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Brisures familiales, vérités
humaines
Quatre récits,
quatre enfants de six ans différents et réunis par
une ligne dont les brisures s’ouvrent peu à peu aux
yeux du lecteur. Avec Sol (« Solly, Solomon »),
petit garçon américain à part entière,
rêvant sur Internet de puissance et d’éternité,
imaginant qu’il « contrôle et possède
chaque parcelle du monde », commence le parcours généalogique
ascendant d’une famille reliée par quelques points
d’ancrage – un grain de beauté, une poupée
que se disputent violemment deux femmes âgées redevenues
petites, un « vieux nounours tout râpé »…
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L’exploration
se poursuit avec Randall, le père de Sol, que l’on
retrouve à six ans entre un père dramaturge au
creux de son inspiration et une mère obsédée
par ses recherches sur le Mal et les « fontaines de
vie », lieux où les nazis concentraient pour
les « germaniser » des enfants volés dans
les pays occupés. Celle-ci, Sadie, est passée
à l’âge de six ans du « parfum
de tristesse » quotidien ressenti entre ses grands-parents
à l’agitation réjouissante et désordonnée
de la vie d’artiste menée par sa jeune mère.
Finalement, c’est cette dernière, Erra (ou Kristina
ou AGM), héroïne du quatrième récit,
qui imprime sa marque sur tous les épisodes, en pointillés
incisifs puis par la découverte de ses propres origines,
donc de celles de la famille entière. |
Itinéraire
temporel sur plus d’un demi-siècle de bouleversements
et de conflits entre 2004 et 1944, Lignes de faille
est aussi un itinéraire spatial entre l’Amérique
moderne et l’ancienne Europe, en passant par Israël.
A travers des récits de vie individuels et familiaux, c’est
la destinée du monde d’aujourd’hui qui est le
véritable enjeu de la narration. C’est l’Histoire
vécue de l’intérieur, dans la tension d’un
mouvement chronologique inversé, à la recherche d’une
authenticité dont seuls les enfants, dans leur lucide naïveté,
semblent capables : « En les écoutant je repense
à cette idée de théâtre et me demande
si au fond les gens ne passent pas leur temps à jouer des
rôles, non seulement lors des mariages mais tout au long de
leur existence : peut-être qu’en conseillant ses fous
grand-papa joue le rôle d’un psychiatre et en me frappant
avec la règle Mlle Kelly joue le rôle d’une méchante
prof de piano ; peut-être qu’au fond d’eux-mêmes
ils sont tous quelqu’un d’autre mais, ayant appris leurs
répliques et décroché leurs diplômes,
ils traversent la vie en jouant ces rôles et il s’y
habituent tellement qu’ils ne peuvent plus s’arrêter
».
Ce que se dit
la petite Sadie, c’est souvent ce qu’on se dit non seulement
à la lecture d’un roman, mais aussi à l’observation
de la société des hommes. Lignes de faille
est un roman qui, au-delà de l’habileté de la
construction, de l’expressivité des soliloques enfantins,
de la cruauté de certains passages, de la tendresse de certains
autres, tente de mettre au jour les vérités nichées
au plus profond des âmes et des corps.
Jean-Pierre
Longre
(septembre 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

du
même auteur
Âmes et corps - Leméac
/ Actes Sud, 2004
Professeurs de désespoir Actes
Sud / Leméac, 2004
Une adoration Actes Sud, 2003 / Babel
(n° 650), septembre 2004
http://www.actes-sud.fr/index.htm
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