La légèreté française
Théâtre
Préface d'Isabelle Huppert
(Mercure de France, 2002)

 

Marie-Antoinette arrive en France en 1770 à l'âge de 15 ans pour épouser Louis XVI. Voilà que nous la retrouvons 13 ans plus tard, mise en scène par Nicolas Bréhal, face à sa portraitiste attitrée, Madame Vigée-Lebrun, femme célèbre et talentueuse qui fréquente le Tout Versailles. Très appréciée des grands car elle peignait leurs portraits d'une façon délicate et flatteuse, elle recevait dans son salon maints artistes et gens connus. Elle rencontra souvent Marie-Antoinette, puisqu'elle fit d'elle une trentaine de portraits.

Nicolas Bréhal (1952-1999) choisit de les mettre en présence à Versailles en 1783, dans les appartements privés de Marie-Antoinette, appartements qu'elle a fait agencer d'une façon élégante, mais sans comparaison pourtant avec le luxe du château. La reine aime être entourée d'un cercle restreint d'amis, et c'est là qu'elle convie Madame Vigée-Lebrun.

Et toutes deux d'évoquer les dernières nouvelles de la Cour, le roi et ses hobbies, le théâtre de Monsieur de Beaumarchais et sa nouvelle version du Mariage de Figaro, Monsieur Fersen le cher ami de la reine ; puis c'est au tour de sujets plus intimes : leur enfance, l'amour de l'impératrice Marie-Thérèse qui écrivait régulièrement à sa fille pour la conseiller, leurs déboires conjugaux, les rendez-vous sous le signe de la musique et du message " d'un certain beau suédois " qu'elle annonce. Par cette belle journée d'été, Marie-Antoinette est heureuse et impatiente : ce soir le comte de Fersen sera près d'elle. A cette époque encore paisible, elle cherche à oublier qu'elle est reine de France, mais pointent déjà çà et là dans son caractère et sa conduite des signes annonciateurs du grand désastre : insouciance, légèreté, goût du luxe et de la vie facile... Cette chaude journée d'été se conclura par un orage annonciateur d'autres orages bien plus terribles encore.

Souvent, le théâtre nous fait assister à l'affrontement de deux personnages historiques, la plupart du temps des hommes. Nicolas Bréhal a le mérite de choisir deux femmes pour interpréter la fin d'une époque, la fin de la frivolité, de cette " légèreté française ". Il nous replonge dans l'Histoire, sur la base de documents précis ; et cette séance de pose est l'occasion de dévoiler deux figures féminines qui, bien que de conditions différentes, n'en sont pas moins amies. C'est en outre avec plaisir que nous redécouvrons Madame Vigée-Lebrun, grande artiste et femme libre annonçant la modernité.

Françoise Anthonioz
(mai 2002)

 

Mercure de France
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