texte François David
illustrations Laurent Corvaisier
Albin Michel jeunesse, 2003

 

Au bonheur de vivre libre

François David, auteur jeunesse, fondateur des Editions Motus, s’allie généralement à des illustrateurs de talent pour concocter de beaux albums auxquels les enfants s’attachent vite. Ainsi, après Est-elle Estelle ?, une histoire poétique illustrée par Alain Gauthier, il nous propose un album grand format qui raconte l’histoire de Camille, une petite fille de dix ans, et son affection pour un oiseau en cage. Camille vit dans un pays en guerre, on ne sait lequel, mais on pourrait tout aussi bien être en Tchétchénie, à Sarajevo ou en Iran, et les illustrations de Laurent Corvaisier, entre esquisse et collage, évoquent à merveille la désolation du lieu et l’atmosphère d’une ville bombardée : aplats de couleurs sombres, squelettes d’arbres ou de maisons, personnages aux traits tirés et aux regards mornes.
Les parents de Camille sont absents – sa mère a fui, son père est en prison - et elle vit avec une marraine au visage cruel et anguleux, aux traits remplis d’une colère sourde qui ne demande qu’à jaillir : tout le contraire de la marraine des contes de fées, le personnage tendant plutôt vers la marâtre… Celle-ci offre pourtant à Camille un petit oiseau pour son anniversaire : un oiseau noir, triste et fatigué – comme la petite fille – que la marraine s’empresse de mettre en cage. Mais de même que Camille ne chante plus, l’oiseau emprisonné refuse de faire entendre son chant, provoquant ainsi la rage de la marraine qui menace de l’étrangler (« pas de cuicui, plus de kiki ! ») Camille n’a plus qu’une solution pour sauver l’oiseau d’une mort certaine, lui rendre sa liberté, tandis qu’elle demeure enfermée. Tout se termine bien cependant et les couleurs surgissent quand Camille retrouve ses parents, annonçant un renouveau tant espéré.

Ce beau récit réaliste s’achève sur une note d’espérance, incarnée par l’oiseau – lui aussi a retrouvé ses couleurs. Le texte, suffisamment simple, est parfaitement adapté aux jeunes lecteurs, dès cinq ou six ans, et leur permet de comprendre tous les enjeux de sujets difficiles la guerre et la séparation, abordés à la fois avec sobriété et fantaisie, par le biais de multiples symboles : l’oiseau incarnant la liberté et bien sûr, la paix, la marraine la guerre, l’enfermement et la méchanceté des humains, et la petite fille la révolte et l’espoir.

Blandine Longre
(octobre 2003)

du même auteur

Chat qui vole (Ed. du Jasmin, 2003)

Est-elle Estelle ? (Motus, 2002)

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