North
de Brian Martin
Macmillan New Writing, 2006

 

 


Manipulations, tentations, érudition…

Professeur de littérature dans une école privée d’Oxford, fin connaisseur du poète Milton, le narrateur déroule, tout au long du roman, sa fascination pour l’un de ses élèves — North, un garçon de 17 ans, intellectuellement précoce, élégant et insondable, qui ne craint pas de se mêler à l’univers des adultes qui l’entourent pour mieux les manipuler : Bernie, une jeune enseignante, qu’il séduit rapidement, puis Monty, un autre de ses professeurs, et enfin le narrateur, avec lequel il entretient une relation purement cérébrale, mais tout aussi perverse et ambivalente.

North est certes une énigme mais le narrateur n’est pas moins troublant et l’obsession (ou l'amitié, c'est selon) qu’il nourrit pour cet élève hors du commun ne laisse aucun répit à son esprit. North ne quitte pas ses pensées, Bernie et Monty non plus, pris au piège des stratégies émotionnelles de North qui vit cela comme un jeu. Le narrateur s’inquiète pour ses collègues, échafaude hypothèses et probabilités, avec une rigueur analytique qui tourne au ressassement, tout en admirant la manière dont le jeune homme parvient à atteindre ses objectifs, même s’il le voit parfois comme foncièrement maléfique, l’associant souvent au Satan du Paradis Perdu de Milton ; mais il est devenu le confident exclusif de North, une position délicate qui le flatte et lui fait croire qu'il serait à l’abri des machinations de son élève. Une certitude qu’infirment sans cesse plusieurs incidents ; de simple témoin des moeurs de ses contemporains, il devient peu à peu l'un des acteurs dans ce qu’il se plaît à appeler un « jeu de l’amour », implacablement mené par le jeune homme.

Mais du narrateur, cet homme déjà mature qui mène une vie solitaire et paisible et qui travaille par plaisir et non par nécessité, on ne sait pratiquement rien : quelques références à une vie privée minimale, des informations parcimonieuses sur son passé ou sur son épouse absente (qui serait vivante mais qui aurait été victime d’un grave accident) qu'il mentionne moins souvent que son chat... Pourquoi tant de réticence à se dévoiler ? Que dissimule-t-il ? Le lecteur doit se raccrocher à quelques maigres indices afin de construire une image (fiable ?) de cet homme dont l'existence semble désormais soumise à la volonté de North - quand bien même il ne cesserait de s'en défendre...

Brian Martin, professeur et critique littéraire depuis une quarantaine d’années, signe là son premier roman, une œuvre tragique et sombre, un thriller psychologique qui ne manque pas de qualités (l’érudition du narrateur y étant pour beaucoup) ; et en dépit de quelques longueurs, North fait par instants penser à Théorème de Pasolini, à certains romans de Henry James, pour les subtilités psychologiques qui s’enchaînent et nous étourdissent un peu par leur complexité stylistique retorse, ou encore au roman de Vanessa Jones, The kindest use a knife, pour l’atmosphère oppressante qu’engendre une narration univoque et trompeuse…

Blandine Longre
(avril 2006)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

http://www.macmillannewwriting.com

Macmillan New Writing est une nouvelle collection dirigée par Michael Barnard et appartenant au groupe Macmillan, qui s'est donnée pour objectif de ne publier que des "premiers romans". C'est donc six romans, appartenant à divers genres, qui sortent en ce mois d'avril 2006.