Crac boum huuuu !
Une langue vivante, on
le sait, est un laboratoire en constante évolution –
ce qui rend la tâche ardue aux lexicographes empiristes ;
deux d’entre eux se sont penchés sur un phénomène
linguistique qui, jusqu’à présent, était
peu étudié ou du moins pas aussi exhaustivement que
dans ce singulier dictionnaire ; constatant des lacunes évidentes
dans le domaine de l’onomatopée (classification, présence
dans les dictionnaires usuels, etc.), Pierre Enckell (auteur du
Dictionnaire des Jurons) et Pierre Rézeau (lexicographe ayant
collaboré à la rédaction du Trésor de
la langue française) offrent ici le fruit de leurs recherches
et de leurs analyses, dans une édition de poche enrichie
et révisée (depuis la première édition
de 2003), qui propose, pour chaque entrée, des exemples extraits
d’œuvres littéraires contemporaines. Une longue
et passionnante introduction familiarise le curieux à la
notion – que l’on croit à tort pouvoir définir
sans mal, mais que l’on prendra garde à ne pas confondre
avec le huchement (énoncé servant à s’adresser
aux animaux domestiques) ou avec l’interjection (qui ne s’exprime
pas nécessairement par le biais d’une onomatopée…).
En réalité, la fonction de l’onomatopée
est double : elle fait « entrer dans la langue les bruits
du monde », via un mimétisme très subjectif
(qui s’adapte aux ressources du système phonologique,
variable selon les idiomes et selon les époques) et permet
aussi d’exprimer « la soudaineté ou la rapidité
d’un procès. »
De nombreuses
onomatopées ne sont plus en usage aujourd’hui (on apprend
entre autres que le « clap clap » des applaudissements
a remplacé un ancien « ta ta »…) et d’autres
ont été récemment empruntées à
l’anglais, « notamment par le biais de la bande dessinée
» ; et pourtant, les auteurs n’expliquent que brièvement
les raisons qui les ont incités à mettre à
l’écart ce support (à l’exception de Tintin…)
ou bien ce qu’ils nomment « la littérature destinée
aux enfants », alors que l’on imagine combien le dictionnaire
en aurait été enrichi.
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En
axant avant tout le travail sur l’écrit, on évacue
d’un certaine manière l’idée d’une
oralisation précédant la graphie - alors que
la transcription par écrit n’est en définitive
qu’une manière seconde de rendre compte d’un
bruit entendu – que l’on va d’abord tendre
à imiter vocalement. Un regret qui ne saurait cependant
ôter ses qualités à ce dictionnaire à
la fois savant et farfelu, qui propose en outre une excellente
classification thématique (les catégories les
plus fournies demeurant les « bruits du corps humain
», les « bruits d’animaux » et «
bruits d’objets manufacturés »), ainsi
qu’une « Petite anthologie onomatopéique
» qui traverse les siècles (du XVIe au XXIe),
comportant certains textes incontournables (dont un extrait
des Exercices de Style de Queneau, ou encore «
Comic strip » de Gainsbourg) et d’autres
que l’on prendra plaisir à relire (à haute
voix, de préférence !) comme le Dialogue
de chats signé Colette…
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B.
Longre
(janvier 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

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