Exposition

jusqu’au 21 février 2004
Galerie Fraîch’attitude, Paris

Femme avec chapeau, reproduction objets art populaire
(origine Mexique, Bali, Iles Baléares),
impression numérique sur toile, marouflé sur bois avec
ajouts en relief de ciment coloré, 200x200 cm.
courtesy de l'artiste

« Offrandes », ma petite expo en sucre.


Un filon de sucre dans l’art contemporain, tracé en rayures sur des photos d’offrandes ou de statuettes exotiques. Le dernier volume des œuvres de Dorothée Selz, au service du Eat Art depuis quarante ans.

« Ces objets m’inspirent et je veux qu’ils soient vus. » Avec simplicité et détermination, Dorothée Selz présente ses nouveaux travaux dans le catalogue de l’exposition « Offrandes » (vernissage le 4 décembre dernier).

Il en faut de l’aplomb à cette créatrice fidèle depuis les années 60 à un même concept d’art comestible pour élever des sculptures éphémères de trois ou quatre mètres de haut, à voir dans un passionnant diaporama projeté au fond de la galerie Fraich’attitude (espace de fruits, de légumes et d’art depuis l’ouverture en avril 2001). Les images projetées permettent de retracer l’évolution de Dorothée Selz, de ses premiers jeux avec des denrées alimentaires (coloration outrancière mais soignée de pâtes, puis de pain) aux gigantesques travaux montrés en décors de grandes soirées, jusqu’à l’explosion de son Eat Art au musée. A ce chapitre, en 1991, elle a composé une longue fresque à croquer, étendue sur quelque 25 m, pour l’inauguration de la galerie nationale du Jeu de Paume.

1987, table en bois et pâte de sucre, sur support grillage, bande de tissu plâtrée, 100x60x140 cm, Collections du Fonds National d’Art Contemporain, courtesy de l'artiste.

Regarder ces dix minutes de diapos, en plus de lire la documentation en libre accès à l’entrée de la galerie (soit le catalogue de l’expo et une thèse sur Selz bien fournie en photos d’œuvres) aident à mettre en contexte une artiste aux coloris chatoyants (telles les montagnes pâteuses sur la « Table » de 1987) et au goût de plus en plus prononcé pour le sucre collé sur des photos.
Dans sa main, il convient d’imaginer la bombe de pâtissier, en lieu et place de l’habituel pinceau. Dorothée Selz trace en parallèle des lignes unicolores, parfois vertes, rouges, roses… bonbon en tout cas ! Ces rayures si originales, bien propres à l’auteur, équivalent à une signature apposée par-dessus des photos ou des dessins symboliques.

« Art populaire »

Ainsi, la série « Art populaire » (2002-2003, dernières oeuvres en date) applique ces bandes sucrées, semblables à de longues coulées de dentifrice, sur d’immenses photos d’objets à caractère sacré. Les offrandes balinaises (esprits plus vivants que nature), mexicaines (têtes aux expressions en folie) et espagnoles sont de superbes trouvailles, bien présentées, au naturel, dans deux autres diaporamas de 4 minutes chacun.

Que ces objets d’art populaire inspirent Dorothée Selz, tant mieux pour elle. Mais le traitement artistique risque de laisser indifférent… Le sens original des offrandes n’est ni détourné, ni respecté. Sa photo plaquée au mur, striée de glucose, l’objet ne prouve plus le dévouement, la reconnaissance et l’amour des croyants envers des entités supérieures. Le don aux dieux ou aux anciens devient une enveloppe vide, grossie par un agrandissement plutôt laid.

Si la démarche derrière cette récente série semble floue, la galerie montre, dans une salle rouge vif, des travaux plus anciens, plus clairs, et rigolos pour certains ! Le « Croque Jésus » de 1967, dispose une petite friandise de Noël, un Jésus rosâtre pur sucre, dans un moule de mâchoires. Plus loin, jeu d’inversion avec un frigo grand ouvert (le même qu’à la maison mais planté au coin d’une galerie — voyez l’effet d’art contemporain!…) et garni de jouets, de figurines et de bouquins.

Avec « Offrandes », la curiosité est donc bien nourrie. Au printemps, l’appétit culturel pourrait même redoubler dans l’étonnante galerie Fraich’attitude avec l’exposition « L’art du fruit en Extrême-Orient » (en particulier au Japon et en Thaïlande), du 27 avril au 15 mai.

François Cavaillès
(février 2004)

jusqu’au 21 février 2004, du mardi au samedi, de midi à 19 h
galerie Fraîch’attitude
60, rue du Faubourg-Poissonnière, Paris Xe.

François Cavaillès est journaliste et critique d'art à Paris. Ancien reporter en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa (Canada), il s'intéresse aujourd'hui aux cultures de l'Asie du Sud-Est et étudie le thaï à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris.

http://www.fraichattitude.com

http://www.fraichattitude.com/DorotheeSelz.htm