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Manipulations
Cinquième
film du réalisateur coréen Park Chan-Wook,
Old Boy est un excellent thriller psychologique,
un film violemment ingénieux, et, pour le dire tout de suite,
une véritable perle rare. C’est l’histoire de
Dae-Soo (interprété par Choj Min-Sik), habitant lambda
de Séoul... à moins que : enlevé le jour de
l’anniversaire de sa fille et enfermé sans explications
dans une chambre sans fenêtre, sous le soleil frénétique
d’une télévision qui lui apprend que sa femme
a été assassinée et qu’il est recherché,
Dae-Soo passe quinze années dans cette geôle insensée,
où on lui apporte de la nourriture, et où il lutte
pour survivre sans sombrer dans la folie. Lorsqu’il est relâché,
Dae-Soo jure de se venger de ses ravisseurs, de découvrir
qui ils sont et pourquoi ils l’ont enfermé. L’enquête
commence...
Le monstre
et le philosophe
L’intrigue,
détonante, repose sur l’idée de la puissance
du Mot, qui conduit à toutes les extrêmités
: ce qui est dit transforme ce qui est en ce qui n’était
pas, ou en ce qui ne voulait pas être. Course-poursuite dans
laquelle l’ennemi semble toujours avoir une décisive
longueur d’avance, l’enquête revencharde et sanglante
de Dae-Soo se perd dans un entrelacs de manipulations étouffantes
: tel est pris qui croyait prendre... Park Cahan-Wook pose le problème
de la solitude en termes de confiance en l’autre, de connaissance
de soi et de pardon. Mais le sang coule souvent ; Dae-Soo rencontre
aussi une jeune femme (Gang Hye-Jung), mais dans ce climat impur
le mot d’ordre est à la méfiance : qui est-elle
vraiment ?
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Old
Boy est un vrai drame psychologique, consacrant
le pouvoir de l’esprit tout en en révélant
la grande faiblesse. Outre les écueils de l’auto-persuasion,
Dae-Soo est manipulé comme un jeune premier dans ce
film où tout fait sens. Les corps mutilés, torturés,
dans des accès de furie non dénués de
désir d’auto-destruction, sont, comme chez Lynch,
les reflets de traumas plus profonds ; et la tête hirsute,
bientôt monstrueuse, de Dae-Soo (Choi Min-Sik livre
une performance impressionnante) indique moins quelque folie
sauvage qu’une profonde perte de soi. Le “monstre”
est l’œuvre du “philosophe”... Hypnose
et ample manipulation sont au rendez-vous dans ce scénario
haletant, porté par une bande originale de grande qualité,
dont s’est parfaitement imprégnée la caméra
hachée et psychotique de Park Chan-Wook. |
Le châtiment
: retrouver le crime
Il faut pour
vivre en paix savoir reconnaître ses fautes, avouer ses péchés...
on n’échappe pas à son passé. Park Chan-Wook
illustre de fascinantes idées sur la notion si souvent galvaudée
de vengeance, idées qui confèrent à Old
Boy une ampleur tragique et une intensité énigmatique
de très haut niveau. De là à dire qu’Old
Boy est un chef d’œuvre du genre... Park
Chan-Wook sait assurément manipuler son spectateur.
Nicolas
Cavaillès
(septembre 2004)

http://www.cineasie.com/Park_Chan_Wook.html
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