Things we knew were true
Penguin, 2004

 

Romancière en solitaire

Things we knew were true, premier roman en solo de Nicci Gerrard, ne peut se ranger dans la catégorie des excellents thrillers "Nicci French" que l'auteure co-signe habituellement avec Sean French (dont The Red Room - La Chambre écarlate - et Land of the Living - Au pays des vivants) ; au contraire, même s'il comporte quelques effets de suspense intéressants et s'élabore autour d'une tragédie familiale peu commune, ce roman appartient à un tout autre registre, plus sentimental, intimiste, et il se déroule sur deux périodes bien distinctes dans l'existence du personnage central, Eddie. Quand débute l'histoire, Eddie est une jeune fille studieuse et ordonnée, bien sous tout rapport, et son comportement conventionnel convient au milieu petit-bourgeois dans lequel évolue.
Quand Eddie tombe amoureuse de Ricky, un garçon rencontré lors d'une soirée entre adolescents, elle perd sa réserve ; ses parents et ses amis voient cette liaison d'un mauvais oeil (Ricky ne fréquente plus l'école, vit dans un logement social délabré et sa mère est au chômage...) mais le romantisme et la sincérité d'Eddie n'en ont cure. Son univers s'écroule cependant quand un événement inattendu vient bouleverser l'ordre familial en apparence uni.

C'est vingt ans plus tard que nous retrouvons Eddie ; elle est devenue médecin et vit heureuse auprès de ses enfants et de son mari Alex. Sa mère meurt brutalement et elle rejoint ses deux sœurs dans la maison de la défunte ; toutes trois, durant ces journées qui précèdent l'enterrement, tentent, plus ou moins volontairement, de revenir sur le passé et de comprendre ce qui a pu, des années plus tôt, détruire l'équilibre familial et les obliger à quitter leur ville natale. Eddie, impulsivement, parvient à retrouver la maison de son enfance et la trace de Ricky, son premier amour, le garçon malingre et attachant qu'elle n'a pas pu oublier.

Exploration de la mémoire défaillante, perdue puis retrouvée, reconstruction de vérités que l'on croyait différentes, d'événements déformés par la naïveté de la jeunesse, Things we knew were true (littéralement "les choses que l'on croyait vraies") est un roman dérangeant tout au long duquel le lecteur n'aura aucun mal à s'identifier à Eddie, la jeune fille qu'elle fût, puis la femme mature, écartelée entre son bonheur routinier et l'attraction qu'exerce sur elle une vieille histoire inachevée. L'auteure s'apesantit rarement sur les autres personnages, esquissés seulement, dans la pénombre, et dont on ne saura que ce qu'ils représentent pour Eddie. Un récit touchant, réaliste, qui raconte la vie et la mort, le passage du temps et des espérances avec sérénité et conviction.

B. Longre
(septembre 2004)

voir aussi, de Nicci French :
Land of the Living (Penguin, 2003) / Au pays des vivants (Flammarion, 2004)

http://www.penguin.co.uk/

http://www.twbookmark.com/authors/96/1482/