| La
première de L’Opéra de quat’sous
eut lieu à Berlin en 1928. La pièce connaît
un succès inespéré. Les “songs”
deviennent des rengaines populaires. Avec L’Opéra
de quat’sous, Brecht voulait dévoiler
les affinités du bourgeois pour le banditisme. Pour
Christian Schiaretti, Brecht n’exprime pas un point
de vue compassionnel sur les pauvres, il les montre malins
et retors. Dans une époque où l’on a la
larme facile, il est intéressant d’évoquer
la malice et la dignité des classes exploitées.
Après sa Mère
Courage qui reçut le Prix Georges-Lerminier
2002 du Syndicat professionnel de la Critique, Christian Schiaretti
revient à Brecht avec cette œuvre joyeusement
critique, destinée à de larges cercles de public.
Coproduction
: Théâtre National Populaire, Atelier Lyrique
de Tourcoing dans le cadre de Lille 2004 Capitale Européenne
de la Culture.
Théâtre
National Populaire
8 place Lazare-Goujon
69627 Villeurbanne Cedex
tél. location et billetterie
04 78 03 30 00
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direction
musicale
Jean-Claude Malgoire
texte français
Jean-Claude Hémery
éditeur et agent théâtral
L’Arche Éditeur
décor Renaud de Fontainieu
lumières Julia Grand
costumes Annika Nilsson
maquillage Nathalie Charbaut.
Avec
Nada Strancar, Wojtek
Pszoniak, Wladimir Yordanoff…
Autres
dates
Après la création à Villeurbanne, où
il sera joué 17 fois en novembre - décembre,
le spectacle sera présenté à Tourcoing,
où Jean-Claude Malgoire dirige l’Ensemble instrumental
de l’Atelier lyrique. Il sera accueilli ensuite à
Besançon, Saint-Quentin-en-Yvelines et Neuchâtel.
À l’automne 2004, le spectacle sera repris à
Paris, au Théâtre national de la Colline.
Il repartira ensuite sur les routes de France.
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De la difficulté d’adapter
un « classique »
On pourrait
croire que des œuvres comme celles de Brecht n’ont plus
rien à démontrer, tant il en a déjà
été dit ou écrit, tant il y en a eu de versions,
de visions et d’appareils critiques. Le texte demeurant égal
à lui-même, reste la question essentielle du «
comment » qui se pose à chaque nouvelle interprétation.
Ainsi, faut-il demeurer fidèle à la démarche
brechtienne du théâtre épique, voire l’intensifier,
au risque de proposer un succédané académique
peu innovant, ou au contraire l’amoindrir ou la dépasser
en proposant autre chose (Christian Schiaretti parle de «
traduction contemporaine » et de « modernisme
»), au risque, cette fois, d’en perdre la teneur ? Face
à une mise en scène perdant tout relief, c’est
peut-être l’une des questions que se posera tout spectateur
« éveillé » (comme Brecht aurait souhaité
que nous le fussions…)
En 2001, Christian
Schiaretti montait Mère
Courage, une pièce maîtresse du répertoire
brechtien ; il s’attaque aujourd’hui à L’Opéra
de quat’sous, créé pour la première
fois en 1928 à Berlin, deux siècles exactement après
la première de The Beggars’Opera
(L’Opéra des Gueux) de John Gay, à
Londres (lui-même une parodie des opéras de Haendel…)
« Je pense qu’un spectacle amène d’autres
spectacles. (…) de Mère Courage vient
L’Opéra de quat’sous »
explique le metteur en scène, qui effectue là un parcours
inversé, partant d’une œuvre de la maturité
pour aboutir à une pièce plus naïve, dont la
dialectique simpliste tend à ce qu’elle soit considérée
comme plus « populaire » car abordable : comme dans
Grandeur et Décadence de la ville
de Mahagonny (opéra monté lui aussi en 1928)
la musique y est pour beaucoup et pour notre plus grand plaisir
: là encore, Christian Schiaretti s’est associé
à Jean-Claude Malgoire, qui dirige l’Ensemble
Instrumental de l’Atelier Lyrique de Tourcoing.
Mais chez Brecht, rien ne nous est offert sans contrepartie : les
chants ont essentiellement une fonction parodique et participent
du « Verfremdungseffekt», l’effet d’étrangeté
– ou de distanciation - permettant de dévoiler le caractère
illusoire et débilitant du théâtre et de l’opéra,
des arts « bourgeois » : le théâtre n’est
qu’un leurre ; il en va de même pour la compassion et
la bonté, clame Peachum, un escroc embourgeoisé qui
exploite la misère d’une main de maître dans
son officine, « L’Ami du mendiant » : une façade
de plus.
