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L’odyssée
d’une dublinoise
“Presque
arrivée”, nous dit cette femme qui avance dans
sa vie, de façon souvent chaotique. Nuala O’Faolain
est une journaliste dublinoise qui tient une chronique d’opinion
dans le Irish Times. En 1996, elle publie Are you Somebody
(Etes-vous quelqu’un), qu’elle considérait
comme une « autobiographie accidentelle »,
où elle raconte son parcours personnel, les souffrances,
le sentiment de solitude et d’échec qui la hante. Le
livre devient un best-seller ?. Cela l’encourage à
poursuivre son travail d’écrivain, avec un roman, My
Dream of You. Avec Almost There,
O’Faolain retrouve sa veine autobiographique. C’est
l’histoire d’une femme ayant largement dépassé
la cinquantaine, qui se retrouve seule après une liaison
de quinze ans, triste, face à ses vieux démons : l’enfance
douloureuse dans une famille nombreuse, auprès de parents
négligents, le souvenir de sa mère alcoolique et dépressive,
de son père brillant, mondain, et parfaitement désinvolte
avec les siens. Cependant, ce moment-là, alors qu’elle
aborde sans espoir la soixantaine, devient aussi celui où,
insensiblement, un changement s’opère dans sa vie.
Son premier succès éditorial lui permet de se lancer
dans sa nouvelle activité littéraire, et de mobiliser
son énergie pour continuer à écrire.
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Le
livre alterne sans cesse entre des périodes de découragement,
de dépression et des périodes de travail intense.
Déménagements, nouvelles maisons irlandaises,
studios américains se succèdent. Rien ne dure,
sauf sa volonté, malgré tout, de faire l’œuvre
commencée et d’échapper à son bourbier
intérieur, malgré les régressions et la
souffrance qui revient par vagues. Elle s’installe quelques
mois à NewYork pour écrire régulièrement.
Elle se décrit comme très isolée à
cette époque, mais on sent une volonté et une
dynamique qui la portent. Même lorsqu’elle se dit
renfermée, elle est toujours sensible aux nouvelles rencontres,
toujours prête à apprécier le talent et
les qualités d’autrui, que se soit un SDF ou un
créateur d’avant-garde — ainsi lorsqu’elle
décrit le petit monde artistique qui gravite autour de
son marchand de journaux à Manhattan. |
C’est
un mouvement perpétuel qui nous est raconté. Ironie
de la narration, peut-être, puisque cette impression d’avancée
imprègne chaque page, y compris celles relatant les moments
les plus lourds, les fêtes passées seule, les deuils,
les vaines tentatives d’aide à son frère suicidaire.
Il y a beaucoup de force, de ténacité dans son histoire.
Elle parle avec humour de son étonnement d’avoir réussi
à arrêter de fumer ou d’avoir limité sa
consommation d’alcool (toujours un thème récurrent
des mémoires irlandaises) : quand on a eu une mère
alcoolique, nous dit-elle, tout ce qui s’éloigne de
l’ivrognerie constante est déjà un triomphe
en soi. Les épisodes heureux, comme des vacances italiennes
en compagnie de quelques-uns de ses frères et sœurs
ne sont pas oubliés. Finalement, c’est une nouvelle
vie qui se met en place, vie professionnelle et amoureuse. Tout
n’est pas rose, pourtant : son nouveau compagnon a une fillette
de huit ans, et voilà notre héroïne jalouse de
l’attention qu’il lui porte. L’auteur se montre
là très sincère, n’hésitant pas
à montrer son aspect égoïste, capricieux et les
problèmes que cela lui pose. Elle croyait avoir surmonté
sa propre enfance sans tendresse, mais comment peut-elle accepter
qu’une enfant — une autre — soit aimée,
choyée ? Presque arrivée…
Laurence
Tourniaire
(décembre 2003)

L'Editeur
http://www.penguin.co.uk/
http://www.swediteur.com/
http://www.bookreporter.com/authors/au-ofaolain-nuala.asp
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