Dictionnaire des onomatopées
de Pierre Enckell et Pierre Rézeau

PUF, Quadrige, Dicos poche, 2005

 


Crac boum huuuu !

Une langue vivante, on le sait, est un laboratoire en constante évolution – ce qui rend la tâche ardue aux lexicographes empiristes ; deux d’entre eux se sont penchés sur un phénomène linguistique qui, jusqu’à présent, était peu étudié ou du moins pas aussi exhaustivement que dans ce singulier dictionnaire ; constatant des lacunes évidentes dans le domaine de l’onomatopée (classification, présence dans les dictionnaires usuels, etc.), Pierre Enckell (auteur du Dictionnaire des Jurons) et Pierre Rézeau (lexicographe ayant collaboré à la rédaction du Trésor de la langue française) offrent ici le fruit de leurs recherches et de leurs analyses, dans une édition de poche enrichie et révisée (depuis la première édition de 2003), qui propose, pour chaque entrée, des exemples extraits d’œuvres littéraires contemporaines. Une longue et passionnante introduction familiarise le curieux à la notion – que l’on croit à tort pouvoir définir sans mal, mais que l’on prendra garde à ne pas confondre avec le huchement (énoncé servant à s’adresser aux animaux domestiques) ou avec l’interjection (qui ne s’exprime pas nécessairement par le biais d’une onomatopée…). En réalité, la fonction de l’onomatopée est double : elle fait « entrer dans la langue les bruits du monde », via un mimétisme très subjectif (qui s’adapte aux ressources du système phonologique, variable selon les idiomes et selon les époques) et permet aussi d’exprimer « la soudaineté ou la rapidité d’un procès. »

De nombreuses onomatopées ne sont plus en usage aujourd’hui (on apprend entre autres que le « clap clap » des applaudissements a remplacé un ancien « ta ta »…) et d’autres ont été récemment empruntées à l’anglais, « notamment par le biais de la bande dessinée » ; et pourtant, les auteurs n’expliquent que brièvement les raisons qui les ont incités à mettre à l’écart ce support (à l’exception de Tintin…) ou bien ce qu’ils nomment « la littérature destinée aux enfants », alors que l’on imagine combien le dictionnaire en aurait été enrichi.

En axant avant tout le travail sur l’écrit, on évacue d’un certaine manière l’idée d’une oralisation précédant la graphie - alors que la transcription par écrit n’est en définitive qu’une manière seconde de rendre compte d’un bruit entendu – que l’on va d’abord tendre à imiter vocalement. Un regret qui ne saurait cependant ôter ses qualités à ce dictionnaire à la fois savant et farfelu, qui propose en outre une excellente classification thématique (les catégories les plus fournies demeurant les « bruits du corps humain », les « bruits d’animaux » et « bruits d’objets manufacturés »), ainsi qu’une « Petite anthologie onomatopéique » qui traverse les siècles (du XVIe au XXIe), comportant certains textes incontournables (dont un extrait des Exercices de Style de Queneau, ou encore « Comic strip » de Gainsbourg) et d’autres que l’on prendra plaisir à relire (à haute voix, de préférence !) comme le Dialogue de chats signé Colette…

B. Longre
(janvier 2006)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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