Christian Schiaretti
applique les « recettes » brechtiennes et on lui en
sait gré : projection de slogans, annonce du nœud d’une
scène à venir, pour ôter tout suspense, par
des récitants qui sont aussi des personnages, comédiens
enjoignant l’orchestre de démarrer un « song
», façade de carton qui s’effondre, changements
de décor qui ont lieu ouvertement, sous nos yeux (trop rarement
peut-être), etc. Tout est ici réuni pour que le spectateur
ne cesse d’avoir conscience des ressorts explicites de la
dramaturgie : en bref, les procédés classiques du
théâtre épique.
Dans le même temps, d’autres choix de mise en scène
sont plus discutables, parce qu’ils affaiblissent les autres,
comme si l’on n’avait pas su trancher, comme si le metteur
en scène n’avait pas su choisir entre les différents
« comment » qui s’offraient à lui : le
trop-plein d’accessoires s’oppose au dénuement
volontaire du plateau et divertit inutilement ; les gadgets technologiques
et autres clins d’œil anachroniques (téléphones
et ordinateurs portables, séance de diapositives via un projecteur
numérique, accoutrement des policiers cagoulés —
genre GIGN — dans l’acte II, barre de Twix que se partagent
Paulie et Lucy dans l’acte III, etc.) sont amusants, certes,
mais dispersent notre attention : nul besoin d’eux pour «
moderniser » la pièce, car si l’on examine de
près le texte des dialogues et des chansons, on s’aperçoit
qu’il se suffit à lui-même… Le texte ne
dissimule rien de ses intentions didactiques, et la parabole apparaît
si clairement qu’une actualisation par le biais de quelques
objets semble bien superflue. Lorsque l’on entend le refrain
« D’abord bouffer, la morale vient ensuite
» chanté par les gueux, nul besoin d’artifices
anachroniques pour comprendre qu’il est encore valable aujourd’hui…
De même, Brecht souligne avec une telle insistance le matérialisme
des personnages (qu’ils soient de vrais gueux ou des bandits
embourgeoisés comme Peachum ou Mackie) qu’il est impossible
de le manquer et l’on comprend que riches ou pauvres, nantis
ou démunis, l’humanité tout entière est
sous le joug monétariste.
Mais soyons
justes : les comédiens s’emparent de leur rôle
avec conviction et talent ; Nada Strancar
(dont la voix n’a rien perdu de sa puissance inégalable),
Wladimir Yordanoff (que l’on avait vu lui aussi dans Mère
Courage), Marie-Sophie Ferdane (qui a monté Plexi
Hôtel il y a quelques mois et dont on avait apprécié
le jeu subtil dans Répétition
publique et Cairn d’Enzo Cormann)
ou encore Guesch Patti, qui joue ici le rôle de Jenny-des-Lupanars
(interprété en 1928 par Lotte Lenya, l’épouse
de Kurt Weill…).
Il manque cependant
à la pièce l’allant et la cohérence rythmique
de Mère courage, et l’espace
scénique surdimensionné y est peut-être pour
quelque chose : un grand plateau vide style hangar, qui correspond
parfaitement au dépouillement attendu mais qui, paradoxalement,
allonge inutilement les déplacements des comédiens
sur la scène ; il n’est certes pas aisé d’exploiter
un tel espace dans les scènes où seulement deux ou
trois personnages interviennent. L’atmosphère créée
est adéquate, mais le plateau aurait dû bénéficier
de moins de démesure, de plus d’intimité.
La musique est toutefois là pour nous faire oublier ces imperfections
et des choix scénographiques discutables, et on aura plaisir
à entendre, brillamment interprétés en allemand
par les comédiens, des airs désormais « classiques
» comme La complainte de Mackie Masser, que certains
fredonnaient encore à l’entracte…
Blandine
Longre
(novembre 2003)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

Brecht,
chroniques en ligne :
Vol
au-dessus de l'Océan, Biennale
du théâtre jeunes publics 2003
La vie de Galilée, Les
Célestins, mars 2003
Un petit Mahagonny,
Ensatt 2002
Mère
Courage, TNP 2002
La bonne âme du Setchouan
ENSATT, juin 2001
Fatzer,
les subsistances, mai 2001
La vie de Galilée, Maison
de la Danse, octobre 2000
http://www.tnp-villeurbanne.com
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