Almost There
(Penguin, 2003)

J'y suis presque
traduit de l'anglais par Stéphane Camille
Sabine Wespieser éditeur, janvier 2005

parution en poche
10-18, mai 2007

 

 

L’odyssée d’une dublinoise

Presque arrivée”, nous dit cette femme qui avance dans sa vie, de façon souvent chaotique. Nuala O’Faolain est une journaliste dublinoise qui tient une chronique d’opinion dans le Irish Times. En 1996, elle publie Are you Somebody (Etes-vous quelqu’un), qu’elle considérait comme une « autobiographie accidentelle », où elle raconte son parcours personnel, les souffrances, le sentiment de solitude et d’échec qui la hante. Le livre devient un best-seller ?. Cela l’encourage à poursuivre son travail d’écrivain, avec un roman, My Dream of You. Avec Almost There, O’Faolain retrouve sa veine autobiographique. C’est l’histoire d’une femme ayant largement dépassé la cinquantaine, qui se retrouve seule après une liaison de quinze ans, triste, face à ses vieux démons : l’enfance douloureuse dans une famille nombreuse, auprès de parents négligents, le souvenir de sa mère alcoolique et dépressive, de son père brillant, mondain, et parfaitement désinvolte avec les siens. Cependant, ce moment-là, alors qu’elle aborde sans espoir la soixantaine, devient aussi celui où, insensiblement, un changement s’opère dans sa vie. Son premier succès éditorial lui permet de se lancer dans sa nouvelle activité littéraire, et de mobiliser son énergie pour continuer à écrire.

Le livre alterne sans cesse entre des périodes de découragement, de dépression et des périodes de travail intense. Déménagements, nouvelles maisons irlandaises, studios américains se succèdent. Rien ne dure, sauf sa volonté, malgré tout, de faire l’œuvre commencée et d’échapper à son bourbier intérieur, malgré les régressions et la souffrance qui revient par vagues. Elle s’installe quelques mois à NewYork pour écrire régulièrement. Elle se décrit comme très isolée à cette époque, mais on sent une volonté et une dynamique qui la portent. Même lorsqu’elle se dit renfermée, elle est toujours sensible aux nouvelles rencontres, toujours prête à apprécier le talent et les qualités d’autrui, que se soit un SDF ou un créateur d’avant-garde — ainsi lorsqu’elle décrit le petit monde artistique qui gravite autour de son marchand de journaux à Manhattan.

C’est un mouvement perpétuel qui nous est raconté. Ironie de la narration, peut-être, puisque cette impression d’avancée imprègne chaque page, y compris celles relatant les moments les plus lourds, les fêtes passées seule, les deuils, les vaines tentatives d’aide à son frère suicidaire. Il y a beaucoup de force, de ténacité dans son histoire. Elle parle avec humour de son étonnement d’avoir réussi à arrêter de fumer ou d’avoir limité sa consommation d’alcool (toujours un thème récurrent des mémoires irlandaises) : quand on a eu une mère alcoolique, nous dit-elle, tout ce qui s’éloigne de l’ivrognerie constante est déjà un triomphe en soi. Les épisodes heureux, comme des vacances italiennes en compagnie de quelques-uns de ses frères et sœurs ne sont pas oubliés. Finalement, c’est une nouvelle vie qui se met en place, vie professionnelle et amoureuse. Tout n’est pas rose, pourtant : son nouveau compagnon a une fillette de huit ans, et voilà notre héroïne jalouse de l’attention qu’il lui porte. L’auteur se montre là très sincère, n’hésitant pas à montrer son aspect égoïste, capricieux et les problèmes que cela lui pose. Elle croyait avoir surmonté sa propre enfance sans tendresse, mais comment peut-elle accepter qu’une enfant — une autre — soit aimée, choyée ? Presque arrivée…

Laurence Tourniaire
(décembre 2003)

L'Editeur
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