de Park Chan-Wook
Corée du Sud, 2003 durée 1h59

Avec Choi Min-shik, Yoo Ji-tae, Kang Hye-Jeong, Yoon Jin-Seo, Kim Byeong-Ok

sortie 29 septembre 2004

 

Manipulations

Cinquième film du réalisateur coréen Park Chan-Wook, Old Boy est un excellent thriller psychologique, un film violemment ingénieux, et, pour le dire tout de suite, une véritable perle rare. C’est l’histoire de Dae-Soo (interprété par Choj Min-Sik), habitant lambda de Séoul... à moins que : enlevé le jour de l’anniversaire de sa fille et enfermé sans explications dans une chambre sans fenêtre, sous le soleil frénétique d’une télévision qui lui apprend que sa femme a été assassinée et qu’il est recherché, Dae-Soo passe quinze années dans cette geôle insensée, où on lui apporte de la nourriture, et où il lutte pour survivre sans sombrer dans la folie. Lorsqu’il est relâché, Dae-Soo jure de se venger de ses ravisseurs, de découvrir qui ils sont et pourquoi ils l’ont enfermé. L’enquête commence...

Le monstre et le philosophe

L’intrigue, détonante, repose sur l’idée de la puissance du Mot, qui conduit à toutes les extrêmités : ce qui est dit transforme ce qui est en ce qui n’était pas, ou en ce qui ne voulait pas être. Course-poursuite dans laquelle l’ennemi semble toujours avoir une décisive longueur d’avance, l’enquête revencharde et sanglante de Dae-Soo se perd dans un entrelacs de manipulations étouffantes : tel est pris qui croyait prendre... Park Cahan-Wook pose le problème de la solitude en termes de confiance en l’autre, de connaissance de soi et de pardon. Mais le sang coule souvent ; Dae-Soo rencontre aussi une jeune femme (Gang Hye-Jung), mais dans ce climat impur le mot d’ordre est à la méfiance : qui est-elle vraiment ?

Old Boy est un vrai drame psychologique, consacrant le pouvoir de l’esprit tout en en révélant la grande faiblesse. Outre les écueils de l’auto-persuasion, Dae-Soo est manipulé comme un jeune premier dans ce film où tout fait sens. Les corps mutilés, torturés, dans des accès de furie non dénués de désir d’auto-destruction, sont, comme chez Lynch, les reflets de traumas plus profonds ; et la tête hirsute, bientôt monstrueuse, de Dae-Soo (Choi Min-Sik livre une performance impressionnante) indique moins quelque folie sauvage qu’une profonde perte de soi. Le “monstre” est l’œuvre du “philosophe”... Hypnose et ample manipulation sont au rendez-vous dans ce scénario haletant, porté par une bande originale de grande qualité, dont s’est parfaitement imprégnée la caméra hachée et psychotique de Park Chan-Wook.

Le châtiment : retrouver le crime

Il faut pour vivre en paix savoir reconnaître ses fautes, avouer ses péchés... on n’échappe pas à son passé. Park Chan-Wook illustre de fascinantes idées sur la notion si souvent galvaudée de vengeance, idées qui confèrent à Old Boy une ampleur tragique et une intensité énigmatique de très haut niveau. De là à dire qu’Old Boy est un chef d’œuvre du genre... Park Chan-Wook sait assurément manipuler son spectateur.

Nicolas Cavaillès
(septembre 2004)

http://www.cineasie.com/Park_Chan_Wook.html