Théâtre National de la Colline
du 20 novembre au 20 décembre 2002

mise en scène Ludovic Lagarde

une pièce de Olivier Cadiot

 


© Jean-Jacques weil

Mise en danse de tout, retour en arrière accéléré, révélation du son caché dans les choses, rattrapage années manquantes, cristal d’ici et maintenant, belle histoire d’amour d’été, lisibilité brutale, paradis cloné, leçons de sports inconnus, explosion du passé dans présent, fossile en mouvement, accès à poussières, nage à l’envers, transformations d’objets en personne et inversement, création d’un jumeau à distance, animaux recoloriés, compressions messages, trio infernal, remise en marche d’anciennes machines encore neuves, persistance tableaux, accès immédiat à x, mariage de la carpe et du lapin, gris-gris pour en revenir à l’homme, avance rapide dans paysage précédé de fuite ville, belle au bois dormant par voie orale, techniques nouvelles de camouflage, théâtre intérieur en volume, happy ends garantis, traversée du végétal, possibilité de chanson, amulettes futur.
Olivier Cadiot

Après Le Colonel des Zouaves, cette pièce poursuit la série des aventures de Robinson, mais cette fois pas d’île, ni de caisses retrouvées sur la plage, pas de château anglais ni d’affaires d’espionnage, juste un cerveau autodidacte qui essaie de s’en sortir au mieux avec pour seul bagage des idées inadéquates et des livres mal compris. On y apprendra des règles de sports inconnus, une technique d’explosion du passé dans le présent et des méthodes infaillibles de retour en amour.

avec Valérie Dashwood, Philippe Duquesne, Laurent Poitrenaux.

production compagnie Ludovic Lagarde, Théâtre National de la Colline, Théâtre de la Manufacture – centre dramatique national Nancy Lorraine, Théâtre National de Bretagne - Rennes, La Comédie de Clermont-Ferrand – scène nationale, Ircam – Centre Pompidou

Théâtre National de la Colline
15 rue Malte-Brun, Paris 20e
01 44 62 52 52

Lapin fluo et têtes à claques

Héritier de Valère Novarina, Olivier Cadiot est un écrivain à la mode qui force néanmoins le respect. En plus de dix ans d'une carrière jalonnée de succès littéraires et de fructueuses collaborations musicales avec Rodolphe Burger, Olivier Cadiot s'est fait un nom qui revient ses temps-ci dans toutes les conversations. Adepte de l'écriture performative, son dernier livre publié chez P.O.L porte un titre bien énigmatique. Jeu de piste sans trésor, prière sans destinataire, bref médecine bon marché, Retour définitif et durable de l'être aimé laisse un goût désagréable dans la bouche. Conclusion : exercice de style certes brillant mais sans grand intérêt. Le texte voit pourtant le jour dans la grande salle du théâtre de la Colline où trois comédiens jetés dans un cercle de toile noir avec écran coloré pour arrière plan reniflent, couinent, éructent la campagne, se cherchent, se trouvent, s'ébrouent dans des danses ineptes, se moquent des nouvelles générations des critiques bobos en passant par ces nouveaux BCBG qui roulent en sport, mangent bio, souscrivent un abonnement au Gymnasium au coin de la rue tout en méprisant allègrement le monde dans lequel ils s'ébattent.

La mise en scène de Retour définitif et durable de l'être aimé investit maladroitement le champ cinématographique. Usant de micros HF à foisons, de flickers bons marchés et d'effets sonores gratuits (tout y passe de la réverbération en passant par le pitch et le resampling) on assiste à un parfait exemple des différents travers que peut causer l'abus de la technique.

Sous prétexte de pouvoir faire comme au cinéma, Ludovic Lagarde patauge dans une mise en scène artificielle et obsolète qui ne fonctionne que sur la surenchère des moyens employés pour impressionner le spectateur, sur l'accumulation et l'emphase dont usent les mauvais films d'action américains que le livre égratigne joyeusement. Le septième art a actuellement un retentissement concret sur les mises en scènes contemporaines, les micros sont légions et l'emploi de la vidéo s'est banalisé mais à l'heure actuelle les réussites se comptent sur les doigts de la main. Combien de Retour définitif et durable de l'être aimé pour un Les Aveugles monté par Denis Marleau ?

D'une durée avoisinant l'heure et demi, la pièce agace rapidement et s'enlise dans les bons mots. Le mariage entre le théâtre et la technique cinématographique enfante d'une souris avec laquelle Ludovic Lagarde s'amuse, mais sans nous. Heureusement que Valérie Dashwood, Philippe Duquesne et Laurent Poitreneaux maintiennent la tête hors de l'eau à ce retour définitif et durable de l'être aimé que l'on aurait souhaité moins tape à l'œil et ostentatoire que ce show en sur-régime. Ils parviennent à tenir le spectateur en haleine sans quoi le pauvre sombrerait dans l'ennui mortel des pièces grossières et complaisantes. A la sortie de cette mise en scène très contemporaine (sic) on a qu'une envie, que le théâtre puise dans l'essence même de son art, qu'il cesse de frayer, benêt stérile, avec le septième art et ses supercheries mais qu'il nous parle, nous raconte des histoires, nous fasse rêver, qu'il soit aventureux et révolutionnaire comme il sait parfois si bien le fairen, en témoigne le récent After Sun de Rodrigo Garcia à la cité internationale, qu'il nous revienne avec un langage simple, brut et authentique.

Philippe Beer-Gabel
(24 Novembre 2002)

http://www.colline.fr/

http://www.pol-editeur.fr/catalogue/ficheauteur.asp?num=5743

http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/cadiot/pdgoc.htm