Cheap thrills au fin fond de la Roumanie
California
dreamin’ est un film inachevé. Jeune
réalisateur parmi les plus prometteurs de la nouvelle
génération roumaine « post-décembriste
» (aux côtés de Cristi Mungiu, Cristi Puiu,
Corneliu Porumboiu, ou Radu Muntean), Cristian Nemescu est mort
dans un accident de voiture en 2006, à l’âge
de 27 ans, alors qu’il terminait le montage de son premier
long-métrage. Cela n’a pas empêché
California dreamin’ de remporter
le prix « Un certain regard » à Cannes 2007,
encore moins de sortir sur grand écran, même si
le caractère inachevé de cet excellent film en
puissance est patent (le film n’est donc pas monté,
l’image et la bande-son ne sont pas peaufinées).
Par-delà ces aléas tragiques, les 2h35 de California
dreamin’ constituent une mine d’humour,
d’intelligence, d’audace et de sensibilité.
Le film
repose sur un excellent scénario « à la
roumaine », dans la veine humoristique invraisemblable
de 12h08
à l’est de Bucarest, par exemple.
En 1999, un train de militaires américains en route vers
la Serbie est arrêté dans un minuscule village
de Roumanie, d’où le chef de gare refuse de les
laisser repartir...
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La
confrontation entre les paysans roumains, pauvres, barbares
et malins, et les soldats ricains, proprets, sérieux
et solides, est traitée avec beaucoup de subtilité,
dans un intéressant mélange des genres,
et surtout avec beaucoup d’humour, la Roumanie transgressant
rapidement l’image de trou-du-c.. du monde qui lui
est donnée.
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À
grands coups de sarmale, de tzuica, de jolies filles et de très
bonnes blagues, Cristian Nemescu dégonfle l’autorité
sanglante des U.S.A., et nous plonge dans une Roumanie humaine,
moins arriérée que préservée, moins
cheap qu’authentique, à fort taux de sympathie
et de séduction.
Jonglant
avec une belle galleries de personnages, California
dreamin’ rassemble l’américain
Armand Assante (dans un plaisant exercice d’auto-dérision),
et les célèbres Razvan Vasilescu (vu chez Pintilie,
et chez Radu Mihaileanu) et Ion Sapdaru (12h08 à
l’est de Bucarest). Sans doute la caméra,
souvent rapide et parfois bien secouée, en déstabilisera-t-elle
plus d’un, d’autant plus que montage et qualité
d’image font régulièrement défaut,
et que le spectateur moderne est terriblement habitué
aux œuvres pré-mâchées ; il reste que,
sous cette forme inachevée, California dreamin’
offre une belle entrée dans le travail du réalisateur,
en plus d’une émouvante invitation à l’innocence
et au rire.
Nicolas
Cavaillès
(décembre 2007)
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