du mercredi 30 novemvre
au dimanche 18 décembre
L'animal du temps et L'inquiétude
Théâtre des Marronniers - Lyon, 2e


Valère Novarina a réalisé pour la scène deux adaptations du Discours aux animaux (publié chez P.O.L. en 1987) : L'Animal du temps en 1986 et l'Inquiétude en 1993, textes qui ont été créés par André Marcon.

Le diptyque (en alternance un soir sur deux) : 1. L'animal du temps, 2. L'Inquiétude. L'intégrale du Discours aux animaux sera présentée dimanche 18 décembre 2005.

La Compagnie Persona :
Renaud Lescuyer - metteur en scène
Serge Pillot - comédien
Claire Davy - scénographe
Ludovic Bouaud - éclairagiste

"Un homme parle à des animaux, c'est à dire des êtres sans réponse - des yeux muets - et ainsi il leur parle des choses dont on ne parle pas : de ce que nous vivons par exemple, quand nous sommes portés à nos extrêmes, écartelés, dans la plus grande obscurité et pas loin d'une lumière, sans mots et proches d'un dénouement. Séparé par la parole, il avance en sortant, toujours plus loin jusqu'à briser le personnage par tous côtés comme un condamné à interpréter l'homme et qui voudrait s'en défaire".

Théâtre des Marronniers
Renseignements et réservations :
04.78.37.98.17.

 

Novarina, artisan du verbe

« Animal, aniâmla, j’ai aimé l’animau, j’ai quitté la peau d’aniamnimal, j’ai quitté. Ce jour j’ai vu en vrai la scène de la renaissance d’un mort sans fond dont j’étais le fils espérin. »

Valère Novarina est un auteur dramatique qui occupe, sur la scène théâtrale et poétique contemporaine, une place insolite. L’originalité de son œuvre se manifeste dans la forme de la langue qu’il choisit pour traduire l’essentiel de l’être humain. Auteur de « La Scène », de « La chair de l’homme », de « L’Origine rouge », de « Le drame de la vie », Valère Novarina n’a pas cessé de s’étonner devant le phénomène du langage humain et d’explorer le vide de l’espace troué par la Voix. L’homme pour Novarina est aussi troué que l’espace, il souffle pour parler, prononce pour vivre et mourir, se meurt dans la vie pour ne pas mourir. Le souffle qui prend la forme de la voix troue et sort par le trou-bouche.
Le théâtre de Valère Novarina est un théâtre de la Parole, de devant et de dedans la parole. Dans ce théâtre, la parole est une sorte d’osmose orthophonique, dans son immensité elle contient le son, l’espace, l’action et le temps.
Pendant que le théâtre reste une (re)création, la parole, le Verbe du monde est un enchantement, une incantation, une matière subtile, presque palpable mais volatile, réelle et imaginaire, muable et pertinente.

« Les mots à la longue font les hommes - dit Valère Novarina. – Je pensais à une matière qui pourrait changer de couleur par elle-même, une matière qui pourrait produire quelque chose sans que l’idée d’une intervention s’impose. Comme si c’était la peinture qui peignait, c’était le bleu, le rouge, c’était le couleur qui peignait comme le sont les mots qui font apparaître l’homme ».
La langue – le langage humain, exprime l’homme. Elle s’exprime elle-même et se réjouit de sa propre beauté sonore qu’elle soit dépendante ou autonome. Puisque parler c’est « entrer et sortir de la caverne du corps humain à chaque respiration », parler c’est aussi s’échapper à son état corporel et se multiplier dans son état d’esprit.
L’homme – l’animal du temps, la bête, La Machine à Dire dont la parole peut être fatidique, l’homme qui affirme et qui nie, porte cette parole au-delà des limites de son propre être. L’acteur qui n(h)omme et appelle est le maître des « verbigérations muettes et des hurlements tus ». L’homme pour Valère Novarina est un acteur qui surgit sur le plateau du théâtre pour s’autodétruire et pour renaître aussitôt dans le même contexte dramatique. Il abandonne sa matière pour s’abandonner à la matière du Verbe. Le souffle et la voix deviennent le geste de l’acteur.
Valère Novarina, après Armand Gatti, devient un artisan du verbe, un fanatique du son et de l’expérience sonore. Aujourd’hui le poète passe à côté de l’image car c’est la parole qui crée et qui transforme peut-être le monde. Nommer qui signifie aussi traverser, créer (et non pas observer) est en effet une action première de l’homme. Le poète passe à côté de l’image car il trouve son inspiration dans les mots résonnants. La sonorité qui se manifeste dans la voix parolique/parabolique est une éruption, un jaillissement des intonations vibrantes.

Le théâtre de Novarina voudra aussi combattre les mots, faire fi de la vielle logique grammaticale, expérimenter, arracher les mots à la pesanteur, Dire la Parole Errante.…

Agata Mozolewska
(novembre 2005)


Fragment de l'Inquiétude :

"A Bossey, auprès de mon cerisier soudain de sept ans, je commençais déjà à perdre le goût de l'homme.
Sur ce, on me plaça huit ans en saison tout l'hiver. C'était à Orchin, à six kilomètres deux de Horchine-Ouest où j'obtins un Grand second Premier prix en Aberrance Terrestre. J'écrivais mes pensées numérotées au stylo-bille sur les cuisses des voisins. Puis les relevais sur un petit carnet vert tenu secret."

"Puis il rentra sans moi, puis se retira dans mon intérieur de moi d'où je sortis qu'une fois par an, pour pousser ut aux animaux. Il ne créa pas, il repoussa hors des mondes sa limite. Enfant, si Dieu s'est retiré d'ici, c'est rien que pour nous laisser parler tout seuls à son image. Alors j'ai répondu à mon corps : Reste avec moi garçon, car je suis comme un homme qui danserait pour se débarrasser d'un sac."

http://ciepersona.free.fr/