California dreamin’
film de Cristian Nemescu

Roumanie, 2007
Prix « Un Certain Regard », Cannes 2007

Sortie le 2 janvier 2008

 

 


Cheap thrills au fin fond de la Roumanie

California dreamin’ est un film inachevé. Jeune réalisateur parmi les plus prometteurs de la nouvelle génération roumaine « post-décembriste » (aux côtés de Cristi Mungiu, Cristi Puiu, Corneliu Porumboiu, ou Radu Muntean), Cristian Nemescu est mort dans un accident de voiture en 2006, à l’âge de 27 ans, alors qu’il terminait le montage de son premier long-métrage. Cela n’a pas empêché California dreamin’ de remporter le prix « Un certain regard » à Cannes 2007, encore moins de sortir sur grand écran, même si le caractère inachevé de cet excellent film en puissance est patent (le film n’est donc pas monté, l’image et la bande-son ne sont pas peaufinées). Par-delà ces aléas tragiques, les 2h35 de California dreamin’ constituent une mine d’humour, d’intelligence, d’audace et de sensibilité.

Le film repose sur un excellent scénario « à la roumaine », dans la veine humoristique invraisemblable de 12h08 à l’est de Bucarest, par exemple. En 1999, un train de militaires américains en route vers la Serbie est arrêté dans un minuscule village de Roumanie, d’où le chef de gare refuse de les laisser repartir...

La confrontation entre les paysans roumains, pauvres, barbares et malins, et les soldats ricains, proprets, sérieux et solides, est traitée avec beaucoup de subtilité, dans un intéressant mélange des genres, et surtout avec beaucoup d’humour, la Roumanie transgressant rapidement l’image de trou-du-c.. du monde qui lui est donnée.

À grands coups de sarmale, de tzuica, de jolies filles et de très bonnes blagues, Cristian Nemescu dégonfle l’autorité sanglante des U.S.A., et nous plonge dans une Roumanie humaine, moins arriérée que préservée, moins cheap qu’authentique, à fort taux de sympathie et de séduction.

Jonglant avec une belle galleries de personnages, California dreamin’ rassemble l’américain Armand Assante (dans un plaisant exercice d’auto-dérision), et les célèbres Razvan Vasilescu (vu chez Pintilie, et chez Radu Mihaileanu) et Ion Sapdaru (12h08 à l’est de Bucarest). Sans doute la caméra, souvent rapide et parfois bien secouée, en déstabilisera-t-elle plus d’un, d’autant plus que montage et qualité d’image font régulièrement défaut, et que le spectateur moderne est terriblement habitué aux œuvres pré-mâchées ; il reste que, sous cette forme inachevée, California dreamin’ offre une belle entrée dans le travail du réalisateur, en plus d’une émouvante invitation à l’innocence et au rire.

Nicolas Cavaillès
(décembre 2007)

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