Valère Novarina, Théâtres du verbe
Editions José Corti, Les Essais.
Février 2001

 

« J'écris par les oreilles. Pour les acteurs pneumatiques. (…) Bouche, anus. Sphincters. Muscles ronds fermant not' tube.(…) Mâcher et manger le texte. Le Spectateur aveugle doit entendre, croquer et déglutir, se demander ce que ça mange là-bas sur ce plateau. »

Sur ces mots de Valère Novarina s'ouvre Le Théâtre des Paroles, et c'est à ce « repas de langue » que nous convient les Théâtres du Verbe.
Ce livre, le premier consacré à Novarina, se compose d'une série d'articles comme autant de scènes diverses sur lesquelles se joue l'anatomie du verbe novarinien.
Sous la direction d'Alain Berset, écrivains, linguistes, traducteurs, physiciens… s'adonnent à disséquer ce Babil, cette vergibération, cette matière verbale si déconcertante au premier abord. Parole faite de trous, d'espaces, de creusements, d'accumulations, d'expansions. Langue greffée de néologismes. Monstre hybride, refusant de s'enfermer dans les carcans de notre époque, de s'aliéner à la communication, dénonçant la « Novlangue » et la mécanique d'un langage télévisuel « qui sent la mort ».
Divisé en trois parties : L'écriture du corps, L'espace de la langue, et Traversées, l'ouvrage tente de saisir l'oeuvre novarinienne sous tous ses aspects, aussi bien scripturaires ( depuis Le Babil Des Classes Dangereuses jusqu'à L'Origine Rouge) que picturaux.
Le verbe Novarinien y est travaillé dans sa chair, dans sa mémoire, puis dans sa mise en espace, sa mise en corps, en souffle, son passage organique de la bouche à l'oreille, enfin dans son rapport à la toile et au pinceau. Hommage est rendu « aux jets d'encre et éclairs de peinture » de celui qui, en 1983, a dessiné les 2587 figures et les décors de toutes ses pièces, pour que son théâtre des oreilles soit aussi celui de la vue.
Diverses approches : linguistiques, politiques, bibliques, psychanalytiques et artistiques se succèdent. Et parmi ces articles pointus, largement illustrés, font irruption des lettres (notamment la correspondance avec Dubuffet), et des entretiens (paroles de comédiens ou de metteurs en scène). Comme si seul un livre polyphonique, pétri d' « offrandes imprévisibles », pouvait parvenir à cerner, dans une vision kaléidoscopique, l'œuvre polymorphe de Novarina.

Une même dynamique donne cependant une certaine unité à cet ouvrage, celle qui tend à montrer comment, excédant ses maîtres ( Michaux, Artaud, Beckett), échappant à toute classification générique, loin de toute narration et représentation, Novarina a su créer «  un nouveau statut de l'écrire », et délimiter un nouvel espace : le théâtre de la poésie.

Isabelle Bory



http://www.novarina.com

http://www.remue.net/novarina.html

http://www.jose-corti.fr/