«
un geste humain, aussi infime soit-il. »
Xavier, un homme à la vie bien ordonnée, médecin
le jour et restaurateur le soir, lutte contre une solitude dans
laquelle il semble d’abord se complaire quelque peu –
par goût de la liberté et dégoût des convenances
– mais dont il souffre profondément, malgré
la présence d’une mère âgée à
laquelle il est très attachée. Quand surgit dans son
existence une jeune femme, incarnation de son idéal, mais
inaccessible et déjà amoureuse d’un autre, le
manque et le désir engendrent en lui des réactions
physiques incontrôlables, presque pathologiques, et des symptômes
psychologiques qui se rapprochent, entre autres, de la paranoïa.
Le narrateur, ultra sensible à son environnement –
susceptible de jouer sur ses humeurs –, le décrit minutieusement,
à l’instar de ses états d’âme et
de ses dérapages, parfois calculés, entre fébrilité,
sérénité et introversion, fatalisme et regain
d’espoir. Une minutie quasi monocorde, qui participe cependant
de la construction d’un décor souvent apaisant, par
instants irréel, en contraste avec l’agitation intérieure
du protagoniste et la menace sourde qui plane, presque imperceptible,
sur le récit.
La quête de Xavier peut se résumer simplement : conquérir
l’âme sœur et vivre en harmonie avec elle. Une
simplicité à l’image de la langue sobre, retenue,
qui parfois se charge de répétitions – en écho
aux ressassements du narrateur ; des répétitions qui
expriment aussi son besoin de formuler les choses avec limpidité,
comme pour se donner l’illusion de contrôler son existence.
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Et malgré
cette simplicité de surface, Nils Trede, dont c’est
là le premier roman, a imaginé un personnage
complexe, pétri de contradictions, un homme qui tente
de se bâtir des points d’ancrage et une histoire
qui ne se soit pas qu'une longue errance. Au-delà
des singularités de l’intrigue, l’auteur
parle de la solitude et des frustrations qu’elle entraîne
avec une sensibilité et une acuité remarquables
(sans oublier les tentations factices qui s'offrent aux
solitaires, auxquelles le personnage refuse de céder,
par crainte de perdre son intégrité) : «
Je sais que la solitude, cette solitude qui s’est
imposée, qui ne laisse aucune chance de lui échapper,
est le pire des maux. Et pourtant, même si la solitude
est définitive, on ne peut pas rester en place, on
ne peut pas attendre, il faut bouger avant qu’elle
nous tue. Elle fait naître une agitation immaîtrisable,
un besoin impératif de fuir, de chercher un autre,
un mot, un geste humain, aussi infime soit-il. »
Bouger, fuir, s'agiter... tout, plutôt que de subir
une lente fossilisation.
B.
Longre
(août 2008)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://www.quidamediteur.com
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