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Pour
tout savoir sur le métier de thanatopracteur
et autres activités mystérieuses pratiquées
en la ville d’Auxerre
La ville d’Auxerre
est le terrain d’étranges événements.
Il ne s’agit pas (seulement) des crimes d’Emile Louis,
mais d’autres meurtres ou disparitions inexplicables, inexpliquées
en tout cas jusqu’aux dernières pages du roman. Roman
foisonnant, drôle, tragique, haletant, macabre, humoristique,
grand-guignolesque, satirique, savant, cocasse, épique, pathétique,
dont l’épaisseur littéraire est faite de tous
les registres et de tous les événements qui se succèdent
et se superposent sans relâche. Au lecteur pourtant revient
la tâche de percer les non-dits (auxquels l’auteur,
qui n’est pas en reste d’humbles allusions autoréférentielles,
dresse au passage «une stèle», «monument»
dédié «aux secrets et aux hontes, aux pudeurs
et à l’indicible, au trop complexe, au trop douloureux,
à l’insaisissable, à l’inarticulable,
à l’ineffable»), et de deviner qui sera
finalement le véritable romancier, celui qui tire vraiment
les ficelles de cette Divine Comédie ou de cette
Comédie humaine.
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Car
ils sont bien humains, les personnages qui grouillent dans ces
pages ; en proie au mystère, mais bien humains, entre
réalité et fiction. Il y a le narrateur, Christophe
Régnier, auxerrois bon teint (si tant est que cela existe),
enquêteur dilettante, qui s’intéresse aux
«premières fois» et les met en fiches ; entre
autres : «Quand, pour la première fois, a-t-on
dépassé sur les routes françaises les cent
morts par jour ?» «Quand a-t-on pour la première
fois au XXe siècle dépassé les cent mille
morts dans un génocide ?» «Quand, pour la
première fois, la couche d’ozone qui entoure la
terre a-t-elle été trouée ?»…
Il y a sa compagne Eglantine et Prune la sœur de celle-ci
; il y a Morawski le bibliothécaire, Cluzot le commissaire,
Quentin le jeune séducteur, l’oncle Aubin, vieil
anarchiste, une quantité innombrable de figures pittoresques…
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Il y a surtout
Monsieur Léonard, l’Embaumeur, voisin de Christophe,
qui se laisse volontiers fasciner par ses activités morbides
: il saura tout sur les techniques qui permettent de conserver les
cadavres en attente de funérailles, détails macabres
à souhait, dans lesquels la mort devient œuvre d’art.
Métier
des plus sérieux et des plus passionnants que celui d’embaumeur,
rappelant par exemple que ce que nous nommons la vie se réduit
souvent à des apparences : celles que l’on fournit
aux autres, dans les lieux publics ou dans les salons à la
mode, et jusque dans les entretiens intimes et les tête-à-tête
amoureux. L’auteur s’adonne avec de périodiques
délices à la satire sociale, indulgente ou sans pitié,
par exemple dans de belles scènes où s’agitent
de jeunes néo-situationnistes venus bouleverser l’ordre
établi des rites littéraires officiels ou d’atrabilaires
tribuns de comices culturels mêlés à des PDG
snobs et ridiculement anglo-américanomanes. La « soirée
Sollers-Angot-Houellebecq » organisée dans le
stade de football, devant une foule de supporters agités,
est un mémorable et impayable morceau de bravoure (ou d’anthologie).
Jean-Pierre Mocky (dont Dominique Noguez a été par
ailleurs dialoguiste) pointe sans vergogne son nez ironique entre
les lignes.
Tout compte
fait et malgré les apparences, la fiction n’est pas
très éloignée de la réalité,
et ce roman aux allures débridées mais à la
construction parfaitement maîtrisée est une vraie affaire
de vie et de mort.
Jean-Pierre
Longre
(décembre 2004)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

Dominique
Noguez
est membre de l’Académie de la Carpette anglaise, et
c’est tout à son honneur. Rappelons que la Carpette
anglaise, « prix d’indignité civique »,
est attribuée à une personnalité « qui
s’est particulièrement distinguée par son acharnement
à promouvoir la domination de l’anglo-américain
en France au détriment de la langue française ».
Les derniers lauréats en sont Claude Thélot et Jean-Claude
Trichet.
Voir à ce propos la revue Lettre(s), éditée
par l’Asselaf «pour la sauvegarde et l’expansion
de la langue française», n° 38, novembre 2004.
asselaf@wanadoo.fr
http://www.asselaf.org
http://www.fayard.fr
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