Où
l’on sonde les reins et les cœurs
A voir l’objet,
on pourrait croire à un roman exotique, à une expédition
livresque dans le désert à la poursuite d’on
ne sait quelle chimère aux consonances grecques ; d’ailleurs
si on lit les lignes introductives, il y a, poétiquement
disposés, des « nulle part, outre-mer, Libyens, repartis,
revenus, oasis… » prometteurs. Alors on se dit que le
désert de Cyrénaïque est à notre portée,
et que le Grec « Nephros » va nous guider…
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Fausse
route ? Dans une certaine mesure, mais pas tout à
fait. Nephros, c’est le rein, et c’est en quelque
sorte par les reins que nous allons pénétrer
au cœur des choses et des hommes, d’un homme
en particulier, le narrateur et protagoniste Jacques. Employé
de banque sans enthousiasme, sportif sans passion, il est
de ces gens et de cette génération qui voudraient
que ça change mais qui ne font pas grand-chose pour
cela. Un jour les Libyens débarquent – à
savoir deux hommes et leurs enfants respectifs souffrant
de maladies rénales – et Jacques doit les prendre
en charge dans leurs démarches médicales.
A partir de là, sa vie va changer du tout au tout
(ou du peu au tout) ; non seulement sa vie, mais sa manière
de voir les choses, les autres, le monde, humainement, sentimentalement
(découverte ou retour de l’amour), socialement
(d’autant plus que sa banque est victime de restructurations
draconiennes)…
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C’est
donc la destinée de cet homme, jeune encore mais lucide,
qui se joue dans sa propre narration et sous nos yeux. Une destinée
qui, tout en se maintenant dans des limites spatiales (entre Bruxelles
et Liège) et temporelles (quelques mois, à peine quelques
années) relativement étroites, s’ouvre à
des dimensions beaucoup plus vastes : la Libye et son désert,
mais aussi la guerre d’Afrique du Nord en 1942-1943, sous
la plume d’un soldat écossais dont les pages intimes
rythment le récit principal, le colorant en outre d’un
certain lyrisme.
Il y a beaucoup
de choses dans Nephros, et l’on
serait tenté de dire que l’auteur, dans les premières
pages en tout cas, en fait trop dans le style « jeune ».
Mais c’est comme si la maturité de l’écriture
se forgeait avec celle du protagoniste, et l’on se laisse
volontiers porter par le tourbillon des événements,
des situations, des révoltes, des tribulations, des surprises,
par l’humour, la générosité et la sensibilité
de ce premier roman attachant, comme le sont ses personnages.
Jean-Pierre
Longre
(mars 2005)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

http://www.francisdannemark.be
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