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« J'écris
par les oreilles. Pour les acteurs pneumatiques. (…) Bouche, anus.
Sphincters. Muscles ronds fermant not' tube.(…) Mâcher et
manger le texte. Le Spectateur aveugle doit entendre, croquer et
déglutir, se demander ce que ça mange là-bas
sur ce plateau. »
Sur ces mots
de Valère Novarina s'ouvre Le Théâtre des Paroles,
et c'est à ce « repas de langue » que nous convient
les Théâtres du Verbe.
Ce livre, le premier consacré à Novarina, se compose
d'une série d'articles comme autant de scènes diverses
sur lesquelles se joue l'anatomie du verbe novarinien.
Sous la direction d'Alain Berset, écrivains, linguistes,
traducteurs, physiciens… s'adonnent à disséquer ce
Babil, cette vergibération, cette matière verbale
si déconcertante au premier abord. Parole faite de trous,
d'espaces, de creusements, d'accumulations, d'expansions. Langue
greffée de néologismes. Monstre hybride, refusant
de s'enfermer dans les carcans de notre époque, de s'aliéner
à la communication, dénonçant la « Novlangue »
et la mécanique d'un langage télévisuel « qui
sent la mort ».
Divisé en trois parties : L'écriture du corps, L'espace
de la langue, et Traversées, l'ouvrage tente de saisir l'oeuvre
novarinienne sous tous ses aspects, aussi bien scripturaires ( depuis
Le Babil Des Classes Dangereuses jusqu'à L'Origine
Rouge) que picturaux.
Le verbe Novarinien y est travaillé dans sa chair, dans sa
mémoire, puis dans sa mise en espace, sa mise en corps, en
souffle, son passage organique de la bouche à l'oreille,
enfin dans son rapport à la toile et au pinceau. Hommage
est rendu « aux jets d'encre et éclairs de peinture »
de celui qui, en 1983, a dessiné les 2587 figures et les
décors de toutes ses pièces, pour que son théâtre
des oreilles soit aussi celui de la vue.
Diverses approches : linguistiques, politiques, bibliques, psychanalytiques
et artistiques se succèdent. Et parmi ces articles pointus,
largement illustrés, font irruption des lettres (notamment
la correspondance avec Dubuffet), et des entretiens (paroles de
comédiens ou de metteurs en scène). Comme si seul
un livre polyphonique, pétri d' « offrandes imprévisibles »,
pouvait parvenir à cerner, dans une vision kaléidoscopique, l'œuvre
polymorphe de Novarina.
Une même dynamique donne cependant une certaine unité
à cet ouvrage, celle qui tend à montrer comment, excédant
ses maîtres ( Michaux, Artaud, Beckett),
échappant à toute classification générique,
loin de toute narration et représentation, Novarina a su
créer « un nouveau statut de l'écrire », et délimiter
un nouvel espace : le théâtre de la poésie.
Isabelle
Bory

http://www.novarina.com
http://www.remue.net/novarina.html
http://www.jose-corti.fr/
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