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Marie-Antoinette
arrive en France en 1770 à l'âge de 15 ans pour épouser
Louis XVI. Voilà que nous la retrouvons 13 ans plus tard,
mise en scène par Nicolas Bréhal, face à sa
portraitiste attitrée, Madame Vigée-Lebrun, femme
célèbre et talentueuse qui fréquente le Tout
Versailles. Très appréciée des grands car elle
peignait leurs portraits d'une façon délicate et flatteuse,
elle recevait dans son salon maints artistes et gens connus. Elle
rencontra souvent Marie-Antoinette, puisqu'elle fit d'elle une trentaine
de portraits.
Nicolas Bréhal
(1952-1999) choisit de les mettre en présence à Versailles
en 1783, dans les appartements privés de Marie-Antoinette,
appartements qu'elle a fait agencer d'une façon élégante,
mais sans comparaison pourtant avec le luxe du château. La
reine aime être entourée d'un cercle restreint d'amis,
et c'est là qu'elle convie Madame Vigée-Lebrun.
Et toutes deux
d'évoquer les dernières nouvelles de la Cour, le roi
et ses hobbies, le théâtre de Monsieur de Beaumarchais
et sa nouvelle version du Mariage de Figaro, Monsieur Fersen le
cher ami de la reine ; puis c'est au tour de sujets plus intimes
: leur enfance, l'amour de l'impératrice Marie-Thérèse
qui écrivait régulièrement à sa fille
pour la conseiller, leurs déboires conjugaux, les rendez-vous
sous le signe de la musique et du message " d'un certain
beau suédois " qu'elle annonce. Par cette belle
journée d'été, Marie-Antoinette est heureuse
et impatiente : ce soir le comte de Fersen sera près d'elle.
A cette époque encore paisible, elle cherche à oublier
qu'elle est reine de France, mais pointent déjà çà
et là dans son caractère et sa conduite des signes
annonciateurs du grand désastre : insouciance, légèreté,
goût du luxe et de la vie facile... Cette chaude journée
d'été se conclura par un orage annonciateur d'autres
orages bien plus terribles encore.
Souvent, le
théâtre nous fait assister à l'affrontement
de deux personnages historiques, la plupart du temps des hommes.
Nicolas Bréhal a le mérite de choisir deux femmes
pour interpréter la fin d'une époque, la fin de la
frivolité, de cette " légèreté
française ". Il nous replonge dans l'Histoire, sur la
base de documents précis ; et cette séance de pose
est l'occasion de dévoiler deux figures féminines
qui, bien que de conditions différentes, n'en sont pas moins
amies. C'est en outre avec plaisir que nous redécouvrons
Madame Vigée-Lebrun, grande artiste et femme libre annonçant
la modernité.
Françoise
Anthonioz
(mai 2002)

Mercure
de France
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