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Avec Marie Payen,
Cécile Richard, Camille Japy, Eric Bonicatto, Sami Bouajila,
Sarah Grappin
Jean-Michel Portal, Alain Beigel, Olivier
Py
C'est sur un
air mélancolique que s'ouvre la toute première séquence
: Julie, assise sur un lit, est sur le point de quitter l'hôpital
après avoir tenté de se suicider. Ses deux amies Emilie
(plutôt bourgeoise et un peu coincée) et Cécile
(l'antithèse de la précédente) viennent la
chercher. Elles s'installent toutes trois dans un vieil appartement
parisien, et lors du déménagement, Julie fait la connaissance
d'Ali, étudiant marocain qui travaille au noir dans un restaurant.
Lucas, le cuisinier du lieu, vit avec Sylvie, mais sa jalousie le
rend violent et se sentant seul, il se lie d'amitié avec
un client, François, galeriste homosexuel (mais ça,
Lucas ne le sait pas encore). Ali (qui entre temps est tombé
amoureux de Julie), dont on vient de supprimer la bourse d'études,
se retrouve clandestin et est recueilli par Jean-Paul, militant
chrétien et bénévole au Secours Catholique.
La pléthore
de personnages peut donner le tournis, mais on ne perd pourtant
jamais pied dans ce dédale de personnalités; en effet,
peu de scènes de groupes dans ce long-métrage, mais
de nombreux tête-à-tête permettant de découvrir
chacun d'entre eux de façon approfondie, nous les révélant
parfois dans ce qu'ils ont de plus intime et dans leurs relations
aux autres. L'approche est très réaliste et ces destins
entrecroisés, ces tranches de vie (et on ressent ici le fait
que le réalisateur se soit d'abord essayé au court-métrage)
sont d'une vitalité étonnante. Chaque personnage est
attachant tant il/elle nous ressemble. Jacques Maillot nous les
rend ainsi très proches de par sa technique filmique : caméra
sur le même plan que les acteurs, les suivant dans tous leurs
mouvements. Comme le souligne le cinéaste :"je déteste
la position de l'auteur qui surplombe et qui regarde les choses
un peu comme on regarde des insectes dans un aquarium. Moi, je suis
au même niveau que mes personnages". Cette approche fait
qu'une authentique chaleur humaine se dégage du tout, et
la bienveillance et l'affection que le réalisateur peut ressentir
est transparente, malgré leurs défauts, leurs faiblesses
(même Jean-Paul, le catholique au côté boy-scout
un peu irritant, a ses limites et ne supporte plus sa solitude sentimentale).
Ne nous méprenons
pas, ce film n'a rien d'une comédie et on est loin du genre
"bande de copains qui s'amusent et dînent ensemble"
; la violence (morale ou physique) peut sourdre dans certaines scènes
à la limite du documentaire, comme lorsque Cécile,
la photographe, se fait passer à tabac, ou que le désespoir
de Julie est à son comble, à l'idée qu'elle
a pu trahir Ali. On a véritablement le sentiment d'observer
des humains de chair et de sang, et non des personnages fictifs
ou monolithiques. On ne bascule qu'à de rares occasions dans
le cliché ou l'archétype (peut-être par moments
dans le cas d'Ali, le clandestin) et jamais dans la facilité.
Il est vrai
que les thèmes abordés n'ont rien d'original parce
que très actuels (les sans-papiers, l'avortement, l'homosexualité,
le chômage, le racisme, la religion ...) mais ne sont jamais
amenés avec lourdeur, toujours subtilement, sans moralisme
appuyé. Néanmoins, ce qui semble intéresser
Jacques Maillot avant toute autre chose, c'est le regard que ses
personnages portent sur leur monde, le nôtre, et comment ils
arrivent (ou pas) à s'en sortir. On regrette néanmoins
que certains aient été abandonnés en route
(Lucas, ou Sylvie, la gérante du restaurant, ou encore François,
excellent Olivier Py). Mais Cécile fait le lien, le fil conducteur
étant ses photos : elle prend tout ce qui vit autour d'elle,
se servant de l'appareil pour entrer en contact avec les autres.
Son exposition ferme la boucle (presque à la fin du film),
rassemblant tous les protagonistes, enfin révélés
par l'objectif (superbes photos de Céline Larmet).
Du cinéma "vrai", qui émeut et interroge.
A voir sans faute, sans tenir compte des critiques négatives
qui ont accueilli le film lors du dernier festival de Cannes !
B.Longre

http://www.00h00.com/arte/scenars/viesheureuses/
http://www.festival-cannes.fr/films/fiche
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