Une oreille de chien
de Nathalie Quintane, illustré par Nelly Maurel

Editions du chemin de fer, 2007

 

Les éditions du Chemin de fer publient des ouvrages à deux voix, issus d’une rencontre inédite entre un auteur et un artiste. Leur objectif : laisser le champ libre à toutes les expressions contemporaines de la représentation et investir l'espace laissé vacant entre les mots et l'imaginaire pour renouveler la tradition du livre illustré.

 

Un livre petit, mignon, mais coriace.

C’est à première vue un joli petit livre de poche à rabat, un sympathique livre illustré qu’on peut feuilleter au lit sans se fatiguer les bras, glisser dans son sac le temps d’un voyage… ce n’est sans doute pas un hasard s’il est publié par les éditions du chemin de fer.
Mais les apparences sont trompeuses. Nathalie Quintane nous emmène pour une visite guidée de V., ville de province archétypale, avec ses lotissements et son philosophe célèbre du nom duquel on a baptisé rue, place, lycée. V. n’échappe pas à la mode des épithètes indispensables à une bonne communication : « ville fleurie », « ville sportive », et surtout – c’est beaucoup moins flatteur - « ville moyenne » dans tous les sens du terme.

Tout y est un peu étriqué, un peu étroit, à l’image de la situation géographique de la ville, coincée entre les montagnes. On identifie tour à tour telle ou telle ville connue sans pouvoir jamais savoir de manière certaine de laquelle il s’agit, car V. est à la fois une ville et toutes les villes. On pense bien sûr à Balzac et à ses descriptions de la « vie de province », mais aussi à Maurice Pialat racontant la « folie des petitesses » de la vie en pavillon individuel dans son premier film, L’amour existe.

A V. il n’y a finalement rien à voir, et pourtant à aucun moment on ne s’ennuie pendant cette promenade anti-touristique, grâce à la verve dont fait montre un narrateur particulièrement pince sans rire, dont la personnalité, bien qu’on ne sache rien de lui, perce à chaque détour de rue. Doucement moqueur, persifleur l’air de ne pas y toucher, il possède l’art de l’effleurement, aime s’arrêter à l’observation d’un détail en apparence insignifiant comme le crépi des murs ou le nombre de coiffeurs, parce que « le détail est révélateur d’un tout ».
La visite se révèle parsemée de peaux de bananes, petits dérapages méticuleusement contrôlés par le narrateur, qui prend un malin plaisir à nous égarer dans un lieu connu, nous faire perdre la raison dans cette « ville mathématique » de plus en plus énigmatique dans sa banalité.

Une oreille de chien, c’est un peu le chat et la souris, le narrateur joue avec nous, et même se joue de nous, de nos jugements sur son texte, il anticipe nos réactions, nous caresse dans le sens du poil pour mieux nous coller au pied du mur (crépi).

Quant aux images de Nelly Maurel, elles ne se contentent pas d’illustrer, mais dessinent presque une ville parallèle, ni vraiment réaliste ni complètement délirante, en parfaite adéquation avec le texte mi figue mi raisin de Nathalie Quintane.

Myriam Gallot
(décembre 2007)

Myriam Gallot, passionnée de littérature et de cinéma documentaire de création, exerce actuellement le métier de professeur de Lettres en lycée, mais aspire à vivre de l'écriture.
http://lemeilleurdesmondes.blogs.courrierinternational.com/

 

www.chemindefer.org

Faut-il à nouveau présenter les éditions du Chemin de fer ?

dans la même collection
La rivière - Annie Saumont, illustrations Anne Laure Sacriste

L'éditeur

On a marché sur la tête de Marie Le Drian, vu par Raphaël Larre, Editions du chemin de fer, 2006

Les éditions du chemin de fer ont la particularité de proposer des textes de fiction d’excellente qualité, accompagnés d’illustrations ; des ouvrages format poche qui mettent en vis à vis deux univers expressifs, l’un langagier, l’autre visuel, parfois contrastés ou d’autres fois en symbiose, comme ici avec les croquis décalés de cimetières de Raphaël Larre ; Albert-Léonard, un vieux célibataire, a en effet décidé, de son vivant, d’organiser ses funérailles. Il fait appel à une entreprise de pompes funèbres moderne et organisée, qui lui envoie une commerciale chargée de monter le contrat…
La narration est à la première personne mais ce court récit enlevé, un long dialogue ponctué de réflexions en aparté d’Albert-Léonard pourrait tout aussi bien être adapté pour le théâtre. La naïveté, la circonspection et l’étonnement du futur décédé face aux complexités inattendues de cet arrangement amusent beaucoup et la froideur détachée (toute professionnelle) de l’employée permet de mettre en exergue l’acidité et l’ironie qui se dégage de la démarche même du « vieux gars ». Une nouvelle pour plaisanter d’un sujet grave et rire des absurdités des vivants face à la mort. B. Longre (mars 2007)

 

L'auteur

Là-haut, nouvelle de Pierre Autin-Grenier, mise en peinture par Ronan Barrot , Les éditions du Chemin de fer, novembre 2005.

Au sommet de la colline, la « baraque bleue », où vient de mourir une vieille femme qui y demeurait recluse depuis on ne sait quand, recèle des mystères insoupçonnés. Les hommes robustes chargés de la vider, à mesure de leur exploration, découvrent des secrets à frémir : des boîtes aux étranges contenus, un portrait qui nous fait remonter à des origines familiales porteuses de malédiction et de mort, et encore… laissons au texte le soin de ses effets.
Les illustrations de Ronan Barrot, à grands traits sombres suggestifs et énigmatiques, s’adaptent précisément aux pages de cette nouvelle qui nous plonge dans les profondeurs lugubres du temps.
J-P. L. (nov. 2005)

A lire aussi : Un mariage en hiver d'Annie Saumont et Vincent Bizien, Les histoires de frères d'Arnaud Cathrine et Catherine Lopès-Curval, En noir et blanc de Henry Bauchau et Lionel D.