Régime sec
Olivier Bordaçarre

Fayard, 2008

 

 

Fuir, mourir, résister… Vivre ?

Années 2010. La France est occupée. Non par les Allemands, les Russes, les Chinois, les Arabes, les Américains… mais par des Français : ceux qui possèdent tout et qui ont le pouvoir, un pouvoir maintenu par la force, l’exclusion, la terreur. Une société de l’argent et de la violence, des apparences et de la langue de bois, de la misère et de la révolte. Il suffit d’observer ce qui se passe actuellement autour de nous et d’appuyer le trait, légèrement – c’est ce que fait l’auteur, en y ajoutant son écriture musicale, le langage de ses personnages et la quête d’un bonheur incertain.

Que faire dans cette prison totalitaire ? Certes, il y a ceux qui ont la richesse et (par la même occasion) le pouvoir : ils peuvent se goberger, faire marcher la pompe à phynances, mais leurs femmes, leurs enfants, leurs employés sont délaissés, méprisés, naufragés. Il y a ceux qui les servent – bien obligés – dans l’humilité ou la brutalité. Il y a ceux qui n’en peuvent plus des dettes, des expulsions, des fuites dans l’alcool, les bagarres, la clochardisation, la folie, et qui parfois en meurent. Il y a ceux qui ont choisi la révolte et la résistance (appelée « terrorisme » par la classe régnante, tiens tiens…). Parmi tous, certains vont pouvoir le trouver, ce bonheur incertain, ailleurs, sur une île du Pacifique, dans un coin perdu d’Espagne, dans les rythmes du jazz et l’amitié commune, dans l’amour irrépressible.

Régime sec est un roman à plusieurs voix, enchaînant chorus et variations ; c’est aussi une dénonciation des tares de notre société poussées à leur paroxysme : les nouvelles technologies au service de l’espionnage de chaque individu, de sa santé, de ses gestes, de sa pensée même ; les hypermarchés de la consommation reine («J’achète donc je suis ! ») ; la toute-puissance du travail (« travailler plus… », tant pis pour ceux qui n’en trouvent pas) ; le nettoyage systématique de tout ce qui pourrait détonner dans le paysage urbain (vagabonds, chômeurs, étrangers, clochards, handicapés)… Pure fiction ? Réalisme ? Excès d’une écriture débordante ? Laissons-nous aller, et tout compte réglé suivons Alice et Art – ce couple d’amoureux qui ouvre et ferme le roman – vers les promesses de la vie.

Jean-Pierre Longre
(février 2008)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

 

lire aussi
Géométrie variable d'Olivier Bordaçarre - Fayard, 2006

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