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Eiji
Miyake quitte son Kyushu rural pour Tokyo, où vit un
père dont il ne connaît ni le nom, ni l'adresse
: des années auparavant il a promis à sa soeur
jumelle de retrouver le géniteur qui n'a jamais cherché
à les connaître. Avec quelques maigres économies
et sa guitare, il débarque dans la jungle urbaine quelques
jours avant son vingtième anniversaire. Une multitude
d'aventures rocambolesques l'y attendent, des rencontres inattendues
ou terrifiantes avec d'impitoyables mais pathétiques
yakusas, des avocats véreux, et aussi de simples citoyens,
comme Sega, un jeune hacker ambitieux mais loyal, Miriam, hôtesse
dans un club très spécial, Ai Imajo, une jeune
pianiste qui rêve de la France et Buntaro, un propriétaire
de vidéo club très attachant... Tous se croisent
dans cette ville gigantesque, au climat plutôt sinistre,
peu accueillante en apparence. Tous, sauf le père tant
recherché, rêvé et fantasmé qui semble
se dérober à tous les plans qu'Eiji échafaude.
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Roman
d'éducation, récit initiatique et existentiel,
enquête familiale, ce deuxième roman est tout
cela à la fois. Le thème abordé (la quête
du père, symbolique et réelle, et l'apprentissage
de l'échec) a été maintes et maintes
fois traité en littérature (on pense entre autres
à l'excellent Quand
nous étions orphelins de Kazuo Ishiguro)
et on pourrait croire le sujet rebattu. Mais ce roman se démarque
par une structure rigoureusement élaborée et
une démarche stylistique originale ; l'auteur confesse
"une faiblesse pour les mariages entre le contenu
et la forme" et cette "faiblesse" confère
au roman sa riche texture : chacun des huit chapitres qui
conte la quête insensée du jeune homme est une
variation sur un thème et tente d'explorer un degré
de conscience précis, un niveau de réalité,
comme si l'esprit humain était formé d'une multitude
de couches conscientes : le rêve, l'imaginaire, le sens
de la vie, le souvenir, la fatalité, la fiction...
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Parfois,
on ne sait si ce qu'on lit appartient à la réalité
ou à un monde virtuel, si l'auteur et l'esprit torturé
d'Eiji ne se jouent pas de nous et des règles romanesques.
Il est vrai que cette structuration du récit donne
au roman, par instants, un air "exercices de style"
un peu surfait, comme si l'auteur souhaitait forcer la démonstration
et la rendre plus didactique afin que tous la comprennent
bien.
Mais Number9dream ( le titre d'une chanson de
John Lennon, qui fait lui aussi de courtes apparitions dans
le roman...) comporte des qualités qui rattrapent sans
mal ces maladresses : un récit émouvant, souvent
cocasse et imprégné de suspens, de surprenantes
histoires à tiroirs (le premier chapitre est particulièrement
réussi, ainsi que la fable du bouc, de la poule et
du pithécanthrope...) et des récits intercalés,
comme le journal d'un grand-oncle, kamikaze durant la deuxième
guerre mondiale. Le personnage central, en dépit de
sa grande naïveté de jeune provincial, n'est pas
dénué de recul ni d'autodérision, voire
de cynisme. Mais surtout, David Mitchell rend justice à
un pays (où il vit depuis quelques années) et
à ses habitants, souvent incompris par les occidentaux
(qui en conservent à l'esprit des images d'Epinal faussées
et simplistes). Ce britannique exilé qui refuse tout
ethnocentrisme décrit un monde qu'il connaît
bien, sans a priori (mais sans se départir de sens
critique) et donne envie de sauter dans le prochain avion
pour le Japon...
Le rêve est ici un thème de prédilection,
et l'auteur cite, en page de garde, Don Delillo : "Il
est beaucoup plus simple d'enterrer la réalité
que de se débarrasser de ses rêves".
Et en effet, le roman, qui semblait s'achever dans un rêve
nostalgique et paisible effectue soudain un revirement brutal
vers la réalité et laisse face un neuvième
chapitre que l'auteur laisse au lecteur le soin d'imaginer
ou de vivre...
B.Longre
(octobre 2001)
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L'éditeur
http://www.madaboutbooks.com
l'auteur
http://bookreporter.netscape.com/authors/au-mitchell-david.asp
http://books.guardian.co.uk/reviews/generalfiction/0,6121,449051,00.html
premier
chapitre
http://books.guardian.co.uk/bookerprize2001/story/0,1090,566985,00.html
du
même auteur, Ghostwritten
http://www.bookbrowse.com/index.cfm?page=title&titleID=613
le
Booker Prize
http://www.bookerprize.co.uk/asite/fiction/shortlist/shortlist.html
http://www.alphabetstreet.infront.co.uk/bookerprize.jhtml
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