| Entretien
avec Laurence Ferreira Barbosa et Roschdy Zem.
Roschdy
Zem, comment avez-vous réussi à composer ce
personnage assez silencieux ?
R.Z : Je me suis laissé totalement guider par Laurence,
et j’ai joué de manière instinctive. En
général, je ne fais pas de psychologie sur le
personnage que j’interprète, mais si je ne comprends
pas ses motivations, alors là ça devient compliqué.
Ordo, je l’ai parfaitement compris. Il n’est pas
vraiment amoureux de Louise. Il l’était d’Estelle.
Ils ne se reverront plus après leur aventure je pense.
Laurence Ferreira Barbosa, êtes-vous restée très
fidèle au roman ?
L.F.B : Oui. Ce n’était pas juste un point de
départ. Le livre me semblait tout contenir, j’en
aimais l’esprit. L’histoire est très troublante.
Ordo est d’autant plus curieux qu’il ne reconnaît
pas Estelle, alors que c’est bien elle. C’est
ça la beauté de l’histoire. Ce court roman,
paru en 1977 est le récit désenchanté
d’une parenthèse dans la vie d’un marin
américain égaré à Hollywood. Je
l’ai juste transposé au sud de la France.
Pourquoi
Ordo n’a-t-il pas changé du tout alors qu’Estelle
est méconnaissable ?
L.F.B
: Ce changement physique est symbolique de sa métamorphose
en star. Ordo le dit lui-même, il n’a pas changé.
Il n’est pas un autre, contrairement à elle.Elle
a tout de même gardé quelques reliques de sa
vie passée, comme le béret de marin d’Ordo,
ou son ours en peluche..
Parfois, elle doit se réfugier dans cette pièce
secrète et redevient Estelle. Elle a besoin de garder
les choses du passé, pour bien sentir qu’il n’est
pas effacé. Elle reprend Ordo pour se retrouver elle-même.

Aviez-vous
envie de parler du milieu du cinéma?
Je
n’ai pas voulu dire une vérité sur les
stars ou sur le monde du cinéma. Cela aurait tout aussi
bien pu se passer dans un autre milieu.
Pourquoi
avez-vous donné un aspect surréaliste du milieu
du cinéma dans les scènes de tournage, par exemple
?
L.F.B
: Quand j’ai réalisé les scènes
de tournage et les rapports de l’équipe artistique,
je n’avais pas envie de participer à la mythologie
du cinéma. J’ai donc forcé le trait de
la comédie, de la satire. Et puis n’oublions
pas que c’est la vision d’Ordo, qui est militaire.
Il est totalement étranger à ce monde superficiel,
et il le dit très bien. Il sait que sa vie n’est
pas là, qu’il va rentrer travailler.
Propos
recueillis par Emilie Jullin
(8 septembre 2004) |
Avec
Roschdy Zem, Marie-Josée Croze, Marie-France Pisier,
Yves Jacques, Scali Delpeyrat
Après
Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel
en 1993 et J’ai horreur de l’amour en
1997, ce quatrième film de Laurence Ferreira Barbosa,
adapté du roman américain de Donald Edwin Westlake,
déçoit...
Ordo
Tupikos, marin d’une trentaine d’années,
découvre qu’une star de cinéma, Louise,
serait la jeune fille à laquelle il a été
marié, durant quelques mois, dans sa jeunesse. Le film
traite de leurs retrouvailles, seize ans après leur
mariage éclair ; ou plutôt de la perplexité
d’Ordo face au changement radical de son ancienne dulcinée.
Le début du film est annonciateur du manque de conviction
du sujet traité : on a droit au CV dans les détails
de la vie d’Ordo (avec date et noms de ville précis)
qui nous égare plus qu’il ne nous renseigne.
Volonté de la réalisatrice de bercer le spectateur,
et aussi de bien prouver que le temps n’efface pas tout.
C’est réussi, on continue tout au long du film
à se demander où elle veut en venir. Suit la
découverte dans un journal à sensation d’une
photo du mariage d'Ordo et d'Estelle, dans un article consacré
à Louise. Ordo retrouve sa trace et est invité
dans sa villa luxueuse, car elle a envie de le revoir. Ordo
découvre la nouvelle Estelle, dans un univers luxueux
dénué de toute chaleur et aspect humain. L’attirance
est palpable entre eux, ils reprennent naturellement une relation
amoureuse. Mais aucune explication, aucune discussion entre
eux. Louise ne souhaite pas parler de son passé. Ordo
lui renvoie sans cesse qu’elle a beaucoup changé.
Mais est-ce un questionnement sur le changement de personnalité
? Pourquoi Ordo a-t-il besoin de retrouver Louise, si ce n’est
pour engager un dialogue avec elle ? Pourquoi le reprend-t-elle
comme amant ?
Aucune réponse avec ce film, qui veut éviter
tout pathos et toute psychologie, selon les propres dires
de la réalisatrice. Alors que reste-t-il ?
Le jeu des deux comédiens principaux, qui sont parfaits.
Marie-José Croze (prix d’interprétation
au Festival de Cannes 2003 pour Les Invasions
Barbares) apporte une sensibilité et
une profondeur incroyable à cette star en quête
de reconnaissance. C’est sa présence qui fait
tout. Son regard, qui nous avait fascinés dans le film
de Denis Arcand, nous bouleverse à nouveau ici. Quand
les dialogues et l’intrigue ne font pas sens de façon
évidente, le regard de Marie-José Croze fait
le reste. L’alchimie entre Ordo et Louise semble naturelle.
Roschdy Zem a un charisme particulier, de ceux qui n’ont
pas besoin d’en faire des tonnes. Il compose un Ordo
parfaitement naturel, peu prolixe, souvent silencieux, mais
tellement présent. D’ailleurs on ne voit que
lui !
Autant dire que l’on retiendra de ce film la performance
magnifique du couple Marie Josée Croze / Roschdy Zem...
(E.
Jullin, septembre 2004)
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