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La
subversion faite femme
«
La diversité doit être le fondement du droit naturel
universel. »
On parle beaucoup
de Marie-Antoinette (en témoigne la fascination qu’elle
exerce sur nombre d’artistes), mais relativement moins d’une
autre guillotinée, elle aussi victime d’une révolution
à laquelle elle avait pourtant activement participée
; elle mérite malgré tout davantage de célébrité
que l’épouse de Louis XVI (qui elle s’est contentée
d’être reine) – ne serait-ce que pour son humanisme
universaliste. Porteuse d’un vrai message, Olympe de Gouges,
plus révolutionnaire que ses bourreaux prétendaient
l’être, fait figure d’avant-gardiste dans la défense
des droits humains – ceux des femmes, des plus démunis,
des esclaves… – en prônant un égalitarisme
global qui lui valut sa tragique fin. La courte pièce d’Elsa
Solal est une parfaite illustration de tout ce que fut cette militante
emportée, insolente, opposée au fanatisme de Robespierre,
toujours agissante et lucide ; « Je sais qui je suis »,
écrit-elle à son ami Louis-Sébastien Mercier
depuis sa cellule de la Conciergerie, tandis qu’elle attend
une parodie de procès.
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En
seulement cinq tableaux percutants, l’auteure brosse
le portrait fidèle et saisissant d’une femme
que rien n’a pu arrêter – pas même
les appels à la prudence de Mercier alors que la Terreur
bat son plein. Mercier a beau la supplier de se retirer de
la vie parisienne, de faire profil bas et de renoncer à
publier son dernier texte, Les Trois Urnes ou le salut
de la patrie (qui remettait en cause l’indivisibilité
du gouvernement), elle s’obstine, tout en ayant conscience
« qu’on n'est pas maître de son sort
». La pièce est conçue comme un pamphlet
(en abordant tous les chevaux de bataille de l’auteure
de La Déclaration
des droits de la femme), mais aussi comme une tragédie,
selon le principe que nul ne peut échapper à
son destin. |
Ce texte (déjà
été mis plusieurs fois en espace) a le mérite
de brosser le portrait d’un personnage à part entière,
singulier et attachant jusque dans ses discours politiques, tout
en mettant en relief sa fonction d’iconoclaste éclairée
dans laquelle s’incarne l’émancipation féminine
des siècles à venir.
Blandine
Longre
(mai 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

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