Treize étranges histoires
Seuil, 2005

Prix de La Nouvelle
(Bourse Thyde Monnier - Société des Gens de Lettres)

 

Pur plaisir au royaume de l’étrange


Les treize nouvelles qui composent ce recueil se caractérisent par leur extrême brièveté (parfois moins de trois pages) mais aussi par les éléments fantastiques qui se mêlent peu à peu aux récits pourtant d’abord ancrés dans la réalité. La « recette » est toujours aussi efficace car l’irrationnel intrigue, inquiète et déstabilise, et manipule à l’envi les émotions du lecteur ; mais si recette il y a, les récits n’obéissent pas tous aux mêmes règles narratives et virent parfois à l’absurde, à l’inexplicable ou à l’onirique (comme Le corsage à pois, Retour de bâton ou encore Le coureur) rendant ainsi leur lecture un peu difficile avant douze ou treize ans.

L’auteure brode à partir de divers registres, du gothique à l'anglaise au policier, en passant habilement de la surprise au suspense, empruntant à de nombreux auteurs tout en ajoutant sa touche personnelle : des emprunts parfois seulement suggérés, mais que l’on décèle malgré tout. Ainsi, la référence à deux des aventures des Voyages de Gulliver demeure implicite dans Le coureur, alors que l’intrigue de la nouvelle policière qui clôt le recueil, La sentimentale, semble tout droit sortie d’un ouvrage de Patricia Highsmith ou de Roald Dahl. De même, La noyée exploite un motif récurrent, celui du fantôme féminin apparaissant à un homme de passage dans une région – histoire qui connaît bien des variantes.

Ailleurs, c’est Ray Bradbury qui revient en mémoire, avec Une belle petite caille – où les images prennent vie ; une idée reprise dans Toile de Jouy, qui rappelle quelques sinistres histoires d’enfance écourtées. D’autres récits se fondent davantage sur une réalité cependant déformée par la vision qui nous en est offerte, comme dans Le miroir – où la narration se concentre sur le monde intérieur de Pauline, une jeune fille dont la joie de vivre n’est en définitive qu’un terrible leurre ; c’est une cruauté similaire et tout aussi sombre que l’on trouve dans Le gamin, où rêve et réalité se confondent en permanence. Un régal.

B. Longre
(mai 2005)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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