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Eux
et nous
Il s’agit
du récit d’une rencontre improbable, celle d’une
jeune fille « normale » de 13 ans, Lou, avec une autre
jeune fille à peine plus âgée qu’elle,
No (pour Nolween), qui vit dans la rue. Mais en réalité
ce roman va bien plus loin qu’un témoignage de fiction
sur une situation sociale : il tourne autour de la rencontre de
différentes solitudes. Celle de No, tout d’abord, terrible
et irréparable hors cet attachement fragile. Celle de Lou,
dans sa situation d’enfant surdouée d’abord,
en seconde à 13 ans, dont on voit très vite que ses
difficultés de communication avec les autres viennent d’ailleurs
et d’une histoire douloureuse. Celle de sa mère, enfermée
dans un chagrin, celle de son père qui fait semblant, celle
de l’ami cancre Lucas qui vit livré à lui-même.
On voit ainsi déclinées plusieurs figures de parents
absents, très différentes les unes des autres et cependant
toutes destructrices.
L’aspect « documentaire » n’en est pas moins
présent, avec l’évocation de la vie de No, de
ses différentes solutions pour s’abriter, se laver,
se nourrir, de ses relations avec les autres sans abris et surtout
des raisons qui ont mis tous ces gens à la rue et qui les
empêchent d’en sortir.
Le récit est rythmé, bien mené, avec des temps
forts et des pauses : on voit comment la présence de No agit
comme un catalyseur sur les différents personnages de l’histoire,
et notamment sur Lou qui grâce à elle commence à
sortir de sa paralysie et de son isolement et prend conscience de
leur origine. On voit aussi comment un personnage comme celui de
No peut en entraîner d’autres dans sa chute.
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La
fin, qui évite dans les dernières pages une
catastrophe générale, tout en l’ayant
bien amorcée, n’est ni totalement heureuse ni
totalement malheureuse. Elle permet ainsi d’aborder
un sujet difficile avec douceur mais sans angélisme
et en disant très clairement que l’approcher
revient à faire le constat de son impuissance. L’auteur
cherche cependant à éviter de se mettre du côté
d’un défaitisme radical malgré le portrait
qu’elle trace dans son livre : ultime remord de qui
a mené son personnage plus loin qu’il n’aurait
voulu ? ou volonté de ne pas désespérer
les lecteurs les plus désireux d’alléger
le malheur d’autrui ?
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(septembre 2007)
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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