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du
même auteur : le Nom (A Contrario,
2005)
Il y a deux
ans, un court recueil intitulé La
gare était publié chez Orage-Lagune-Express
; il contenait trois textes au style précis et dépouillé,
les expériences de trois écrivains. Ils sont aujourd'hui
réédités dans un nouveau recueil, et cette
fois accompagnés de quelque 30 autres textes. Ces Portraits
d'écrivains ne doivent pas tous se lire comme étant
le portrait d'un seul homme : de multiples protagonistes se succèdent
tout au long de ces textes dont on ne peut aisément définir
le genre ; des nouvelles un peu sombres à l'odeur de désespérance,
mais aussi des pamphlets à l'humour subtil, des épitaphes
ironiques, de drôles de haïku en prose, des historiettes
sarcastiques et des fragments où l'absurde aime à
pointer son nez...
Le fil conducteur obsessionnel de tous ces textes tient en peu de
mots : l'écriture et les écrivains. Jean-Jacques Nuel
jongle brillamment avec le thème, déployant de multiples
variations sur plusieurs tons : l'écriture est vue comme
une "maladie rare" (Les grands remèdes,
Tel père, tel fils) ou comme un bon filon commercial
(La Jurisprudence, L'hommage) ; la gloire
et la postérité, ces lourds fardeaux qui "pourchassent"
certains écrivains, sont traitées avec dérision
(Le Musée, Les ennemis) de même
que l'écrivain en quête de gloire, mais qui disparaît
corps et âme avec l'oeuvre unique de toute une vie, celle
qui devait lui apporter une reconnaissance posthume (L'épitaphe)
; mais l'auteur transmet aussi sa compassion et ses pensées
pour les "travailleurs" de l'ombre que la notoriété
n'a jamais daigné toucher, mais qui s'obstinent, comme Paul
dans L'infinie tristesse : "Les refus des
éditeurs sont comme des coups qui l'enfoncent, qui le font
rentrer sous la terre, qui ravivent la même blessure".
L'écrivain est aussi parfois prisonnier : de sa femme et
de la misère (Le cagibi) voire de ses propres
rituels, et Jean-Jacques Nuel décrit avec la poésie
du quotidien la routine de certains écrivains, comme de petits
instantanés de vie littéraire (Le thé,
La boulangerie Paul, Le marché de la poésie).
Ainsi, il examine aussi de près l'acte créatif, la
magie des combinaisons de mots et de signes, déconstruisant
le processus et ses secrets et lui donnant un sens précis
(Il, Les lignes, L'Angine, La phrase). D'autres textes
virent à l'absurde, évoquant des univers renversés
où les écrivains n'ont plus le même statut (Le
livre des morts, La radiation, Nocturne), dans un fantastique
subtil et fantaisiste qui sort des chemins battus et rappelle l'atmosphère
de certaines nouvelles d'Eric Faye.
Malheureusement, des mots s'égarent, et l'on ne peut combattre
cet oubli de l'esprit, comme dans On ne se baigne jamais deux
fois dans le même fleuve, où un écrivain
interrompu dans son travail par un coup de téléphone
inopportun ne peut ensuite retrouver les mots
qu'il était sur le point de noter ; on y lit l'expression
d'une angoisse face au temps qui passe, à l'écriture
qui sombre dans l'incognito, oubliée, et aux mots que l'on
perd sans avoir eu le temps de les écrire... Cette anxiété
se ressent dès le premier texte, très justement intitulé
La Perte, où l'auteur tente de s'accrocher
à quelques certitudes qui pourraient justifier la nécessité
d'écrire : "Un texte, ce n'est peut-être pas
très important. Ce sont juste des mots, de petits mouvements
de la plume dessinant sur la feuille des signes compréhensibles
par une faible partie de l'humanité. (...) Mais c'est la
seule façon de donner une idée, un frisson de l'éternel."
On découvre avec plaisir ces textes drôles, inventifs
et touchants, des textes qui fleurent bon l'authenticité
: ils posent sur les écrivains un regard de dérision
et de compassion, ils sont les témoins d'une pensée
autonome, libérée des contraintes commerciales, et
l'auteur use d'un humour habile et modeste, sans effets de style
grandiloquents ; un recueil que l'auteur lui-même définit
en quelques lignes dans... Les lignes : "C'est
l'histoire d'un écrivain qui n'écrit jamais d'histoires,
ou brèves alors, incomplètes ou interrompues, des
histoires qui ne sont que des fragments, du grain de texte, des
prétextes pour avancer sur la page. (...) Ecrire est pour
lui un verbe intransitif."
B.Longre
(avril 2002)

du même
auteur : le Nom (A Contrario, 2005)
Site
personnel de l'auteur
http://www.jeanjacquesnuel.com
L'éditeur
http://www.editinter.net/
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