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Sept nouvelles pour un pays
"Le
bric-à-brac de l'humaine condition"
Selon
Françoise Naour, c'est ce "bric-à-brac"
qui lie les uns aux autres tous les peuples de la terre, au-delà
des barrières culturelles ou des différences linguistiques
: les menus faits du quotidien, les petits métiers, les tragédies
ordinaires et la survie au jour le jour. Les petites gens sont ainsi
à l'honneur dans cette anthologie qui propose une sélection
de nouvelles écrites entre 1988 et 2003, par des auteurs
(YANG Dazhen, FEI Yu, LI Zhenwei, CAO Junqing, CHEN Wu et ZHOU Daxin)
nés dans les années cinquante, qui connaissent bien
les milieux dont ils parlent ici, en particulier la ruralité
et les conditions de vie dans les campagnes ou les petits bourgs.
Ce
sont avant tout les inégalités sociales qui apparaissent
en creux tout au long de ces textes, ainsi que l'obsession associée
à l'argent (ou au manque d'argent), qui remplit désormais
les esprits ; le protagoniste de Trois vieux ormes,
Jiawen, rêve de billets de banque tandis que sa femme, "consommatrice
frustrée", réclame une moto, que son maigre salaire
d'enseignant ne lui permet pas d'acheter. Une nouvelle alerte, au
style vivifiant, dans laquelle l'auteur ne mâche pas ses mots
et s'en prend ouvertement aux nantis qui "s'engraissent"
alors que tous les autres vivotent. Mais contrairement à
certains, Jiawen n'est pas le plus à plaindre ; Che Xiaomin
(Vie et mort ordinaires du coolie Che Xiaomin),
certains jours, ne parvient pas à gagner ne serait-ce qu'un
fen (un centième de yuan...) pour nourrir sa famille
et quand son fils tombe malade ou que le chef du village réclame
les impôts (400 yuans), il faut se résoudre à
vendre un des deux cochons. Les seuls petits plaisirs qu'il s'accorde
: acheter des beignets sucrés à ses enfants ou un
bonbon à sa femme, qui retrouve alors le sourire.
Souvent,
la simplicité et la frugalité du monde paysan sont
opposées à la jungle urbaine et à ses dévoiements,
où certains vivent quelques mésaventures, comme ce
vendeur de nids d'hirondelles un peu rustre (dans la nouvelle qui
donne son titre au recueil), moqué puis roulé par
les citadins, ou comme cette jeune paysanne qui accepte un emploi
de nourrice chez une femme entretenue, "Grande soeur Yin",
et se retrouve confrontée à un univers étonnant
- sans pour autant se départir de son bon sens campagnard
(Une vie moderne). En ville, tout est
transformé, la beauté se fait laideur ; même
la neige n'est plus la même ("la neige sur la ville
n'avait plus de sens, c'était frivole, c'était n'importe
quoi") dans la très symbolique Histoire
du paysan qui s'en vint a la ville pour y vendre des violons,
qui s'achève sur "l'écho d'une musique
de karaoké et l'odeur rance des brochettes de mouton.",
dans une ville qui "contrariait la marche immuable de
l'univers", étourdissante et bruyante.
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Les
petites gens et les laissés-pour-compte, au centre
de ces récits pour la plupart assez cocasses, peuplés
de personnages pittoresques et attachants, sont loin d'être
à la marge de la société et constituent
l'écrasante majorité de la population chinoise,
comme le souligne Françoise Naour, qui présente
ainsi la Chine de 2006 : "Sur un bord, une grosse
poignée de parvenus, aussi arrogants que gras ; sur
l'autre, une foule de presque misérables, qui se
contentent de moins que peu ; entre les deux, ce qu'il est
convenu d'appeler les classes moyennes, quelques millions
de happy few..."
Blandine
Longre
(juin 2007)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

Chine,
du côté des livres
http://www.bleudechine.fr
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