogans, des choses un peu drôles
pour une conversation de salon. Je pourrais rappeler une phrase
que dit Elsa Morante de moi : elle dit que je suis un Narcisse qui
a un amour heureux pour soi-même. Mais j'ajoute que j'ai aussi
un amour malheureux pour le monde."
(extrait de l'interview que Pier Paolo Pasolini donna
en 1966 à Jean-Claude Fierchi)
"Ma
volonté de travailler et de présenter Orgia
de Pier Paolo Pasolini est mue par la puissance poétique
contenue dans le texte. Il offre un matériau théâtral
qui dépasse toutes les conventions de lecture et les codes
de représentation. C'est une poésie hors d'elle-même.
Elle ne se contient plus, elle ne se dit plus, elle prophétise.
Les mots y sont physiques, le verbe y est chair, la structure en
est biologique. J'aimerais éprouver nerveusement la sonorité
de cette poésie, en saisir le tissu et le rythme. Les acteurs
auront la charge de cette sonorité organique qui sera enrichie
d'une sonorité atomique (c'est-à-dire une combinaison
de particules sonores capables de se lier et de se combiner à
un système organique complexe), composée par Jean-Luc
Therminarias. Pier Paolo Pasolini donne comme clef de sa production
poétique l'expression : Ab gioia. Le rossignol qui chante
ab gioia : de joie, par joie. Et c'est cette expression prise en
dehors de toute détermination et explication culturelle que
j'aimerais retrouver dans Orgia. La grande force de la tragédie,
c'est sa joie. Par sa structure et sa thématique, Orgia nous
renvoie à la tragédie antique, mais aussi bien à
la Divine Comédie de Dante ou aux gisants peints par Mantegna.
Orgia est un chant mythologique. J'y entends la difficulté
que l?être humain a à communiquer dès que la
structure de communication dépasse la structure déterminée
de sa pensée."
Jean Lambert-Wild
Théâtre
de la Renaissance
7 rue d'Orsel
69600 Oullins
04 72 39 74 91

la
pièce
http://www.theatre-granit.asso.fr/
http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/orgia/frametop.htm
http://www.colline.fr/site/lexi5pas.htm
Pasolini
http://www.espace-pasolini.asso.fr/
http://guest.clarence.com/pasolini/francais.htm
http://www.france3.fr/fr3/ecrivain/auteurs/pasoli.html
http://bertario.officine.it/pasolini/worldpage/
Chronique
portant sur Porcherie, du même
auteur.
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