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Exercices
d’auto(bio)graphie
La littérature
est d’abord une affaire de mots, et le tout est de pouvoir
utiliser ce matériau artistiquement, le fin du fin consistant
en une combinaison harmonieuse du plus petit nombre de mots possible
avec la plus grande longueur de texte (voir par exemple Cent
mille milliards de poèmes de Raymond Queneau).
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Jean-Jacques
Nuel – ou, en tout cas – le protagoniste-narrateur
(l’unique personnage) qui, dans le livre, s’appelle
Jean-Jacques Nuel, a tenté de battre tous les records
: bâtir une œuvre d’ampleur infinie, universellement
reconnue comme telle, conférant à son auteur l’aura
des idoles, en n’utilisant qu’un petit mot de quatre
lettres, qui passe par le truchement de l’écriture
réitérée à l’envi du statut
de nom propre à celui de nom commun décliné
sous toutes ses faces, dans toutes ses dimensions, selon toutes
les formes esthétiques. Ce petit mot est tout bonnement
le nom du narrateur (qui est aussi celui de l’auteur),
lieu commun ainsi renouvelé (ce par quoi Cocteau définit
la poésie), nom trop usé résonnant de son
étrangeté fictionnelle, «comme si c’était
appeler les choses / Justement de ce bizarre nom qui est le
leur » (Aragon). |
L’obsession
du nom s’empare du souci de perfection définitive,
et alors survient la folie des nombres, l’utopie de la machine
littéraire donnant toutes facilités au scripteur,
dans une tentative d’épuisement (toute perecquienne)
de la vie littéraire : déambulations quotidiennes
dans l’appartement, dans le quartier (une Part-Dieu lyonnaise
qui n’a en soi rien pour inspirer l’artiste…),
courriers aux éditeurs (réponses négatives
ou inexistantes), reniement des œuvres antérieures,
vains espoirs de notoriété… tout cela pour s’apercevoir
au bout du compte que l’écrivain est un homme, avec
des souvenirs, le sentiment de la vie et de la mort, qu’il
doit faire ce qu’il a à faire, se reposer de temps
en temps (disons chaque septième jour), et que la création
n’est pas seulement une questions de mécanique et d’arithmétique.
Le nom est un roman de la création,
et aussi – prénom oblige – une véritable
confession d’écrivain.
Jean-Pierre
Longre
(septembre 2005)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages, dont
Queneau en scènes
(PULIM, 2005), ou
articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison
des langages littéraire et musical. Il a participé
à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade
", et effectue des recherches sur les littératures francophones
(Roumanie, Belgique, Québec).

Du
même auteur :
Portraits
d'écrivains (Editinter, 2002)
http://www.jeanjacquesnuel.com
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