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Révolution,
émancipation, modération.
"Homme,
es-tu capable d'être juste ? C'est une femme qui t'en fait
la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi
? qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ?
ta force ? tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse;
parcours la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir
te rapprocher, et donne-moi, si tu l'oses, l'exemple de cet empire
tyrannique."
Il y a plus
de deux siècles, le 3 novembre 1793 exactement, Olympe de
Gouges, née Marie Gouze, fut guillotinée : condamnée
par le tribunal révolutionnaire pour avoir osé écrire,
dans un dernier pamphlet, que chaque département devait pouvoir
choisir sa forme de gouvernement (s'opposant ainsi à l'indivisibilité
de la République) et pour avoir maintes fois critiqué
l'extrémisme des révolutionnaires. Ce ne fut pas le
moindre des écrits de cette femme de lettres et de cette
âme résolument indépendante, en avance sur son
temps. Coqueluche des salons à la mode et cercles littéraires,
dramaturge engagée (on lui doit même une suite du Mariage
de Figaro, Le mariage inattendu de Chérubin,
1786), elle est une figure de proue du combat pour l'émancipation
des femmes et n'aura de cesse que de défendre l'égalité
des sexes.
Ce combat perpétuel l'amène à rédiger
un texte majeur, la Déclaration des droits de la femme
et de la citoyenne. "Elle fait alors de l'écriture
un véritable acte politique afin de prouver que les femmes
peuvent être utiles hors de la sphère domestique, contrairement
à la pensée du "fonctionnalisme sexuel"
qui ne définissait la femme que par sa fonction biologique
et lui refusait une raison abstraite indispensable aux activités
de l'esprit", écrit Emanuèle Gaulier dans
l'excellente postface de cet ouvrage. La mise en oeuvre de la Déclaration
des droits de l'homme de 1789 déçoit Olympe de Gouges,
car en dépit de son caractère "universel",
la question du vote des femmes et de leur libération n'est
pas à l'ordre du jour : elle répond avec ce texte,
calqué sur la première "déclaration"
; chaque article y est féminisé et énonce les
droits naturels et raisonnables des femmes ; les femmes ont "le
droit de monter sur l'échafaud", elles sont donc
en droit de voter, d'être des citoyennes à part entière
et de ne plus subir le joug d'un père ou d'un mari.
Directement inspirée par la philosophie des Lumières,
cette féministe de la première heure se bat sur tous
les fronts, avec bon sens et modération : elle dénonce
l'esclavage, milite en faveur de la création d'un théâtre
national pour les auteures, défend le droit au divorce et
les droits des filles mères ou des prostituées. En
1791, elle propose un nouveau contrat social (Contrat social
de l'homme et de la femme, publié dans cet ouvrage)
dans lequel elle demandait déjà que les enfants puissent
porter le nom de leur père ou de leur mère (en France,
cette loi entre enfin en vigueur au 1er septembre... 2003 ! ). "A
la lecture de ce bizarre écrit, je vois s'élever contre
moi les tartufes, les bégueules, le clergé et toute
la séquelle infernale", prévoit-elle...
Elle y prône aussi une "chaîne d'union fraternelle"
entre femmes, qu'elles soient "femmes publiques" ou "femmes
de la société".
La lecture de
ce petit ouvrage courageux, qui n'a rien perdu de son bon sens et
de sa valeur humaniste, donne à méditer, et l'on étudiera
avec attention les articles VI ("toutes les Citoyennes
et tous les Citoyens, étant égaux à ses yeux,
doivent être également admissibles à toutes
dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités,
et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs
talents.") et XIII ("Pour l'entretien de la force
publique, et pour les dépenses d'administration, les contributions
de la femme et de l'homme sont égales ; elle a part à
toutes les corvées, à toutes les tâches pénibles;
elle doit donc avoir de même part à la distribution
des places, des emplois, des charges, des dignités et de
l'industrie.") : on est en effet en droit de se demander
si les avancées dans ce domaine ne pourraient pas encore
être améliorées, pour le bien-être social
de toutes et de tous...
Blandine
Longre
(juin 2003)

lire
aussi
Olympe
de Gouges d'Elsa Solal - Lansman Editeur, 2007
http://www.1001nuits.com
http://www.fayard.fr
http://www.quercy.net/hommes/odegouges.html
http://encorefeministes.free.fr/action15gouges.php3
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