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Donner
à voir
L'histoire débute
un vendredi ; Antoine, un écolier timide et asthmatique,
mais capable d'actes valeureux — on découvrira peu
à peu — n'est pas allé à l'école,
"il récupère" — les quelques
jours qu'il vient de passer ont été suffisamment éprouvants
pour lui et pour son père, mais aussi pour sa mère,
tout à la fois source de ses problèmes et objet d'adoration,
et qu'il ne comprend pas vraiment : cyclothymique, mélancolique
puis joyeuse, fantasque ou rêveuse, névrosée
ou cataleptique... elle fait subir à son entourage un quotidien
loin d'être routinier, si démesuré qu'Antoine
en est profondément perturbé.
Du lundi au jeudi, le petit garçon revient sur cette semaine
peu banale, passée entre l'école et le paysage campagnard
morne et pluvieux, un quartier de lotissements qui épouse
la confusion des sentiments du jeune narrateur : "toutes
les maisons se ressemblent, les rues sont toutes pareilles et je
ne connais pas leurs noms, elles tournent en rond et c'est un vrai
labyrinthe. (...) Maman, elle, elle voulait un jardin, elle voulait
pouvoir manger dehors l'été, entendre les oiseaux.
(...) Papa a cédé. Maintenant je crois bien qu'il
regrette, et maman aussi. Elle sort rarement et, de toute façon,
elle ne parle jamais à personne." Le lundi débute
comme tous les lundis, avec son lot d'angoisses, sensations bien
connues de tous, qu'ils soient encore écoliers ou non...
À l'école, Antoine est souvent mis à l'écart,
tout en se complaisant dans sa solitude — pour se mettre l'abri
des moqueries des autres ou de l'ironie parfois humiliante de l'instituteur
; une solitude qui, dans le même temps, le coupe aussi de
lui-même, de son sentiment d'identité : "je
suis quelqu'un qu'on oublie facilement, je crois. Oui. C'est ça.
Je ne suis pas quelqu'un d'inoubliable. Ni de remarquable. Je ne
suis même pas sûr d'exister."
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Le
malaise du garçon s'accentue quand sa mère s'endort
au volant de la voiture (heureusement à l'arrêt),
après avoir longuement pleuré dans les bras de
son fils : l'inversion des rôles trouble l'enfant désormais
investi d'un rôle inattendu, protecteur d'une mère
qui sombre. Le lendemain soir, nouvelle "lubie" :
sa mère rentre en fin de soirée, expliquant qu'elle
s'est perdue au cours d'une promenade... À l'inquiétude
du fils et à l'exaspération du père, succèdent
quelques instants d'un bonheur fragile ; même chose le
lendemain, un mercredi, quand mère et fils s'amusent
à repeindre le salon avec fantaisie. Le jeudi soir, c'est
"l'apothéose" — Antoine entend
sa mère sortir de la maison, la voit avaler les gouttes
de pluie ; il se décide à la rejoindre. |
C'est une histoire
d'amour forte et douloureuse que raconte Olivier Adam, une histoire
dans laquelle pudeur et platitude (recherchée) vont de mise
; platitude de l'écriture, qui oblige à lire entre
les lignes si l'on veut découvrir les liens profonds et essentiels
qui rattachent Antoine à sa mère ; à son amour
pour elle se mêle une sollicitude et une patience que son
époux ne peut/veut plus exprimer, et/ou éprouver ("
tu ne peux pas être normale, juste un peu."
Dit-il à sa femme) et c'est Antoine qui assume l'inconséquence
et la fragilité psychique de sa mère, ses accès
de déprime ou ses moments de folie légère et
la démission apparente de son père ; une responsabilité
trop lourde pour l'enfant, même s'il semble aussi goûter
à la complicité presque incestueuse (du moins symboliquement)
qui le relie à elle : "juste avant que je m'endorme
pour de bon, maman est entrée dans la chambre. Elle s'est
glissée dans mon lit sans rien dire."
Roman oedipien, donc, dans lequel le père se pose en retrait,
éternel personnage secondaire, presque absent de la narration.
Mais l'auteur ne s'embarrasse pas des clichés comportementaux
qui accompagnent parfois ce passage "obligé" ;
il se contente de montrer, sans commenter, sans porter de jugement
hâtif ou moralisateur sur une relation mère/fils particulière
; il donne à voir, sans formuler l'informulable, le suggérant,
tout au plus, en laissant au lecteur le choix d'imprimer au texte
ses propres perspectives et son expérience. C'est un beau
roman, comme Olivier Adam nous y a habitués - au dénouement
en suspens mais teinté d'espoir à travers l’évocation
du déplacement symbolique des rapports fusionnels au sein
de la sphère familiale, quand Antoine (amoureux de la petite
Chloé, qui semble aussi s'attacher à lui) sait que
ses parents sont de nouveau "enlacés et ça
fait du bien de les voir comme ça.", que des projets
se mettent en place et que le comportement parfois poétique
de sa mère n'a pas nécessairement que du mauvais…
Blandine
Longre
(septembre 2004)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

du
même auteur
Falaises (L'Olivier, 2005)
Comme
les doigts de la main L'Ecole des loisirs, 2005
On ira voir la mer (L'Ecole des loisirs,
2002)
http://www.ecoledesloisirs.fr
http://www.florilettres.com/cgi-bin/view.pl?FILENAME= |