L'ogrionne anorexique
(Les Editions du Ricochet, 2004)
A partir de 5 ans

 

Conte moderne

Dans cet album à la verve pantagruélique, les mots sont des mets exquis que Christian Poslaniec nous fait partager avec un humour non-savoureux, en nous souhaitant un «bon non- appétit » ! ; l'’auteur s’est réjoui à l’idée de recréer un conte à l’ancienne, qui « renoue avec l’interdit social et qui touche autant les adultes que les enfants ».
Adélaïde, jeune ogrionne de quarante-huit ans, a perdu l’appétit. Violette et Hugo, ses parents, ont tout essayé, du «bouquets de doigts à l’estragon à la fricassée de gones à la lyonnaise…». Mais au pays des ogres, cela pose un vrai souci, car ils sont tous de fins gourmets et ils ne mangent que les enfants...

Le problème d’Adélaïde débute sur la confusion du verbe "aimer". Une grande coïncidence veut que son père avoue l’aimer en même temps que son amoureux, Lionel. Le premier pour son carnet de notes brillant, mais veut- il «l’embrasser ou la manger?» ; le deuxième avec un amour transi depuis sept ans. Le chaos règne dans l’esprit de la jeune femme. Les parents convoquent alors les médecins, qui invoquent une « crise d’anorexie ».
Adélaïde, consciente qu’il lui faudra s’en sortir par tous les moyens autre que « l’électrochoc », propose à Lionel quatre épreuves en lui avouant : « si tu les réussis, je serai guérie ». Des preuves d’amour aussi communes que « ferrer la licorne, amidonner la chemise de la sorcière, maîtriser le dragon déglingué… ».En vainqueur glorieux, Lionel rendra l’appétit à sa bien- aimée, qui lui donne en échange le « premier baiser ».

Ce conte moderne répond au drame familial et individuel de l’anorexie, en y posant un regard ironique. Tous les ingrédients sont présents, de la magie, un héros, des obstacles, et une fin heureuse. Les notes de bas de pages participent au jeu du texte, permettant à l’auteur de s’amuser entre la fiction et le réel. Les dessins de Pef, animés des couleurs de la coloriste Geneviève Ferrier, sont des pastels gras « comme les ogres », dont l’effet papier donne aux personnages vivacité et singularité.

C. Genin
(janvier 2005)

Cendrine Genin, après des études de philosophie et de lettres, a suivi une formation de libraire ; une passion totale pour la littérature jeunesse ainsi que pour la danse l’ont incitée à collaborer à Sitartmag, depuis 2000 ; l'écriture est son autre domaine de prédilection et elle compte pouvoir prochainement faire partager son univers à de jeunes lecteurs.

Voir aussi, de Christian Poslaniec
Donner le goût de lire Le Sorbier 2004
Mystérieux Délits L'Ecole des loisirs, 2003

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