Mephisto valse
Grasset, 2001

 

Un premier roman qui en appelle d'autres.

Un jeune pianiste à l'ambition modeste mais réelle participe, sur l'invitation (ou l'injonction) du maître Ostreich, au fameux Concours Chopin de Varsovie. Voilà donc le lecteur parti, sur les pas de l'artiste, dans le petit monde grouillant des grands de la musique : virtuoses débutants ou finissants, professeurs, critiques, amateurs, admiratrices, inconditionnels, sceptiques… La plume vivace et acérée d'Olivier Pourriol ne se prive pas d'évoquer jusqu'à la caricature l'atmosphère de ce genre de rencontre, où l'essentiel se joue à l'extérieur de la salle de concert plutôt qu'à l'intérieur. Des êtres étranges se côtoient, géniaux ou déchus, jaloux ou destructeurs, intrigants ou naïfs, des êtres que le narrateur va découvrir peu à peu avec ce que cache leur étrangeté, dans le décor en noir et blanc d'une Pologne en proie aux démons du passé et aux balbutiements du présent.

Mephisto valse, dont le titre évoque une pièce de Liszt qui va faire sensation à l'issue de ces journées consacrées à Chopin, est un roman musical : variations sur tous les tons, de la douceur à la violence en passant par l'ironie et le sarcasme, avec thèmes et motifs récurrents (Chopin et le piano bien sûr, mais aussi l'amour et le désir, les juifs et le nazisme, la jeunesse et la vieillesse, la souffrance et la mort, d'autres encore) ; réflexions passagères sur la musique et les deux manières de la sentir, esthétique et pathologique ; mouvement final en forme de postlude, qui va plaquer un accord sinistre mais non irrémédiable sur tout ce qui précède.

Le récit se lit avec plaisir et frissons, si l'on oublie certains artifices appelés à être gommés dans l'avenir ; l'aveu du narrateur est significatif (« je n'ai jamais pu résister à un bon mot, et encore moins à un mauvais »), et l'abus du zeugma, par exemple, vient à l'appui de cet aveu (« ses petits yeux en lame de couteau se fichent dans les miens et de moi », entre autres). Défaut de jeunesse, que la pratique efface peu à peu chez les bons artistes. Ce premier roman en appelle d'autres.

J.P. Longre

Jean-Pierre Longre, maître de conférences en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

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premier chapitre
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Chopin
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