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Mari est une
jeune fille discrète et obéissante. Elle tient la
réception de l'hôtel "Iris", modeste établissement
où elle travaille sous la férule de sa mère.
Tel en eau calme, rien ne s'y passe, si ce n'est parfois l'infime
particularité de tel ou tel client.
L'ouverture du récit d'Ogawa rompt avec violence le ronronnement
de ce lieu sans histoire et un rien délétère.
Un soir, une femme sort brutalement d'une chambre, insultant avec
furie l'homme qui l'accompagne. Ignorant les calomnies qui en dénoncent
la perversité, Mari est fascinée par la distinction
et l'autorité qui émanent de cet homme vieillissant.
C'est lors d'une course banale qu'elle le reconnaîtra et finira
par faire sa connaissance, s'engageant dans une relation dont elle
semble ignorer les dangers.
Hôtel Iris constitue le septième récit
de Yôko Ogawa traduit en français. Plus long que les
nouvelles qui l'ont précédées, le lecteur y
trouve les thèmes fondamentaux de ses précédents
ouvrages, qui font d'Ogawa un écrivain incomparable.
A l'image des relations ambiguës entre la jeune employée
et son patron que décrivait L'annulaire,
nous retrouvons cette même attirance d'une jeune fille pour
l'homme mûr, empreint de mystère et d'assurance. De
façon plus globale, les extérieurs vieillis, comme
à l'abandon, trouvent leur pendant dans les corps fatigués
voire handicapés de tel au tel personnage.
Quelque soient ses particularités, le corps et ses manifestations
semblent former le point nodal de la sensibilité aiguë
d'Ogawa : jeune ou vieux, sain ou handicapé, jamais la grâce
des mouvements n'échappe à son regard. Ainsi en va-t-il
de la mort comme de la vie, de la souffrance comme du plaisir :
" Le lien mordant mes chairs boursouflait mon corps. L'homme
était habile. Du début jusqu'à la fin, dans
un beau mouvement, ses gestes furent parfais. Tous ses doigts remplissaient
fidèlement leur rôle et je paraissais l'objet d'un
tour de magie. " (p77)
Le corps semble
exprimer à lui seul la complexité de la vie, il permet
de laisser sourdre la vérité au sein des apparences,
la complexité des désirs humains, tour à tour
ou à la fois animés de bonté et de cruauté.
Corps usé et handicapé, mais fondamentalement bon
du vieil homme des Abeilles, corps jeune mais déformé,
objet de désirs cruels peint dans La grossesse.
Virtuose du malaise, Ogawa semble interroger la part sombre de nos
sensibilités. Oscillant avec justesse dans les lieux cachés
parce qu'inavouables de l'âme humaine, ceux où viennent
s'engouffrer le plaisir dans la faiblesse, ceux voyeuristes du malheur
observé. Hôtel Iris constitue en ce sens, et en dehors
des interprétations toujours hasardeuses que nous pourrions
en donner, une oeuvre accomplie, achevée, celle d'un écrivain
talentueux, en pleine possession de ses moyens.
A Mari qui
interroge la tristesse soudaine de son curieux compagnon, Ogawa
répond ceci:
" - Je ne me sens pas triste parce que solitaire. J'en ai fini
avec la tristesse depuis longtemps déjà. Ce n'est
pas ça, c'est plutôt la sensation que moi aussi je
vais disparaître sans bruit, aspiré par une fissure
dans l'atmosphère. A une vitesse ahurissante, à laquelle
nul ne peut s'opposer. (...)
- C'est mourir, peut-être ?
- Non, ce n'est pas ça. Tout le monde meurt. Ce dont je parle
est quelque chose de beaucoup plus particulier. Je suis entraîné
vers cette invisible fissure comme si j'étais le seul à
recevoir un châtiment. Même la mort ne m'est pas permise,
et je suis obligé d'errer éternellement aux confins
du monde. Et personne ne se rend compte de ma disparition. Alors
bien sûr, personne n'est triste ".
Lire Ogawa,
se laisser happer par son univers étrange, c'est aussi avoir
la franchise et l'humilité d'explorer nos propres confins,
ceux à la figure hideuse de la peur et de la haine, mais
ceux qui sont aussi le propre de chaque être humain.
Héléna
André
Du
même auteur L'annulaire
récits traduits en français
Les Abeilles , Actes Sud, 1995
La Piscine, Actes Sud, 1995
La Grossesse,
Actes sud, 1997
Ces trois récits forment un recueil publié par Babel
(co-édition Actes-Sud-Leméac) en 1998.
Le
réfectoire un soir et une piscine sous la pluie / un thé
qui ne refroidit pas, Actes Sud, 1998.

http://www.fluctuat.net/livres/chroniques/ogawa.htm
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