L’histoire de Noé
Stéphanie Rosenheim et Elena Odiozola
Faribole, 2007

 

 

Fariboles bibliques


Ici Faribole, nouvelle maison d’éditions de Media Participations, choisit de reprendre un grand classique, l’histoire de Noé, ou plutôt (le titre est trompeur) celle de l’arche de Noé (c’est vrai que la suite de son histoire n’est guère présentable pour de petits enfants… ivresse, et tout ce qui s’ensuit).
Dieu est en colère parce que les hommes ne s’entendent pas. Noé s’entend avec tout le monde, donc il est choisi. Voilà la question du bien et du mal simplifiée à l’extrême (« la terre était corrompue devant Dieu, et remplie d’iniquité » dit la Genèse). Est-ce cela, adapter et mettre « à la portée des enfants » ? C’est-à-dire au niveau du monde étriqué qu’on leur suppose ? La quatrième de couverture dit que cette adaptation, « interprétation fabuleuse », est un conte « humaniste » : quel sens a ce mot ici ? Comme le monde est rétréci ! Les éditeurs ont-ils bien réfléchi avant de choisir le nom de « fariboles » pour leur maison d’édition ?
Nulle part il n’est dit clairement que le déluge a pour but d’exterminer tous les êtres vivants sauf une famille de chaque espèce : le texte dit seulement que Dieu veut « laver la terre de toute cette colère ». En fait, c’est l’album qui lave entièrement la colère divine, la gomme totalement.
Tout cela fait un peu le grincheux, mais quand même : les textes fondateurs ne sont pas Boucle d’or. On a le droit de ne pas les aimer, de vouloir les oublier. On a aussi le droit de broder à condition de proposer un titre qui indique le décalage (façon Alain Serres et ses Etonnants animaux que le fils de Noé a sauvés, album merveilleux et fantaisiste). Mais choisir ces textes donne une responsabilité.

Cette (petite) colère passée, disons que pour ceux qui veulent des textes sans problèmes, des histoires sans arrière-plan et pour qui la culture est un verni, c’est parfait : les images d’Elena Odriozola sont très jolies, mieux que jolies, mêmes, gracieuses, dramatiques (un peu) et ouvrant de grandes perspectives, délicieuses. C’est une illustratrice de grand talent. Le texte est simple et disposé de façon aérée dans la page. Le déluge est une partie de plaisir (voila que je recommence…), enfin, tout finit bien.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(janvier 2008)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.