Pur
plaisir au royaume de l’étrange
Les treize nouvelles qui composent ce recueil se caractérisent
par leur extrême brièveté (parfois moins de
trois pages) mais aussi par les éléments fantastiques
qui se mêlent peu à peu aux récits pourtant
d’abord ancrés dans la réalité. La «
recette » est toujours aussi efficace car l’irrationnel
intrigue, inquiète et déstabilise, et manipule à
l’envi les émotions du lecteur ; mais si recette il
y a, les récits n’obéissent pas tous aux mêmes
règles narratives et virent parfois à l’absurde,
à l’inexplicable ou à l’onirique (comme
Le corsage à pois, Retour de bâton ou encore
Le coureur) rendant ainsi leur lecture un peu difficile
avant douze ou treize ans.
L’auteure brode à partir de divers registres, du gothique
à l'anglaise au policier, en passant habilement de la surprise
au suspense, empruntant à de nombreux auteurs tout en ajoutant
sa touche personnelle : des emprunts parfois seulement suggérés,
mais que l’on décèle malgré tout. Ainsi,
la référence à deux des aventures des Voyages
de Gulliver demeure implicite dans Le coureur, alors
que l’intrigue de la nouvelle policière qui clôt
le recueil, La sentimentale, semble tout droit sortie d’un
ouvrage de Patricia Highsmith ou de Roald Dahl. De même, La
noyée exploite un motif récurrent, celui du fantôme
féminin apparaissant à un homme de passage dans une
région – histoire qui connaît bien des variantes.
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Ailleurs,
c’est Ray Bradbury qui revient en mémoire, avec
Une belle petite caille – où les images
prennent vie ; une idée reprise dans Toile de Jouy,
qui rappelle quelques sinistres histoires d’enfance
écourtées. D’autres récits se fondent
davantage sur une réalité cependant déformée
par la vision qui nous en est offerte, comme dans Le miroir
– où la narration se concentre sur le monde intérieur
de Pauline, une jeune fille dont la joie de vivre n’est
en définitive qu’un terrible leurre ; c’est
une cruauté similaire et tout aussi sombre que l’on
trouve dans Le gamin, où rêve et réalité
se confondent en permanence. Un régal.
B.
Longre
(mai 2005)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

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