Manipulations, tentations, érudition…
Professeur de
littérature dans une école privée d’Oxford,
fin connaisseur du poète Milton, le narrateur déroule,
tout au long du roman, sa fascination pour l’un de ses élèves
— North, un garçon de 17 ans, intellectuellement précoce,
élégant et insondable, qui ne craint pas de se mêler
à l’univers des adultes qui l’entourent pour
mieux les manipuler : Bernie, une jeune enseignante, qu’il
séduit rapidement, puis Monty, un autre de ses professeurs,
et enfin le narrateur, avec lequel il entretient une relation purement
cérébrale, mais tout aussi perverse et ambivalente.
North est certes
une énigme mais le narrateur n’est pas moins troublant
et l’obsession (ou l'amitié, c'est selon) qu’il
nourrit pour cet élève hors du commun ne laisse aucun
répit à son esprit. North ne quitte pas ses pensées,
Bernie et Monty non plus, pris au piège des stratégies
émotionnelles de North qui vit cela comme un jeu. Le narrateur
s’inquiète pour ses collègues, échafaude
hypothèses et probabilités, avec une rigueur analytique
qui tourne au ressassement, tout en admirant la manière dont
le jeune homme parvient à atteindre ses objectifs, même
s’il le voit parfois comme foncièrement maléfique,
l’associant souvent au Satan du Paradis Perdu de
Milton ; mais il est devenu le confident exclusif de North, une
position délicate qui le flatte et lui fait croire qu'il
serait à l’abri des machinations de son élève.
Une certitude qu’infirment sans cesse plusieurs incidents
; de simple témoin des moeurs de ses contemporains, il devient
peu à peu l'un des acteurs dans ce qu’il se plaît
à appeler un « jeu de l’amour », implacablement
mené par le jeune homme.
Mais du narrateur,
cet homme déjà mature qui mène une vie solitaire
et paisible et qui travaille par plaisir et non par nécessité,
on ne sait pratiquement rien : quelques références
à une vie privée minimale, des informations parcimonieuses
sur son passé ou sur son épouse absente (qui serait
vivante mais qui aurait été victime d’un grave
accident) qu'il mentionne moins souvent que son chat... Pourquoi
tant de réticence à se dévoiler ? Que dissimule-t-il
? Le lecteur doit se raccrocher à quelques maigres indices
afin de construire une image (fiable ?) de cet homme dont l'existence
semble désormais soumise à la volonté de North
- quand bien même il ne cesserait de s'en défendre...
| 
|
Brian
Martin, professeur et critique littéraire depuis
une quarantaine d’années, signe là son
premier roman, une œuvre tragique et sombre, un thriller
psychologique qui ne manque pas de qualités (l’érudition
du narrateur y
étant pour beaucoup) ; et en dépit de quelques
longueurs, North fait par instants
penser à Théorème de Pasolini,
à certains romans de Henry James, pour les subtilités
psychologiques qui s’enchaînent et nous étourdissent
un peu par leur complexité stylistique retorse, ou
encore au roman de Vanessa Jones, The kindest
use a knife, pour l’atmosphère
oppressante qu’engendre une narration univoque et
trompeuse…
Blandine
Longre
(avril 2006)
|
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.macmillannewwriting.com
Macmillan
New Writing est une nouvelle collection dirigée
par Michael Barnard et appartenant au groupe Macmillan, qui s'est
donnée pour objectif de ne publier que des "premiers
romans". C'est donc six romans, appartenant à divers
genres, qui sortent en ce mois d'avril 2006.
|