Un film de Friedrich Wilhelm Murnau
Scénario : Henrik Galeen
(d'après Dracula de Bram Stoker)

Allemagne, 1922
Durée : environ 1h05

Musique de Gérard Hourbette et Thierry Zaboïtzeff
avec le groupe Art Zoyd

Le vendredi 27 à 20h30 et le samedi 28 octobre 2000 à 20h à l'Auditorium de Lyon

 

Voir aussi la Chronique portant sur Dracula de T. Browning

En partenariat avec l'Institut Lumière, l'Auditorium de Lyon propose cette saison 6 " ciné-concerts ", 6 grands classiques du 7e art mis en musique par différents ensembles (l'Orchestre national de Lyon et bien d'autres). Le samedi 28 octobre, l'ensemble électroacoustique français, Art Zoyd, inaugurait la série et mettait en musique le chef-d'œuvre de Murnau, Nosferatu. Un spectacle créé en 1988 au Festival des Inattendus de Maubeuge. Le programme était pour le moins alléchant : un film sublime et un groupe novateur et talentueux. Mais le choc tant attendu s'est avéré finalement relativement décevant…
Il n'est pas question, ici, d'écrire une critique du film de Murnau (sur lequel tout, ou presque, a déjà été dit), ni de la musique d'Art Zoyd (que l'on suit depuis 10 ans avec admiration), mais d'analyser une rencontre et un dispositif hétérogène, ayant pour but de créer un univers nouveau, une œuvre en soi, au-delà de la simple addition d'un film et d'une création musicale. Dans l'espace immense de l'Auditorium, le dispositif mis en place peut être décrit succinctement : un écran géant dressé sur la scène, quatre musiciens scindés en deux groupes sur chaque côté de l'écran et éclairés par une lumière diffuse. Instruments classiques (cordes, cuivres et percussions) voisinent avec des synthétiseurs, des échantillonneurs et autres bandes sonores. D'emblée une question se pose : celle du volume imposant de ce lieu prévu pour des ensembles symphoniques. La projection et la formation de quatre musiciens seulement ont des difficultés à occuper cette immensité où les images et les sons se perdent peu à peu.
Puis une autre : que regarder ? Le film ? Les musiciens mis en avant et en lumière ? L'œil du spectateur zappe de l'un aux autres, éperdu, sans pouvoir se fixer. Etait-il, en effet, nécessaire qu'Art Zoyd se mette en scène, même si les lumières restent tamisées et les mouvements des musiciens, discrets ? Cette mise en avant du groupe finit par " parasiter " le film.
En ce qui concerne la rencontre alchimique entre la matière celluloïd et les ondes sonores, là aussi le résultat n'est pas convaincant. Rappelons que Nosferatu est le film phare de l'expressionnisme cinématographique. Les affects qui traversent les personnages sont soulignés avec génie : la peur, l'étrangeté, la surprise ou le désarroi sont donnés à voir par des jeux de lumière (clair-obscur), des mouvements de caméra, des angles novateurs, des zooms accompagnés d'un halo lumineux circulaire, etc.. Murnau use et abuse de procédés filmiques nouveaux visant à plonger le spectateur dans l'effroi et le trouble fantastique. Il y avait donc avec ce film une difficulté : éviter une illustration sonore qui serait redondante avec l'expressionnisme outré de l'oeuvre. Il s'agissait d'ajouter un trouble nouveau et d'inventer des lignes mélodiques décalées par rapport à la rhétorique des images, se suffisant à elle-même. Or, Art Zoyd achoppe sur cet écueil et, trop souvent, tombe dans le piège d'une musique qui ne fait que répéter en écho les messages du montage et du cadrage. Le suspense est surligné, les scènes clefs sont jouées avec une amplitude édifiante et force percussions…
Il est d'ailleurs symptomatique que l'un des plus beaux passages de ce " ciné-concert " soit celui de l'annonce de la peste par un tambourinaire dans les rues de Brême. Pendant cette séquence la musique s'efface, à peine présente, et soudain une beauté émerge de cette rencontre entre un son esquissé et un plan sur une fillette penchée à la fenêtre. Lorsqu'elle revient à des chemins minimalistes, la formation s'avère capable des plus grands effets ! La musique et les images, alors, s'élèvent vers une puissance nouvelle légitimant l'entreprise d'Art Zoyd.
Des moments trop rares cependant, noyés parmi les nombreuses séquences où la musique du groupe " vampirise " les images de Murnau et les étouffe par sa redondance ou ses effets trop appuyés.

Jean-Emmanuel Denave

Une page très détaillée
http://www.france2.fr/dracula/dracul4.htm#nosferatu

Dracula et Bram Stoker
http://personal.inet.fi/surf/dracula/dmain.htm

un article du Monde consacré à Dracula
http://www.lemonde.fr/article/0,2320,dos-2828-18759-QUO-1-2031-,00.html

Une page complète
http://www3.sympatico.ca/philippe.lemieux2/nosferat.htm

Art Zoyd
http://www.cicv.fr/reseau/epidemic/geo/art/artzoyd/

Un film à venir
http://bane.pacificnet.net/beta/index.html

Avec
Nosferatu : Max Schreck
Renfield : Alexander Granach
Nina Harker : Greta Schroder-Matrey
Jonathan Harker : Gustav von Wangenheim
Westerna, ami de Harker : Karl Etlinger
Lucy Westerna : Ruth Landshoff
L'aubergiste : Guido Herzfeld
Le capitaine : Gustav Nemetz
Les docteurs : Gustav Botz, Hardy von François, John Gotthart...