de Laurence Ferreira Barbosa

Film portugais, français, 2003 / durée : 1h46

en salles le 15 septembre 2004


Entretien avec Laurence Ferreira Barbosa et Roschdy Zem.

Roschdy Zem, comment avez-vous réussi à composer ce personnage assez silencieux ?

R.Z : Je me suis laissé totalement guider par Laurence, et j’ai joué de manière instinctive. En général, je ne fais pas de psychologie sur le personnage que j’interprète, mais si je ne comprends pas ses motivations, alors là ça devient compliqué. Ordo, je l’ai parfaitement compris. Il n’est pas vraiment amoureux de Louise. Il l’était d’Estelle. Ils ne se reverront plus après leur aventure je pense.

Laurence Ferreira Barbosa, êtes-vous restée très fidèle au roman ?

L.F.B : Oui. Ce n’était pas juste un point de départ. Le livre me semblait tout contenir, j’en aimais l’esprit. L’histoire est très troublante. Ordo est d’autant plus curieux qu’il ne reconnaît pas Estelle, alors que c’est bien elle. C’est ça la beauté de l’histoire. Ce court roman, paru en 1977 est le récit désenchanté d’une parenthèse dans la vie d’un marin américain égaré à Hollywood. Je l’ai juste transposé au sud de la France.

Pourquoi Ordo n’a-t-il pas changé du tout alors qu’Estelle est méconnaissable ?

L.F.B : Ce changement physique est symbolique de sa métamorphose en star. Ordo le dit lui-même, il n’a pas changé. Il n’est pas un autre, contrairement à elle.Elle a tout de même gardé quelques reliques de sa vie passée, comme le béret de marin d’Ordo, ou son ours en peluche..
Parfois, elle doit se réfugier dans cette pièce secrète et redevient Estelle. Elle a besoin de garder les choses du passé, pour bien sentir qu’il n’est pas effacé. Elle reprend Ordo pour se retrouver elle-même.

Aviez-vous envie de parler du milieu du cinéma?

Je n’ai pas voulu dire une vérité sur les stars ou sur le monde du cinéma. Cela aurait tout aussi bien pu se passer dans un autre milieu.

Pourquoi avez-vous donné un aspect surréaliste du milieu du cinéma dans les scènes de tournage, par exemple ?

L.F.B : Quand j’ai réalisé les scènes de tournage et les rapports de l’équipe artistique, je n’avais pas envie de participer à la mythologie du cinéma. J’ai donc forcé le trait de la comédie, de la satire. Et puis n’oublions pas que c’est la vision d’Ordo, qui est militaire. Il est totalement étranger à ce monde superficiel, et il le dit très bien. Il sait que sa vie n’est pas là, qu’il va rentrer travailler.

Propos recueillis par Emilie Jullin
(8 septembre 2004)

Avec Roschdy Zem, Marie-Josée Croze, Marie-France Pisier, Yves Jacques, Scali Delpeyrat

Après Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel en 1993 et J’ai horreur de l’amour en 1997, ce quatrième film de Laurence Ferreira Barbosa, adapté du roman américain de Donald Edwin Westlake, déçoit...

Ordo Tupikos, marin d’une trentaine d’années, découvre qu’une star de cinéma, Louise, serait la jeune fille à laquelle il a été marié, durant quelques mois, dans sa jeunesse. Le film traite de leurs retrouvailles, seize ans après leur mariage éclair ; ou plutôt de la perplexité d’Ordo face au changement radical de son ancienne dulcinée.

Le début du film est annonciateur du manque de conviction du sujet traité : on a droit au CV dans les détails de la vie d’Ordo (avec date et noms de ville précis) qui nous égare plus qu’il ne nous renseigne. Volonté de la réalisatrice de bercer le spectateur, et aussi de bien prouver que le temps n’efface pas tout. C’est réussi, on continue tout au long du film à se demander où elle veut en venir. Suit la découverte dans un journal à sensation d’une photo du mariage d'Ordo et d'Estelle, dans un article consacré à Louise. Ordo retrouve sa trace et est invité dans sa villa luxueuse, car elle a envie de le revoir. Ordo découvre la nouvelle Estelle, dans un univers luxueux dénué de toute chaleur et aspect humain. L’attirance est palpable entre eux, ils reprennent naturellement une relation amoureuse. Mais aucune explication, aucune discussion entre eux. Louise ne souhaite pas parler de son passé. Ordo lui renvoie sans cesse qu’elle a beaucoup changé.
Mais est-ce un questionnement sur le changement de personnalité ? Pourquoi Ordo a-t-il besoin de retrouver Louise, si ce n’est pour engager un dialogue avec elle ? Pourquoi le reprend-t-elle comme amant ?
Aucune réponse avec ce film, qui veut éviter tout pathos et toute psychologie, selon les propres dires de la réalisatrice. Alors que reste-t-il ?
Le jeu des deux comédiens principaux, qui sont parfaits. Marie-José Croze (prix d’interprétation au Festival de Cannes 2003 pour Les Invasions Barbares) apporte une sensibilité et une profondeur incroyable à cette star en quête de reconnaissance. C’est sa présence qui fait tout. Son regard, qui nous avait fascinés dans le film de Denis Arcand, nous bouleverse à nouveau ici. Quand les dialogues et l’intrigue ne font pas sens de façon évidente, le regard de Marie-José Croze fait le reste. L’alchimie entre Ordo et Louise semble naturelle. Roschdy Zem a un charisme particulier, de ceux qui n’ont pas besoin d’en faire des tonnes. Il compose un Ordo parfaitement naturel, peu prolixe, souvent silencieux, mais tellement présent. D’ailleurs on ne voit que lui !
Autant dire que l’on retiendra de ce film la performance magnifique du couple Marie Josée Croze / Roschdy Zem...

(E. Jullin, septembre 2004)

 

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