Le vendeur de nids d'hirondelles
Anthologie de nouvelles chinoises
choisies, traduites du chinois et éditées par Françoise Naour
Bleu de Chine, 2007

 

 


Sept nouvelles pour un pays

"Le bric-à-brac de l'humaine condition"

Selon Françoise Naour, c'est ce "bric-à-brac" qui lie les uns aux autres tous les peuples de la terre, au-delà des barrières culturelles ou des différences linguistiques : les menus faits du quotidien, les petits métiers, les tragédies ordinaires et la survie au jour le jour. Les petites gens sont ainsi à l'honneur dans cette anthologie qui propose une sélection de nouvelles écrites entre 1988 et 2003, par des auteurs (YANG Dazhen, FEI Yu, LI Zhenwei, CAO Junqing, CHEN Wu et ZHOU Daxin) nés dans les années cinquante, qui connaissent bien les milieux dont ils parlent ici, en particulier la ruralité et les conditions de vie dans les campagnes ou les petits bourgs.

Ce sont avant tout les inégalités sociales qui apparaissent en creux tout au long de ces textes, ainsi que l'obsession associée à l'argent (ou au manque d'argent), qui remplit désormais les esprits ; le protagoniste de Trois vieux ormes, Jiawen, rêve de billets de banque tandis que sa femme, "consommatrice frustrée", réclame une moto, que son maigre salaire d'enseignant ne lui permet pas d'acheter. Une nouvelle alerte, au style vivifiant, dans laquelle l'auteur ne mâche pas ses mots et s'en prend ouvertement aux nantis qui "s'engraissent" alors que tous les autres vivotent. Mais contrairement à certains, Jiawen n'est pas le plus à plaindre ; Che Xiaomin (Vie et mort ordinaires du coolie Che Xiaomin), certains jours, ne parvient pas à gagner ne serait-ce qu'un fen (un centième de yuan...) pour nourrir sa famille et quand son fils tombe malade ou que le chef du village réclame les impôts (400 yuans), il faut se résoudre à vendre un des deux cochons. Les seuls petits plaisirs qu'il s'accorde : acheter des beignets sucrés à ses enfants ou un bonbon à sa femme, qui retrouve alors le sourire.

Souvent, la simplicité et la frugalité du monde paysan sont opposées à la jungle urbaine et à ses dévoiements, où certains vivent quelques mésaventures, comme ce vendeur de nids d'hirondelles un peu rustre (dans la nouvelle qui donne son titre au recueil), moqué puis roulé par les citadins, ou comme cette jeune paysanne qui accepte un emploi de nourrice chez une femme entretenue, "Grande soeur Yin", et se retrouve confrontée à un univers étonnant - sans pour autant se départir de son bon sens campagnard (Une vie moderne). En ville, tout est transformé, la beauté se fait laideur ; même la neige n'est plus la même ("la neige sur la ville n'avait plus de sens, c'était frivole, c'était n'importe quoi") dans la très symbolique Histoire du paysan qui s'en vint a la ville pour y vendre des violons, qui s'achève sur "l'écho d'une musique de karaoké et l'odeur rance des brochettes de mouton.", dans une ville qui "contrariait la marche immuable de l'univers", étourdissante et bruyante.

Les petites gens et les laissés-pour-compte, au centre de ces récits pour la plupart assez cocasses, peuplés de personnages pittoresques et attachants, sont loin d'être à la marge de la société et constituent l'écrasante majorité de la population chinoise, comme le souligne Françoise Naour, qui présente ainsi la Chine de 2006 : "Sur un bord, une grosse poignée de parvenus, aussi arrogants que gras ; sur l'autre, une foule de presque misérables, qui se contentent de moins que peu ; entre les deux, ce qu'il est convenu d'appeler les classes moyennes, quelques millions de happy few..."

Blandine Longre
(juin 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

Chine, du côté des livres

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